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Devenir espion à la DGSE

France 5

vendredi 6 mai 2005, sélectionné par Spyworld

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Le métier

Si vous avez toujours rêvé d’être le James Bond ou la Mata Hari version française sans jamais oser en parler, voici des pistes qui pourront sans doute vous aider à percer le monde des agents secrets. Et peut-être, qui sait, à intégrer cet univers mystérieux.

L’art de se fondre dans la masse. La mission principale d’un agent secret est de fournir des renseignements concernant la sécurité du pays aux plus hautes autorités de l’État. Ces informations ne s’obtiennent pas par des moyens classiques, mais par une recherche et des actions clandestines. L’agent secret doit avant tout être capable de mobiliser sa parfaite connaissance du milieu extérieur pour s’y comporter avec naturel et masquer sa véritable activité. Outre une finesse intellectuelle hors du commun, il doit s’adapter à son interlocuteur mais aussi à l’environnement dans lequel il se trouve.

L’agent secret dépend de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Elle est placée sous l’autorité du ministre de la Défense et gère l’ensemble du réseau gouvernemental traitant de la sécurité nationale. Dans ce contexte, la DGSE apporte des renseignements concernant l’espace extra-national. Les relations qu’elle entretient avec les armées et l’ensemble des services du ministère de la Défense contribuent ainsi à protéger de l’extérieur, le territoire français, ses intérêts dans le monde et ses ressortissants.

Actuellement dirigée par Pierre Brochand, elle est organisée autour de grandes zones géographiques. Et surtout de problématiques sécuritaires telles que la criminalité organisée, le contre-espionnage et le contre-terrorisme. Ce dernier volet représente d’ailleurs 20 à 30 % de ses interceptions.

La formation

Il existe deux statuts parmi le personnel de la DGSE : celui des fonctionnaires civils (3244 agents) et celui des militaires (1369 personnes). Ces fonctionnaires sont recrutés par voie de concours dans des corps d’appellation propre mais correspondant aux trois catégories de la fonction publique classique (A, B et C). Si vous êtes plutôt attiré par les péripéties à la OO7, visez le concours A.

Différentes filières sont proposées :

- Catégorie A (en 2004, un poste ouvert pour 38 candidats) Corps des délégués : concours option "renseignement et administration générale", option "science de l’ingénieur", option "interprétariat et traduction"

- Catégorie B Corps des secrétaires de documentation Corps des contrôleurs des transmissions Corps des secrétaires spécialistes

- Catégorie C Corps des agents techniques de l’électronique Corps des adjoints administratifs

La DGSE recrute également par voie de détachement ou par affectation de fonctionnaires de corps interministériels (une dizaine par an).

L’emploi

2005 serait-elle l’année des agents secrets ? Dans la revue Armées d’aujourd’hui de décembre 2002 - janvier 2003, la DGSE décrivait pour la première fois le métier d’agent secret. Depuis, dans le numéro de mars 2005, l’agence a ouvertement passé une annonce de recrutement de nageurs de combat, des professionnels qui avaient fait parler d’eux lors de l’affaire du Rainbow Warrior.

Côté opération, c’est en décembre 2004 que la DGSE s’est illustrée dans la libération de deux journalistes français retenus en Irak. Services Action, Renseignement et Communication ont tout mis en oeuvre pour récupérer les otages. La CIA n’aurait pas fait mieux ! A croire que tout va bien pour la DGSE puisque des créations d’emplois sont prévues par le projet de loi de finances 2005 : 20 postes dont 15 ingénieurs contractuels. Depuis 10 ans, l’agence a connu une progression constante de ses effectifs. En 2004, il y avait un millier de postes de plus qu’en 1994. Côté budget, 267,7 millions d’euros pour les services secrets en 2005, soit une augmentation de 4,4 %. De quoi vous fournir la panoplie de James Bond !

Les nouveaux espions travaillent beaucoup désormais sur le terrain économique et industriel. La DGSE rattrape le retard français en entrant de plain-pied dans le jeu de la guerre économique. Acte fort de cette nouvelle politique : le 31 décembre 2003, le président de la République a nommé Alain Juillet haut responsable chargé de l’intelligence économique. Il s’agit de l’ancien directeur du renseignement à la DGSE...

L’objectif est de défendre et d’étendre l’activité des entreprises françaises dans les domaines dits "sensibles". Pour cela, les services secrets français possèdent aujourd’hui leur "In-Q-Tel". Conçu sur le modèle des fonds d’investissement américains de la CIA, ce dispositif de 200 millions d’euros finance des entreprises stratégiques afin de maintenir certaines technologies dans le giron national (nanotechnologie, aéronautique...).

Jean-Jacques Cécile, ex-agent secret

Jean-Jacques Cécile a été agent des renseignements français. Aujourd’hui journaliste indépendant, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’espionnage militaire et économique. Il revient sur son parcours et livre des conseils aux futurs espions.

Comment êtes-vous devenu un "espion" ? "Je préfère le terme "agent de renseignement" qui est moins péjoratif dans le milieu. L’espion à la 007 ne réprésente qu’une petite partie du personnel impliqué dans ce qu’on appelle "l’espionnage". J’ai commencé ma carrière au 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP) qui forme des commandos destinés à être largués derrière les lignes ennemies pour observer et transmettre le renseignement. C’est une partie du renseignement d’origine humaine, qui comprend aussi les espions solitaires, l’interrogation de prisonniers, le contact avec les services étrangers, l’interrogation des populations sur place ou des réfugiés... J’ai ensuite fréquenté le Secrétariat général de la défense nationale (SGDN), puis le bureau Renseignement de l’état-major de la Première Armée avant qu’elle ne soit dissoute et tombe sous le contrôle de la Direction du renseignement militaire (DRM)."

Quelles sont les qualités requises pour être agent sur le terrain ? "Il faut être très professionnel, autonome, prendre les bonnes décisions, ne pas craindre la solitude, être psychologiquement stable. Ces qualités s’acquièrent dans des filières officieuses, mais bien réelles qui passent notamment par le 13e RDP."

Comment la DGSE recrute-t-elle ses agents de terrain ? "Certains nageurs du Service Action de la DGSE sont maintenant recrutés dans le 13e RDP. C’est assez récent puisque le "13" ne forme des nageurs de combat que depuis peu. La DGSE recrute dans toutes les unités de l’Armée de Terre. Les appels à candidature sont tenus plus ou moins secrets par les chefs de corps qui ne veulent pas toujours voir partir leurs meilleurs éléments."

La DGSE n’a pas encore de site Internet, comme celui de la CIA ou de la NSA, mais on parle beaucoup d’elle depuis la libération des otages en Irak et la parution de son annonce de recrutement dans Armée d’aujourd’hui. A-t-elle changé de politique de communication ? "Tout est affaire de besoin et il se trouve que lorsque la DGSE recrute, elle passe par d’autres médias qu’Internet, notamment par la revue Armée d’aujourd’hui. Malgré l’augmentation de la proportion de civils au sein de son personnel, la DGSE est encore très liée au domaine militaire, notamment pour tout ce qui concerne le Service Action. Mais peut-être qu’un jour, elle aura son site Internet."

Quel conseil pourriez-vous donner à quelqu’un qui veut se lancer dans l’espionnage ? "Surtout ne pas être mythomane. La DGSE n’a pas besoin de Rambo. L’endurance est la qualité principale, mais elle tient plus au mental qu’au physique. Au sein des commandos marine, on dit que le bon nageur de combat n’est pas un pur-sang, mais un cheval de labour, qui sait durer dans l’effort."

Qu’en est-il de l’espion économique ? "Il n’y a pas de distinction à faire entre un espion économique et un espion militaire. L’espionnage industriel ou économique n’est pas du tout nouveau. Il a toujours existé. Certains le redécouvrent peut-être maintenant. L’espion est avant tout quelqu’un qui sait s’adapter à de nouveaux marchés et à de nouvelles missions. Il sera peut-être habillé différemment, ses techniques et les technologies utilisées ne seront pas les mêmes, mais la finalité restera identique. Par exemple, on peut être amené à faire du renseignement économique en Irak : l’espion économique adoptera alors des modes d’action très proches des espions militaires qui oeuvrent sur le terrain, en uniforme ou en civil."

En ce qui concerne l’intelligence économique, la France donne l’impression qu’elle vient tout juste de se lancer dans la bataille... "Officiellement, cela fait longtemps que la France s’est lancée dans cette bataille, mais elle s’était contentée jusque-là de déclarations d’intention. Les entreprises françaises ont accumulé un certain retard."

Pourquoi ? "La première raison, c’est l’état d’esprit. On croit, dans l’armée comme dans l’industrie, que le chef sait tout et qu’il n’a ainsi pas besoin d’être renseigné. La deuxième raison tient aux coûts importants du renseignement économique. Les consultants spécialisés dans ce domaine ont du mal à négocier avec les responsables industriels, pour la plupart encore frileux et peu enclins à réaliser de gros investissements."

Propos recueillis par Xavier Gilbert

Pour en savoir plus

Adresses utiles

- DGSE Direction générale de la sécurité extérieure 141 boulevard Mortier 75020 Paris

- Bureau des concours des armées Ministère de la Défense BCAC-CG n°196 14, rue Saint-Dominique 00449 Armées

Des livres et des liens :

Sur la DGSE

- Armées d’aujourd’hui, Délégation à l’information et à la communication de la Défense, n°298 (mars 2005), 3 euros

- DGSE, Service Action - Un agent sort de l’ombre Pierre Martinet Ed. Privé, 2005 Cet ex-agent secret raconte son parcours et revèle le quotidien de l’agent secret, entre action et routine. 21 euros

Sur l’intelligence économique

- La France découvre la guerre économique Ce dossier de L’Expansion permet de connaître les raisons du retard français, donne la parole à Alain Juillet, le haut responsable de l’intelligence économique et explique la naissance du "In-Q-Tel", dispositif de financement des start up dites "stratégiques".

- Intelligence Online Un site (payant !) sur l’intelligence politique et économique.

- Espionnage business Jean-Jacques Cécile Ed. Ellipses, 2005 272 pages, 25 euros

Preuves et exemples à l’appui, Jean-Jacques Cécile démonte les rouages de la collusion croissante entre gouvernements, services secrets et sociétés commerciales.


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