lundi 23 octobre 2017

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Alerte générale au bioterrorisme

Jean-Pierre Borloo, Sudpresse.be

lundi 29 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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Les organismes internationaux tirent la sonnette d’alarme. Des terroristes envisagent de vastes contaminations aux virus. Les Etats, parmi lesquels la Belgique, s’organisent.

La menace est latente, diffuse, mais omniprésente. Tous les organismes internationaux évoquent, dans leurs publications, les risques d’un attentat bioterroriste. La contamination de larges tranches de la population par des virus, des bacilles ou des toxines est à l’ordre du jour au sein d’organisations comme Al-Qaïda. La communauté internationale s’y prépare. La Belgique aussi. Interpol vient d’ailleurs de publier un guide pratique « de préparation et de réponse à un attentat bioterroriste ».

Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement d’un terrorisme labellisé sans polluants. Selon la définition donnée par Interpol, le bioterrorisme désigne la « dissémination délibérée d’agents biologiques ou de toxines en vue de nuire à des personnes, des animaux ou des plantes ou de provoquer leur décès. Ceci dans l’intention d’intimider un gouvernement ou une population civile ou de les contraindre à servir des objectifs politiques et sociaux. »

Pour le Japon et les Etats-Unis, des menaces similaires, à l’aide de produits plutôt anodins mais détournés de leur usage habituel, ont déjà vu le jour, avec le gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 et les lettres à l’anthrax envoyées après les attentats du 11 septembre 2001.

Ces précédents isolés ont fait prendre conscience à la communauté internationale du risque encouru. Et notamment avec des produits issus de biotechnologies, de plus en plus accessibles à un large public. Depuis, elle se prépare au pire, sur les terrains juridique, policier et de la santé, de manière préventive et réactive.

Le 12 juin 2002, les Etats-Unis se sont dotés d’une législation spécifique (Bioterrorism Act). Le Conseil de l’Union européenne a adopté une décision-cadre le 13 juin 2002. A charge des différents Etats membres de la transposer dans sa législation nationale. La Belgique l’a fait, notamment avec sa loi sur les infractions terroristes (1) du 19 décembre 2003. Mais il fallait aller plus loin dans la prévention et dans la planification de l’intervention d’urgence.

En mars 2004, le Conseil de l’Europe préconisait ainsi, « face aux risques du terrorisme chimique, biologique ou nucléaire, d’informer et d’éduquer la population aux dangers inhérents au bioterrorisme, de dresser un état des lieux objectif des sources potentielles du danger bioterroriste et un recensement des sites dangereux et sensibles et d’établir des plans d’urgence d’intervention et d’organisation des secours en cas d’attaque. »

Qu’en est-il aujourd’hui ? Pascale Vandernacht, spécialiste du terrorisme au cabinet de la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx : « Si on se trouve face à des infractions de bioterrorisme, c’est le parquet fédéral qui prend les commandes en ce qui concerne l’enquête, la sécurité... La manière d’agir au niveau judiciaire a été fixée dans un vade-mecum transposé en directive du Collège du renseignement et de la sécurité, en 2005. Toutes les personnes impliquées dans cette problématique ont eu connaissance de cette directive. »

Autre acteur belge de pointe : le Centre de crise, dépendant du ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael. « Il joue un rôle important dans la coordination, poursuit Pascale Vandernacht ; il informe la population via les médias, il préconise les premières mesures à prendre au niveau de la population, il est en contact avec la protection civile et la Santé publique... Il dispose des coordonnées de toutes les infrastructures qui pourraient venir en aide aux victimes d’un attentat bioterroriste, il est en relation permanente avec tous les organes et institutions qui pourraient être touchés par un tel attentat, et il indique les mesures à prendre. »

Luc Verheyden, nouveau patron de l’Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), relève, lui, que, « depuis les attentats de Madrid et de Londres, il y a eu une restructuration des plans d’urgence. Dans le cadre d’une attaque bioterroriste, c’est surtout le Centre de crise et la Santé publique qui interviennent. Nous, à l’Ocam, on se penche sur l’origine d’un tel attentat, on tente d’évaluer la dangerosité de personnes ou d’organes qui pourraient les commettre, on évalue la menace pour la Belgique d’actions qui se seraient déroulées ailleurs. On évalue le risque d’une contamination de l’eau potable, par exemple. »

Cette évaluation s’alimente des expériences étrangères mais aussi des éléments recueillis chez nous. « Nous avons déjà progressé dans des plans de protection, annonce Pascale Vandernacht, en fonction de ce qu’on a découvert sur le terrain. Il y a des choses nauséabondes qui nécessitent que l’on s’adapte. Au niveau international, les services de renseignement s’échangent également des informations sur cette menace. »

En matière d’atteinte à la santé, d’autres pays ont élaboré des plans précis. La France, par exemple, a son plan Biotox de réponse à une réintroduction délibérée de la variole. La Belgique aussi.

Michel Van Hoegaerden, Directeur général de la DG Gestion de crise, à la Santé publique, explique : « En Belgique, nous jouons beaucoup sur l’intégration européenne. C’est-à-dire que nous travaillons en concertation et avec des méthodes similaires à d’autres pays européens. Nous développons une stratégie appliquée, la plus simple possible, mais qui fonctionne. En cette matière, la planification d’urgence se fait au niveau fédéral. Nous avons des scénarios pour différents types de situations. Deux plans sont bien détaillés : celui qui concerne l’anthrax, développé il y a quelques années, et un autre pour une éventuelle attaque à la variole. Même si la variole a été éradiquée, on garde des souches dans des laboratoires et un stock de vaccins, au cas où... »

Pour le reste, ajoute Michel Van Hoegaerden, il y a des plans qui concernent le nucléaire, d’autres propres à l’Otan, aux objectifs civils de défense et aux stratégies communes aux pays européens. « On a donc une série de scénarios standards, à moduler en fonction de chaque type de menace. Le niveau de développement de ces plans est honnête en Belgique ; ils offrent une réponse correcte à l’échelle du pays aussi. »

(1) Journal des tribunaux, 16 décembre 2006, n o 6247, « Les infractions de bioterrorisme », par Patrick Carolus, du parquet de Bruxelles.


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