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L’Allemagne en pleins déboires avec ses services secrets

Jean-Louis De La Vaissière, AFP

mardi 23 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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L’Allemagne n’en finit pas d’être confrontée à des révélations troublantes sur le rôle de ses services secrets dans la collaboration avec les États-Unis contre le terrorisme islamique, comme le montrent trois cas exemplaires dont celui du « taliban de Brême » Murat Kurnaz.

À chaque fois, c’est le gouvernement « rouge-vert » de l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder et de son chef de la diplomatie écologiste Joschka Fischer, qui est mis en cause.

Ayant bâti son image sur son rejet de la guerre en Irak et le respect des droits de l’Homme, il apparaît aujourd’hui englué dans des affaires difficiles à expliquer. Les démêler est précisément la tâche d’une commission d’enquête parlementaire formée il y a plus d’un an.

Les responsables allemands d’alors, dont le ministre actuel des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, à l’époque bras droit de Gerhard Schröder à la chancellerie, se défendent de toute incorrection. Mais plusieurs « affaires » font apparaître des dysfonctionnements, dont celle du « taliban de Brême », Murat Kurnaz.

Ce Turc né à Brême (nord), portant une barbe rousse jusqu’à la taille, a été libéré l’été dernier de Guantanamo à la demande du gouvernement d’Angela Merkel.

En voyage au Pakistan en décembre 2001, il est arrêté, transféré en Afghanistan, puis à Guantanamo où il reste quatre ans, bien que son implication dans des actions terroristes ait été écartée.

La commission d’enquête du Parlement européen sur l’utilisation de pays européens par la CIA pour le transport et la détention de terroristes présumés a soutenu mardi la cause de Kurnaz. « Selon des informations institutionnelles confidentielles, le gouvernement allemand n’a pas accepté l’offre américaine, faite en 2002, de libérer Murat Kurnaz de Guantanamo », juge le rapport final.

Certains journaux allemands, citant des documents confidentiels, donnent crédit à cette thèse selon laquelle Berlin voulait surtout éviter que Kurnaz remette les pieds en Allemagne. D’autres soutiennent qu’il n’y avait pas de véritable proposition américaine.

Murat Kurnaz raconte avoir été maltraité par deux soldats de l’unité d’élite de la Bundeswehr KSK dans une base américaine à Kandahar (Afghanistan) avant son transfert à Guantanamo.

Un autre cas délicat est celui de Khaled el Masri, un musulman allemand d’origine libanaise portant queue de cheval et fines lunettes.

Surveillé par les services secrets allemands parce qu’il fréquentait une mosquée fondamentaliste, il part en 2002 en vacances en Macédoine quand il est enlevé par erreur par la CIA qui l’envoie en Afghanistan, avant de le libérer cinq mois plus tard, reconnaissant qu’il n’est pas un terroriste.

Dans quelle mesure les services allemands étaient-ils au courant ? Pourquoi un employé de l’ambassade allemande à Skopje, informé de l’enlèvement, n’a-t-il pas averti ses supérieurs ? M. el Masri affirme avoir été interrogé en Afghanistan par un certain « Sam », qui avait, dit-il, toutes les apparences d’un Allemand.

Un troisième personnage présente un cas de figure aussi embarrassant : l’islamiste allemand d’origine syrienne Mohammed Haydar Zammar. Soupçonné de complicité avec la « cellule de Hambourg » ayant préparé les attentats du 11 septembre, arrêté en octobre 2001 en Allemagne, il est relâché peu après faute de preuves et se rend au Maroc.

Selon le magazine Der Spiegel, il est enlevé par la CIA fin 2001 à Casablanca grâce à des indications de la police allemande, et transféré à Damas.

Il croupit depuis à la prison de Far Filastin, où il aurait été torturé, et reçoit en novembre 2002 la visite de membres des services secrets allemands.


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