vendredi 15 décembre 2017

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L’affaire des drones français relance le débat sur la mission de la Finul II

Jeanine Jalkh, Lorient-lejour.com.lb

mardi 9 janvier 2007, sélectionné par Spynews

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Depuis l’annonce, par voie de presse, de la réception par le bataillon français opérant au sein de la Finul d’un lot d’avions sans pilote (drones), la question de la mission des forces de maintien de la paix au Liban-Sud a ressurgi avec acuité. Dimanche, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, a mis en garde, une nouvelle fois, contre le risque « d’un dépassement par la Finul de son mandat », et d’une éventuelle opération « d’espionnage terrestre ou aérien au profit d’Israël ». Autant de brèches qui constitueraient, selon le parti chiite, « une violation sérieuse du mandat des forces onusiennes, défini dans la résolution 1701 ».

Une position que l’on pourrait certes mettre sur le compte de la politique obstructionniste que le Hezbollah est accusé de pratiquer depuis un certain temps. Les craintes du Hezbollah ne sont toutefois pas suffisantes pour expliquer la complexité de l’affaire des drones qui est actuellement critiquée même dans certains milieux occidentaux.

Quoi qu’il en soit, cette affaire, qui coïncide avec la prochaine passation des pouvoirs à la tête du commandement de la Finul II, entre la France et l’Italie, a suscité des interrogations multiples sur la nature de la mission impartie à cette force de maintien de la paix, ainsi que sur le processus de prise de décision qui reste encore, selon des observateurs, assez « nébuleux ».

Révélée par voie de presse, l’introduction des drones français illustre d’ailleurs clairement cette problématique, notamment celle de savoir qui des Nations unies ou de chacun des pays contributeurs prend certaines décisions relatives à la Finul. C’est probablement la raison pour laquelle la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, s’est dépêchée de démentir, dans une déclaration publique, des informations selon lesquelles ce serait la France et non l’ONU qui aurait décidé de l’envoi de ces avions.

Un démenti qui sera d’ailleurs confirmé par un porte-parole de la Finul qui a précisé qu’il s’agit effectivement d’une « décision onusienne qui s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par la Finul pour contraindre Israël à mettre fin à la présence de ses propres drones de surveillance dans l’espace aérien libanais ». « Nous voulons tout simplement signifier à l’État hébreu que c’est notre mission et non la leur de s’assurer de la bonne application de la 1701 », insiste le porte-parole. Ce dernier tient en outre à préciser que l’objectif attendu de la mise en circulation de ces avions sans pilote est « l’observation de ce qui se passe dans la région qui s’étend entre le Sud-Litani et la ligne bleue ». Cette clarification ne convainc pas toutefois un ancien responsable de l’ONU qui suit de très près le dossier libanais. Ce vieux routier de l’action onusienne se demande en effet « comment l’État hébreu pourrait accepter que des drones de la Finul se substituent aux drones israéliens dont la mission est de collecter des renseignements militaires pour le compte de l’armée israélienne ». « À moins que la Finul ne s’engage à remettre les photos recueillies par ses avions à l’État hébreu, ce qui n’est pas le cas », dit-il.

À ce sujet, une source proche de l’armée libanaise s’est dit d’ailleurs étonnée que celle-ci n’ait pas été mise au courant de l’entrée au Liban de ces avions, puisqu’elle n’a appris la nouvelle qu’à la lecture de la presse. Interrogé à ce sujet, le porte-parole de la Finul répond : « Nous sommes loin encore de la mise en fonction de ces drones. Cela suppose d’abord que la Finul ait reçu l’aval des Nations unies et celui des autorités libanaises qui en informeront alors l’armée. »

L’ancien responsable de l’ONU souligne pour sa part que l’affaire des drones n’est ni le premier ni le dernier ennui auquel devra faire face la Finul II, tant que sa mission n’est pas « perçue » de la même manière par tous les pays contributeurs. Selon cette source, le problème majeur réside dans la dimension de la force onusienne qu’il considère « démesurée » par rapport à la mission de paix qui lui est impartie – 26 pays en jeu, et plus de 11 000 Casques bleus sur le terrain. Un chiffre qu’il considère pléthorique au regard de la tâche principale qui incombe aux forces de maintien de la paix, à savoir « préparer l’armée libanaise pour prendre la relève, et non le contraire ». La mission onusienne devient ainsi d’autant plus complexe que les intérêts politiques en jeu sont énormes pour les pays contributeurs, notamment les plus importants d’entre eux, dit-il.

Abondant dans le même sens, un observateur européen soutient que le rôle joué par la Finul est « bien plus politique que pacifique, certains pays contributeurs cherchant à tirer profit d’un rôle qu’ils essayent de confectionner à leur juste mesure, par delà la mission prévue dans la 1701 ».

Et la source de rappeler que les forces onusiennes tendent souvent à oublier l’apport humanitaire - crucial dans cette région – qu’attendent d’eux les populations sinistrées. Le caractère hautement politique que peut parfois prendre la mission des forces de maintien de la paix au Liban-Sud a été illustré ces derniers jours par les « petites guerres » interétatiques menées au sein même de la Finul II pour pourvoir à certains positions-clés au sein de son administration, notamment le poste de liaison, celui de la sécurité et enfin celui des renseignements, autant de positions stratégiques que se disputent actuellement la France d’un côté, et l’Italie et l’Espagne de l’autre, précise une source militaire digne de foi.

Ayant cumulé jusque-là les trois positions plus celui du commandement de la Finul, la France luttera jusqu’au bout pour pouvoir garder l’une au moins des trois positions restantes, maintenant que le Force Commander – dont le nom devra être rendu public d’ici à quelques jours, au plus tard – sera désormais italien.


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