dimanche 22 octobre 2017

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Hampel était-il un espion ?

André Noël, la Presse

vendredi 19 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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Ce sont des services de contre-terrorisme, et non de contre-espionnage, qui se sont occupés du départ du présumé espion russe Paul William Hampel, indique une lettre reçue par le consulat général de la Russie à Montréal. Ce détail, s’ajoutant à d’autres, fait sourciller son avocat, Me Stéphane Handfield : ce dernier ne croit pas du tout que son client était un espion.

« Après notre conversation tenue le lundi 18 décembre 2006, la présente confirme que nous demandons qu’un titre de voyage soit délivré à l’individu connu sous le nom de Paul William Hampel », a écrit Brian Foley, gestionnaire à la section de contre-terrorisme de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), dans une lettre adressée, en anglais, à Yvgeny Kakotkin, vice-consul russe à Montréal.

« Vous avez confirmé que cet individu a la nationalité russe et que vous êtes prêt à lui remettre un titre de voyage afin de faciliter son retour en Russie le plus tôt possible, poursuit M. Foley. Étant donné que la véritable identité de M. Hampel est protégée par le tribunal et que, par conséquent, l’ASFC ne peut lui acheter un billet d’avion sous sa véritable identité, nous proposons que ce billet d’avion soit acheté par le consulat russe. »

C’est ce qui a été fait. Hampel a pris un vol direct Montréal-Moscou à bord d’un avion de Transaero Airlines, une compagnie russe privée, le jour de Noël.

La Presse a tenté de parler à M. Foley, mais en vain. Un porte-parole de l’ASFC a refusé de répondre à toute question sur Hampel. Impossible de savoir pourquoi c’est la section de contre-terrorisme qui s’est occupée de lui.

Impossible, également, de savoir comment il se fait que Hampel n’a pas été escorté. Ce dernier s’en est lui-même étonné lors d’un coup de téléphone à son avocat, Me Handfield, après son arrivée en Russie. Selon l’avocat spécialisé en immigration, les personnes renvoyées du Canada sont généralement escortées jusqu’à leur destination. (Samedi, La Presse a d’ailleurs relaté l’histoire du trafiquant d’héroïne iranien Javad Noroozi, qui avait été escorté de Montréal à Téhéran par trois agents du gouvernement canadien.)

« Hampel m’a dit qu’il a quitté le Canada sans escorte et sans menottes dans un avion bondé de touristes, a relaté Me Handfield, au cours d’un entretien, hier. C’est quand même curieux, le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) affirmant qu’il est un « illégal » du Sluzha Vneshney Razvedki (SVR), soit la crème de la crème de l’espionnage russe ! Douze agents armés l’accompagnaient lors de sa comparution à la Cour fédérale, il était gardé 23 heures sur 24 dans une cellule ultra-sécuritaire d’un établissement de détention à haute sécurité, il devait remplir des formulaires juste pour réussir à me parler... et voilà qu’il quitte Montréal comme un simple touriste !

« En vérité, le SCRS ignorait qui il était et ne savait pas ce qu’il espionnait. C’est moi qui leur ai donné sa véritable identité. J’ai la certitude que Hampel n’était pas un espion. Il faisait partie de ces nombreuses personnes qui se trouvent au pays avec une fausse identité canadienne, c’est tout. Le SCRS a gonflé une grosse balloune et fait un gros spectacle avec une histoire de fausse identité. Ce n’est pas la première fois que ce service exagère l’ampleur de ses « découvertes ». »

Les autorités canadiennes s’étaient engagées à remettre à Hampel tout ce qu’elles avaient saisi sur lui lors de son arrestation le 14 novembre à l’aéroport international de Montréal. Finalement, elles ont gardé beaucoup de choses. Me Handfield a parlé à son client entre Noël et le jour de l’An. Depuis, il n’a pas de nouvelles, ce qui l’inquiète. Son collègue n’a pas de nouvelles non plus des membres de sa famille, avec qui il était en contact régulier.


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