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La rivalité stratégique sino-américaine relancée après le tir par Pékin d’un missile antisatellite

Eric Leser, le Monde

vendredi 26 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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A son arrivée au pouvoir en janvier 2001, l’administration Bush avait désigné la Chine comme son principal adversaire potentiel dans le domaine militaire et stratégique. Le 11 septembre 2001 et les guerres en Afghanistan et en Irak ont changé les priorités.

Mais la destruction, le 11 janvier, d’un satellite météorologique par un missile chinois, confirmée par Pékin, est comprise à Washington comme un test et une mise en garde au moment même où la Maison Blanche est affaiblie. Elle est aussi interprétée comme le franchissement par l’armée chinoise d’un seuil important dans sa capacité à neutraliser l’avantage technologique des Etats-Unis en cas de confrontation sur Taïwan.

Si les services de renseignement américains savent depuis longtemps que l’armée chinoise développe des systèmes d’armes antisatellites (ASAT ou "antisatellite weapons"), réussir à détruire un engin évoluant sur une orbite haute a été une surprise. Dans son rapport annuel sur la puissance militaire chinoise de mai 2006, le Pentagone écrivait : "La Chine peut aujourd’hui détruire ou endommager un satellite seulement en lançant un missile balistique ou un véhicule spatial dotés d’une arme nucléaire." Ce n’est manifestement plus le cas. Pékin a en outre prouvé sa capacité à toucher un satellite évoluant à une altitude de 850 kilomètres, plus élevée que la plupart des satellites militaires américains.

La course à l’armement dans l’espace avait cessé avec la fin de la guerre froide. Elle vient de reprendre. Selon plusieurs sources américaines, en septembre 2006, la Chine a "illuminé" pendant un instant un satellite américain en utilisant un laser au sol.

Pour le département de la défense, détruire ces satellites d’observation serait la première étape d’une attaque chinoise permettant ensuite à Pékin de se trouver dans une position plus favorable pour affronter une flotte américaine aveuglée. Dans ce scénario, la Chine utiliserait des équipes d’informaticiens pour pénétrer les réseaux d’ordinateurs de défense des Etats-Unis et les paralyser, et déploierait un nombre important de missiles sol-mer afin d’empêcher les porte-avions américains de s’approcher des côtes chinoises.

RISQUE D’ESCALADE

La dépendance des forces américaines envers la technologie, notamment spatiale, est très forte. Lors d’un exercice récent avec l’armée de l’air indienne, des Soukhoï de fabrication russe ont dominé des F15 quand ces derniers étaient privés du guidage des satellites et des avions radars Awacs. "Les Chinois veulent nous repousser le plus loin possible", résume Dan Blumenthal, ancien responsable du département de la défense et expert du groupe de réflexion néoconservateur American Enterprise Institute. "Ils veulent montrer que le coût d’une intervention et d’une confrontation pour Taïwan serait bien trop élevé", ajoute-t-il.

En octobre 2006, un sous-marin chinois a fait surface en mer de Chine au nez et à la barbe d’un groupe naval américain comprenant un porte-avions. Selon des officiers de marine américains, l’incident " aurait pu conduire à une escalade assez inimaginable".

En mai 2006, le Pentagone concluait son rapport sur la puissance militaire chinoise en soulignant que "ce pays a le plus important potentiel pour entrer en compétition militaire avec les Etats-Unis et développer des technologies capables de contester nos avantages".

Dans un article publié dans le Washington Post du jeudi 25 janvier, Elizabeth Economy, spécialiste de l’Asie du Conseil des relations extérieures, prévient que "la montée en puissance de la Chine sera aussi difficile et perturbante que celle des autres puissances mondiales". La demande formelle faite par les Etats-Unis, une dizaine de jours après le test chinois, à la Pologne et la République tchèque, d’installer sur leurs territoires des bases constituant des éléments du bouclier antimissile américain, n’est peut-être pas une coïncidence.


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