mardi 12 décembre 2017

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Big Brother en poste à Bruxelles

Rafaële Rivais, le Monde

lundi 29 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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C’est par le plus grand des hasards que la communauté des quelque 1 200 journalistes en poste à Bruxelles s’est aperçue qu’elle était victime de Big Brother. Le 15 janvier, une étudiante française travaillant sur les lobbies demande à la correspondante parlementaire du Monde de lui transmettre les réponses qu’elle aurait obtenues du secrétaire général, Julian Priestley, sur ce sujet, en novembre 2006. Comment sait-elle que Le Monde a enquêté sur les lobbies ? "Parce que j’ai trouvé l’un de vos e-mails sur le site Internet du Parlement !", répond l’étudiante en sciences politiques.

Le cabinet de M. Priestley confirme que toutes les lettres adressées au président du Parlement et au secrétaire général, ainsi que leurs réponses, sont rendues publiques, en vertu d’un règlement de 2001 qui tente de "renforcer la transparence" des institutions européennes.

Seuls font exception les courriers dont "la divulgation porterait atteinte à la protection de l’intérêt public (sécurité, défense et affaires militaires, relations internationales, politique financière, monétaire ou économique), mais aussi de la vie privée, des intérêts commerciaux, des procédures juridictionnelles ou des objectifs d’une inspection".

Le secrétaire général a estimé que le courriel du Monde ne tombait dans aucune de ces catégories. "La transparence ainsi conçue n’a aucun sens !", proteste Lorenzo Consoli, le président de l’Association de la presse internationale (API), qui a obtenu le retrait de la lettre du Monde, et réclame le même traitement pour la correspondance de tous les journalistes.

"Le Parlement confond journaliste et lobbyiste, intérêt public et intérêt privé !" Et d’ajouter : "Qu’il publie la lettre d’un lobbyiste cherchant à faire pression sur l’institution, très bien ! Mais pas celle d’un journaliste à la recherche d’informations, qu’il va de toute façon publier..."

"Divulgation d’un scoop"

Sa collègue Maria Fernanda Gabriel, en poste à Strasbourg, précise qu’elle "souhaite que l’on rende publiques les lettres qu’(elle) envoie en tant que présidente de l’Association des journalistes du Parlement européen, mais pas celles qu’(elle) envoie à titre privé". Le Parlement pourrait répondre favorablement à la demande des deux associations, en considérant que "des intérêts commerciaux sont en jeu, lorsqu’un journaliste prépare un scoop et que sa divulgation permet à un concurrent de le doubler", indique Steve Clark, conseiller au cabinet de M. Priestley.

Il souhaite néanmoins que le registre du courrier fasse mention de la correspondance échangée : dates d’arrivée ou d’expédition des lettres, et objet. "Mais si le registre révèle le sujet de l’enquête du journaliste, c’est aussi grave que s’il divulguait le contenu de sa lettre", proteste M. Consoli. Il demande que l’objet de la correspondance ait un intitulé plus vague, tel que "demande d’informations".


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