lundi 18 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Howard Hunt : mort d’une légende de la CIA

Howard Hunt : mort d’une légende de la CIA

Jean-Louis Turlin, le Figaro

jeudi 25 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

logo

L’espion qui avait tenté de renverser Castro était aussi le « plombier » du Watergate qui avait causé la chute de Nixon.

SA VIE ressemble aux romans d’espionnage qu’il publiait sous divers pseudonymes et dont le héros, Peter Ward, lui servait d’avocat : « Nous devenons sans loi dans la lutte pour le règne du droit - des semi-hors-la-loi qui risquent leur vie pour anéantir la sauvagerie des autres. » La morale de ces lignes, extraites de On Hazardous Duty, paru en 1965 sous la plume de « David St. John », Everette Howard Hunt l’aura défendue jusqu’à sa mort, survenue mardi à l’âge de 88 ans, d’une pneumonie, à Miami, ville qui aura en grande partie servi de base à sa carrière rocambolesque.

C’est dans les milieux cubains de Miami qu’il avait recruté les cambrioleurs du Watergate, prémisse du scandale qui allait forcer Nixon à la démission en août 1974 mais dont il ne regretta rien d’autre que d’avoir été lâché par son président. C’est aussi à Miami qu’il avait participé au montage de l’opération de la baie des Cochons. La CIA, qu’il avait rejointe dès 1949, avait engagé 1 500 exilés cubains pour renverser Fidel Castro ; le débarquement d’avril 1961 fut une débâcle qui laissa en rade le gouvernement de transition que Howard Hunt était chargé d’installer.

Fausse identité et perruque rouge

Spécialisé dans les coups tordus plus que dans l’espionnage traditionnel, ce « soldat » de la guerre froide avait connu plus de réussite dans la campagne d’intoxication qui aboutit à la chute du président guatémaltèque Jacobo Arbenz, en 1954. Mais il n’allait pas se remettre du fiasco de la baie des Cochons, et, désabusé, il avait démissionné en 1970 d’une CIA qu’il estimait « infestée de démocrates ».

Engagé par la Maison-Blanche comme « consultant pour la sécurité » un an plus tard, il allait mettre son « talent » au service de la réélection de Richard Nixon. Avec son ancien collègue Gordon Libby, il allait constituer l’équipe des « plombiers » qui tenta d’infiltrer le quartier général du comité démocrate dans l’hôtel Watergate à Washington. Hunt expliqua plus tard qu’il espérait trouver des preuves de financements étrangers, notamment cubains, de la campagne de George McGovern. Les cambrioleurs furent surpris en plein travail dans la nuit du 17 juin 1972, et l’on retrouva, sur l’un d’eux, le nom et le numéro de téléphone de Hunt : la piste remonta jusqu’au sommet, avec les conséquences que l’on sait.

« J’avais toujours pensé que ce que la Maison-Blanche voulait qu’on fasse était la loi du pays », confia Hunt au People Magazine en 1974, au moment de purger trois ans de prison. C’est sans doute pourquoi il n’avait pas hésité à cambrioler lui-même le bureau du psychiatre de Daniel Ellsberg, un ancien spécialiste de la défense qui avait transmis au New York Times une copie des « papiers du Pentagone » sur la guerre du Vietnam. Il était même retourné au siège de la CIA pour se procurer une fausse pièce d’identité, une perruque rouge et un appareil vocal déformant. Ses lecteurs attendent avec impatience la sortie posthume, en mars, de ses mémoires.

JPEG - 73 ko

Très attendus, les Mémoires posthume de Howard Hunt seront publiés en mars aux États-Unis. - AP.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :