lundi 11 décembre 2017

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Des fonds d’investissements qui inquiètent

Nicole Penicaut, Libération

vendredi 19 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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Les entreprises victimes sont légion. En France, une commission d’enquête va être créée.

Ce n’est pas la commission d’enquête rêvée par le PCF. Cependant, la création annoncée mardi d’un groupe de travail parlementaire sur les fonds d’investissements a été saluée comme un premier pas. Par le collectif LBO qui voit la liste des salariés victimes de ces fonds s’allonger (Arena, Dim, Sublistatic, Well, Aubade pour ne citer que les plus récents), et par les politiques de plus en plus inquiets des méthodes de ces firmes de private equity .

Gros gibier. Constatant, en décembre, les dégâts sociaux provoqués par l’un de ces fonds chez Thome-Genot (Ardennes), Nicolas Sarkozy a dénoncé les « actionnaires voyous » . Jacques Chirac, lors de ses voeux aux forces vives de la nation, a proposé que les fonds d’investissement reversent aux salariés une part de la plus-value réalisée lors de la revente de l’entreprise. Car pour rentabiliser leur mise financée en grande partie par endettement (LBO), les fonds d’investissement ont tendance à se payer sur la bête en la restructurant vite fait et en la revendent tout aussi fissa. Le long terme n’est pas la priorité de ces financiers.

Dans une interview donnée en décembre au Financial Times , Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’Axa, notait « quand vous voyez des groupes acheter une entreprise après l’autre, vous commencez à vous poser des questions » . Certes, Vivendi venait tout juste d’être approché par KKR. Ce fonds américain proposait 40 milliards de dollars. Car après s’être limités à de petites proies, les fonds jettent désormais leur dévolu sur de plus gros gibiers.

C’est comme ca qu’en France, les Pages jaunes sont tombées dans l’escarcelle d’un consortium mené par KKR, pour 6,1 milliards d’euros. On est loin du record. C’est le fonds américain Blackstone qui le détient. En novembre, il a acquis le premier promoteur-gérant de bureaux aux Etats-Unis, Equity Office, pour 36 milliards de dollars, dont 16 milliards financés par endettement, devançant de justesse les 33 milliards proposés peu avant par son concurrent KKR pour l’Hospital Corporation of America. Pour se faire, ce dernier s’est mis en cheville avec d’autres fonds.

C’est l’autre tendance : les fonds arrivent groupés. Résultat, l’an dernier, ils ont été responsables de 18 % du volume total des fusions et acquisitions réalisées dans le monde. Soit le double de l’année précédente. Le montant de leurs emplettes s’est élevé à 664 milliards de dollars. Preuve qu’ils sont capables d’emprunter de mirifiques sommes et d’endetter de manière tout aussi maousse leurs acquisitions.

« Défaillances inévitable ». D’où les sonnettes d’alarme tirée par les autorités financières. « Etant donné les niveaux actuels d’endettement et les développements récents du cycle économique, la défaillance d’une grande entreprise ou d’une myriade de petites entreprises rachetées par des fonds est inévitable », estimait récemment la FSA, l’autorité financière britannique qui propose de renforcer la surveillance du secteur du crédit.


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