jeudi 14 décembre 2017

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Le fiasco de la CIA

Le Monde

mardi 9 janvier 2007, sélectionné par Spynews

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La démission de John Negroponte, directeur national du renseignement, est le dernier avatar de l’interminable crise des services de renseignement américains. Celle-ci remonte à son incapacité à empêcher les attaques du 11 septembre 2001 en dépit d’informations, mal recoupées et mal comprises, qui auraient pu déjouer le complot. Il y a eu ensuite les errements sur les armes de destruction massive irakiennes, amplifiés par les pressions de l’administration pour justifier la guerre. Et enfin une refonte inachevée et controversée de la communauté du renseignement et de ses seize agences.

Le poste que M. Negroponte aura occupé moins de vingt mois a été créé à reculons par la Maison Blanche, début 2005, sous la pression du Congrès et de la commission d’enquête sur le 11-Septembre. Il s’agissait de contraindre seize bureaucraties minées par les rivalités - et disposant d’un budget de plus de 40 milliards de dollars - à travailler ensemble. Manifestement, M. Negroponte, en dépit de son autorité et de sa grande connaissance du fonctionnement de la machine administrative, n’y est pas parvenu.

Le désarroi des renseignements américains est particulièrement net à la CIA (Agence centrale de renseignements). Il y a sept mois, son directeur, Porter Goss, était remercié et remplacé par l’amiral Michael Hayden après avoir provoqué une révolte des agents et le départ des plus expérimentés. Ces derniers refusaient de porter la responsabilité de la non-découverte d’armes de destruction massive en Irak ou de la mise en place des prisons secrètes. James Pavitt, ancien directeur adjoint du service action, ne se souvient pas d’avoir jamais vu une telle "animosité" entre la CIA et le gouvernement.

Le vice-président Dick Cheney et l’ancien secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, sont des adversaires historiques de l’agence. Sous l’impulsion de M. Rumsfeld, l’armée a renforcé ses services de renseignement, marchant sur les plates-bandes des civils et utilisant ses forces spéciales pour mener des opérations clandestines d’espionnage dans le monde. Le Pentagone s’était même doté, après le 11-Septembre, de son service d’analyse, le Bureau des plans spéciaux, qui a beaucoup servi à justifier la guerre en Irak, avant d’être dissous.

L’arrivée de Robert Gates à la tête du département de la défense et celle d’un de ses proches, Michael McConnell, au poste de directeur national du renseignement devraient améliorer la situation. Mais beaucoup de temps a été perdu par la Maison Blanche. M. Negroponte estimait lui-même qu’il faudrait des années pour reconstruire les capacités opérationnelles des services, et notamment de la CIA. Comme l’écrit le New York Times du 5 janvier, "les erreurs faites par cette administration en Irak ne sont égalées que par celles commises dans le domaine du renseignement".


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