samedi 21 octobre 2017

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Des transmetteurs dans de la monnaie canadienne

AP et Canoë

vendredi 12 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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La Défense américaine met ses entrepreneurs en garde

L’argent fait loi, mais peut-il vous suivre à la trace ?

Dans un avertissement gouvernemental américain de nature plutôt inquiétante, le département de la Défense a mis en garde ses entrepreneurs américains contre ce qu’elle décrit comme une nouvelle méthode d’espionnage : des pièces de monnaie canadienne dans lesquelles sont insérés de minuscules transmetteurs RFID (Radio Frequency IDentification).

Le gouvernement a dit que les mystérieuses pièces de monnaie ont été trouvées sur des entrepreneurs américains possédant une habilitation de sécurité de haut niveau lors d’au moins trois occasions distinctes entre octobre 2005 et janvier 2006, dans le cadre de visites effectuées au Canada par ces entrepreneurs de la défense.

Des experts du renseignement et de la technologie ont dit que de tels transmetteurs, s’ils existent, pourraient permettre de suivre subrepticement les faits et gestes de gens transportant ces pièces de monnaie mouchardes.

Le rapport américain n’indique pas qui pourrait être responsable de cette surveillance illicite de sous-traitants de la Défense ni pourquoi celle-ci a eu lieu. Le document ne décrit pas non plus de quelle façon s’y est pris le Pentagone pour mettre à jour la ruse, pas plus que le mode de fonctionnement des transmetteurs, ni même quelle monnaie canadienne les transportait.

Ces détails supplémentaires doivent être tenus secrets, selon le service de sécurité de la Défense américaine, qui a émis l’avertissement aux entrepreneurs confidentiels du Pentagone. Le gouvernement assure que les événements se sont réellement produits et que le risque était véritable.

« Ce qui se trouve dans le rapport est véridique », a déclaré Martha Deutscher, porte-parole du service de sécurité. « Il s’agit en effet d’une version aseptisée des faits, qui laisse évidemment plusieurs questions en suspens. »

Parmi les suspects les plus probables, les experts songent à la Chine, à la Russie ou même à la France — tous exploitant apparemment de façon active des opérations de renseignement à l’intérieur du Canada et avec un degré de sophistication leur permettant de produire une telle technologie.

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a affirmé ne rien savoir encore au sujet des pièces de monnaie.

« Ce problème vient tout juste d’être porté à notre attention », de dire Barbara Campion, porte-parole du SCRS. « À l’heure actuelle, nous n’avons pas encore pris connaissance de preuves soutenant ces allégations ». La porte-parole a dit que le service de renseignement canadien collaborait de près avec ses contreparties américaines et qu’il cherchera à obtenir plus d’information si nécessaire.

Les experts canadiens ont été aussi surpris de la révélation elle-même que de la technique d’espionnage innovatrice divulguée, rejetant cependant toute suggestion à l’effet que le gouvernement canadien puisse espionner des entrepreneurs américains dans le secret. Les services de renseignement des deux pays sont extraordinairement rapprochés et partagent de façon routinière des secrets hautement confidentiels.

« Cela serait impensable », de dire David Harris, ancien chef de planification stratégique au SCRS. « J’estime improbable toute opération offensive à l’endroit d’Américains. »

Harris croit qu’au nombre des candidats probables figurent des espions étrangers qui auraient ciblé des Américains outremer ou des entreprises engagées dans des opérations d’espionnage industriel. « Il y a certes plusieurs aspects mystérieux à tout ceci », a dit Harris.

Selon des experts, de tels transmetteurs sont fort probablement limités à une très courte portée de communication avec des capteurs qui ne peuvent être situés que quelques mètres plus loin, comme par exemple dans un cadre de porte. Le métal des pièces de monnaie pourrait aussi d’interférer avec les signaux émis.

« Je ne suis pas au courant de l’existence actuelle d’un transmetteur assez petit pour être inséré dans une pièce de monnaie et assez puissant pour diffuser à des kilomètres à la ronde », de dire Katherine Albrecht, une activiste qui croit qu’une telle technologie comporte de sérieux risques d’atteinte à la vie privée des gens. « Quiconque a fait cela a de toute évidence accès à de la technologie très perfectionnée. »

Les experts sont d’avis que cette stratégie de dissimulation de technologie moucharde dans des pièces de monnaie comporte beaucoup de risques d’échec, parce que la cible de l’espion pourrait donner la pièce par inadvertance ou la dépenser à l’achat d’un café ou d’un journal. Les experts du renseignement s’entendent toutefois sur le fait qu’une pièce de monnaie comportant un transmetteur caché n’éveillerait pas les soupçons si elle était découverte dans le fond d’une poche ou d’un porte-documents, par exemple.

Quant à Jeff Richelson, chercheur et auteur de livres sur la CIA et ses gadgets, il estime aussi que « ce ne serait pas l’endroit idéal pour cacher quelque chose du genre, parce que vous ne voudriez pas que le transmetteur soit dans un objet qu’on laisse facilement derrière soi ou qu’on peut dépenser à tout moment. »

« Tout cela ne me semble pas de la plus haute logique. »

La pièce de monnaie canadienne la plus volumineuse est le 2$. Elle fait plus de 2,5 cm de diamètre et son épaisseur permettrait d’accueillir un petit transmetteur. La CIA a admis que ses propres espions se servent de pièces de monnaie américaines creuses pour cacher des messages et des photos.

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Cette photo publiée par la Central Intelligence Agency montre un contenant creux, conçu pour ressembler à un dollar en argent Eisenhower et toujours utilisé par les agents de la CIA pour dissimuler et envoyer des messages ou des photos sans être détecté. L’appareil ressemble à s’y méprendre à de la monnaie de poche, ce qui en fait une cache virtuellement indétectable. - © AP Photo/CIA


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