mardi 12 décembre 2017

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Un ancien espion veut publiciser l’affaire Arar aux États-Unis

Bruce Cheadle, Presse Canadienne

mardi 30 janvier 2007, sélectionné par Spyworld

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Un ancien dirigeant des services de renseignements américains veut donner à l’affaire Maher Arar plus de visibilité aux États-Unis, pour tenter de mettre fin aux extraditions extraordinaires qui ont cours dans ce pays.

Frederick Hitz, qui occupait le poste d’inspecteur général de la Central Intelligence Agency (CIA) à l’époque du scandale « Contragate », a déclaré lundi que les agents ordinaires n’aiment pas que soient utilisées des méthodes à la légalité douteuse dans le cadre actuel de la lutte au terrorisme.

« J’ai fait affaire avec (ces agents) dans le passé, depuis l’affaire du ’Contragate », et ils savent qu’ils devront en payer le prix, a dit M. Hitz, qui a travaillé pour la CIA pendant plus de 20 ans et enseigne actuellement le droit. Ils savent qu’ils se retrouveront devant les tribunaux, en procès, plutôt que les patrons qui leur ont demandé de poser ces gestes. Ils veulent donc des balises aussi claires et aussi légales que possible. »

M. Hitz faisait partie d’un panel d’universitaires, d’experts légaux et d’analystes du renseignement réunis par le Woodrow Wilson International Centre for Scholars, dans le but de discuter des relations entre le Canada et les États-Unis en matière de renseignement, dans la foulée de l’affaire Arar.

M. Arar a récemment obtenu du gouvernement canadien des excuses et un dédommagement de 10,5 millions $ pour le rôle joué par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans son expulsion, par les autorités américaines, vers la Syrie en 2002.

Les Américains maintiennent toutefois que M. Arar continue à représenter une menace, même s’il a été complètement exonéré par la commission d’enquête présidée par le juge John O’Connor. Le panel a d’ailleurs salué le travail et les recommandations du juge O’Connor, surtout celle voulant que l’affaire Arar ne serve pas d’excuse pour mettre fin au partage de renseignements entre le Canada et les États-Unis.

Les panélistes ont également déclaré, à l’unanimité, que les extraditions extraordinaires — à toutes fins utiles, l’envoi d’un suspect vers un régime répressif où il pourra être interrogé et torturé — doivent cesser.

« Tu ne peux pas combattre l’illégalité avec l’illégalité », a déclaré la doyenne de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, Nathalie Des Rosiers.

M. Hitz croit pour sa part que ce message doit être entendu par un public américain qui se préoccupe de l’escalade de la guerre en Irak.

« Je regrette que l’importance de l’affaire Arar n’ait pas été vue à sa juste valeur aux États-Unis, a-t-il dit. Peut-être que nous pourrons y remédier. »

M. Hitz s’est aussi réjoui de constater que le sénateur américain du Vermont, Patrick Leahy, a pris la défense de M. Arar lors d’un échange musclé avec le procureur général Alberto Gonzalez.

« Leahy a tapé dans le mille et je ne pense pas que l’histoire va disparaître », a-t-il dit.

Il croit aussi que les tribunaux américains mettront éventuellement fin aux extraditions extraordinaires.

« Je pense que les « bons gars » finiront par l’emporter, a-t-il conclu. J’espère que ça ne sera pas trop long. »

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Photo Reuters


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