mardi 12 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Joël Bouchité, directeur des RG : "nous n’avons pas enquêté sur (...)

Joël Bouchité, directeur des RG : "nous n’avons pas enquêté sur Ségolène Royal et son patrimoine immobilier"

Propos recueillis par Gérard Davet, le Monde

jeudi 1er février 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Entretien avec Joël Bouchité, directeur central des Renseignements Généraux

Vos services ont-ils enquêté sur le patrimoine de Ségolène Royal, comme l’affirme "Le Canard enchaîné" ?

Je suis formel : nous n’avons pas enquêté sur Ségolène Royal et son patrimoine immobilier. Cela n’entre pas dans nos attributions. Nous n’avons reçu aucun ordre en ce sens du cabinet de Nicolas Sarkozy, encore moins du directeur général de la police. Ces informations mensongères jettent le discrédit sur les Renseignements généraux (RG). Depuis 2004, nous avons trois missions principalesfixées par le ministre : la lutte contre le terrorisme, notamment islamiste, la lutte contre les violences urbaines, l’anticipation et la gestion des crises – c’est d’ailleurs tout le champ d’intervention de la section "contestations et violences".

Les RG sont-ils encore une police politique ?

L’expression date d’une époque où les RG étaient associés à la politique, car nous faisions des analyses électorales. Les vieux démons sont ressuscités à des fins partisanes, alors que les RG se détachent de la chose publique depuis les années 1990. On a considérablement modernisé le service.

Depuis 2004, nous ne devons plus faire de prévisions électorales. Il n’y a plus de notes blanches [notes sans en-tête ni références], tous les documents sont classifiés, identifiés, et les particuliers peuvent accéder à leurs dossiers individuels par le truchement de la CNIL. On est au service de l’Etat, en faisant partie de la chaîne opérationnelle de la police. Nous souhaitons d’ailleurs un contrôle parlementaire sur les services de renseignement, qui permettrait peut-être d’éviter les procès d’intention.

Mais dans l’hypothèse où le cabinet de M. Sarkozy vous donnerait des instructions pour enquêter sur un candidat…

Sur le plan technique, le cabinet de Nicolas Sarkozy ne nous donne pas d’instructions. Et une instruction ne relevant pas de nos missions ne remonterait pas jusqu’à nous. Les RG n’étaient pas, par exemple, au cœur de l’affaire Clearstream, très politique, car elle ne relevait pas de nos attributions.

Mais si l’on vous ordonnait de mener une enquête sur la vie privée d’un candidat, seriez-vous en mesure de la refuser ?

Nos 4 000 fonctionnaires ont des opinions variées, des syndicats, et connaissent nos règles de fonctionnement. Il existe de forts contre-pouvoirs au sein des RG. Il serait hasardeux pour un chef de service de lancer nos enquêteurs sur des missions tendancieuses, au risque de se faire dénoncer, par vengeance ou voie syndicale.

Michel Gaudin, le directeur général de la police nationale, n’a donc pu être destinataire d’une note non référencée portant sur Mme Royal ?

Chaque matin, Michel Gaudin reçoit un dossier "police" contenant notamment des notes identifiées, avec le logo RG, une date et un contenu sur lequel nous rendons des comptes.

A votre connaissance, les RG de la préfecture de police de Paris (RGPP) ont-ils enquêté sur le voisinage du QG de campagne de M. Sarkozy, rue d’Enghien ?

Je ne peux imaginer que les RGPP, qui dépendent du préfet de police, aient enquêté sur le voisinage du QG de M. Sarkozy, sauf si cela relevait de l’une de leurs missions : s’assurer de la sécurité, au nom du maintien de l’ordre public. Ce qui est valable concernant M. Sarkozy l’est pour tous les autres candidats, d’ailleurs.

Vous avez pourtant enquêté sur Bruno Rebelle, qui fait partie de l’entourage de Ségolène Royal…

M. Rebelle était connu pour son engagement à Greenpeace, il connaît les policiers qui suivent son parcours. Il s’agit pour nous d’un travail classique de renseignement sur des individus impliqués dans la contestation. Nous n’avons cherché aucun élément concernant sa vie privée, comme il pourra le voir en consultant sa fiche, via la Commission nationale informatique et libertés (CNIL). On ne cherche pas de casseroles. Le regain d’activité de Greenpeace a rendu nécessaire la réactualisation de sa fiche. Il fait toujours partie de cette mouvance. Je signale d’ailleurs que Greenpeace a programmé sur le territoire français une importante manifestation contre le nucléaire, avant la fin du premier trimestre 2007.

Donc, d’autres membres d’états-majors politiques pourraient aussi faire l’objet de fiches de renseignement ?

Les dossiers des RG concernent tous les types d’individus, on ne se positionne pas par rapport à tel ou tel parti. Nous avons, à la DCRG, environ 800 000 fiches et dossiers. Dans les états-majors de tous les partis politiques, il existe des personnes connues des RG parce qu’elles font partie de notre cœur de cible : des gens qui peuvent troubler l’ordre public, et doivent donc être identifiés. Cela dépasse les clivages, le cadre des alternances gauche-droite. On a l’habitude d’être dans l’œil du cyclone, mais aujourd’hui, on nous fait un faux procès.

Vous avez également rédigé une fiche sur Antoine Royal, le frère de la candidate socialiste…

Antoine Royal était installé comme chef d’entreprise, il était connu de notre fonctionnaire local. Classiquement, ce dernier a des contacts ouverts et librement consentis avec les individus qui participent de l’activité économique et sociale. Quand M. Royal a connu des problèmes économiques, le fonctionnaire est allé le voir et a réactualisé sa fiche avec M. Royal, sans esprit de malveillance.

Vous menez une enquête administrative pour identifier l’origine des fuites au sein de votre service. Craignez-vous la présence d’une taupe à la DCRG ?

Une enquête administrative est effectivement en cours. Les éventuels auteurs de la fuite seront sanctionnés. Le militant qui transporterait ses états d’âmes dans le service n’y aurait pas sa place.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :