dimanche 17 décembre 2017

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Ça patauge dur chez les barbouzes

Joël Depommier, Gauchebdo.ch

samedi 7 mai 2005, sélectionné par Spyworld

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Depuis 2002, des parlementaires demandent une meilleure coordination du renseignement helvétique pour le rendre plus efficace. La réforme promise se fait attendre du fait du manque de motivation de Blocher.

Dans le mot service secret, il y a secret. Et on n’est pas prêt d’ouvrir trop largement les portes du côté des services de renseignement. Pouvoir parler avec Jacques Pitteloud, l’homme, nommé en fanfare en 2000, qui doit coordonner le renseignement suisse ? Pas possible à l’heure actuelle. On est dans une « situation intermédiaire », dans l’attente du rapport d’un groupe de travail interdépartemental qui doit tomber dans le courant du mois de mai, suivant les dires d’un de ses sbires. En attendant, on ne parle pas. Le rapport en question devrait parler de réforme des services d’espionnage. Le mot est lâché : car on parle réaménagement depuis trois ans. Depuis que l’ancienne conseillère nationale radicale Maya Lalive d’Epinay a demandé qu’une commission parlementaire propose des pistes pour réorganiser le royaume des hommes de l’ombre et du micro incorporé dans la cravate. La sous-commission, dirigée par la conseillère nationale socialiste zurichoise, Barbara Haering (voir interview ci-dessous), a rendu son rapport en janvier. Celui-ci énumère toutes les carences et faiblesses du renseignement suisse. Le Conseil fédéral devrait aussi prendre position sur ces recettes en mai. Le rapport n’y va pas de main-morte. « La culture du renseignement n’existe qu’à l’état embryonnaire en Suisse », soulignent au gros crayon rouge les membres de cette sous-com. Une indigence due avant tout au manque de collaboration entre les services de renseignements intérieurs et extérieurs, soit entre le Service d’analyse et de prévention (SAP), dépendant du Département de Justice et Police de Christoph Blocher, et le Service des renseignements stratégiques (SRS) du Département de la défense et entre le SAP et les policiers du Ministère public.

Piéger les collègues

C’est la guéguerre entre les services, les coups bas pleuvent, au point qu’on peut avoir l’impression que les espions suisses cherchent avant tout à dribbler leurs collègues, tout en leur posant sous les pieds autant d’embûches et de chausse-trappes. Lors de l’affaire de la prise d’otages au Sahara en février 2003, où quatre Helvètes avaient été enlevés, on s’est retrouvé quasiment en plein polar aux petits pieds, comme l’a révélé journal Le Temps l’année passée. Sur place, sur fond de décor sablonneux, foire d’empoignes entre les inspecteurs gadgets dépêchés sur place. Les policiers du SAP (qui, rappelons-le, s’occupent de renseignement intérieur, alors que faisaient-ils dans le désert saharien ?) n’ont rien trouvé de mieux que de mettre leur collègue du SRS sur écoute.

Et que dire de la mauvaise volonté, si ce n’est pire, qu’ont le SAP ou le SRS à transmettre des informations au chef du service de coordination du renseignement, Jacques Pitteloud. Dépourvu de renseignements, celui-ci aurait fini par aller lui-même à la pêche aux infos. Bref, c’est moins 007 qu’Austin Power au royaume du renseignement suisse. Quant à la qualité des informations, et à juger au seul rapport sur la sécurité intérieure de la Suisse ou celui sur l’extrémisme (celui de gauche) réalisé par le SAP, c’est loin d’avoir le gabarit révélation avec un grand R, ressemblant plus à une revue de presse qu’à un travail d’infiltration ou de première main. Bref, pas de quoi prévenir si ce n’est a posteriori (c’est toujours plus facile), certains débordements de provocateurs de l’anti-G8 à Genève en 2003. A leur décharge, la CIA, elle, n’a pas vu arriver les attentats du 11 septembre.

Collaborez !

La recommandation principale de la sous-commission, c’est bien qu’on en finisse avec le manque de collaboration et que les différents services travaillent enfin ensemble. Histoire d’être plus efficaces, aussi bien en matière de coordination des renseignements que de gestion rationnelle de leurs moyens financiers alloués. Plus facile à dire qu’à faire, du fait des rivalités ataviques entre officines et de la politique de défense de son petit pré carré de chacun des acteurs. Une concurrence encore avivée par les valses-hésitations des ministres concernés. La seule à vouloir une réorganisation semble être la ministre des affaires étrangères, la genevoise Micheline Calmy-Rey. Les deux ministres UDC sont à couteaux tirés pour défendre leur service ou pour englober celui de l’autre dans leur Département respectif. Et encore : Christoph Blocher ne fait pas mystère qu’il n’aime pas le ministère public de Valentin Roschacher. L’année dernière, l’UDC était prête à demander la tête du préposé. Dans le même temps, Blocher est aussi partant, selon des sources proches du dossier, à bazarder les services de renseignement extérieur, dont le cacique nationaliste de l’UDC doute de l’utilité. Et pourtant, tout le monde vous dira qu’aujourd’hui, le renseignement intérieur et extérieur est de plus en plus imbriqué. Blocher devra relire Robert Ludlum.

Trois services, un collaborateur, beaucoup de tirage

Comme beaucoup d’autres services de renseignement européens (voir la France, avec la Direction centrale des renseignements généraux, la direction de la surveillance du territoire et la direction générale de la sécurité extérieure), les services secrets suisses se divisent entre tâches de renseignements intérieurs et extérieurs.

- Le service d’analyse et de prévention (SAP, ex-police fédérale) d’Urs Von Daeniken, l’indéboulonnable, s’occupe de sûreté intérieure et dépend du département de justice et police de Christoph Blocher.

- Le service de renseignements stratégiques (SRS), dirigé par Hans Wegmüller s’occupe de renseignements extérieurs et stratégiques. Ces services sont sous la tutelle du département de la défense de Samuel Schmid.

- A ces deux premiers services, on doit aussi ajouter le CAP (Centre d’analyse et de prospective) qui dépend du Département des affaires étrangères. S’il n’est pas un service de renseignement à proprement parler, sa mission peut recouper celle du SRS

- Inauguré en 2000, le poste de coordinateur des services de renseignements, confié au médiatique Jacques Pitteloud, est censé faire la synthèse des informations du SAP et du SRS. Il est rattaché à la défense.

A côté de ce volet espions, parapluie bulgare et encre sympathique, il faut encore ajouter le ministère public, avec à sa tête le procureur de la Confédération, Valentin Roschacher (qui a succédé à Carla Del Ponte) et secondé par une centaine d’hommes de la Police judiciaire fédérale.

Missions : lutte contre le terrorisme, le crime organisé, la criminalité économique, etc. En 1973, c’est ce même ministère public, qui par l’entremise de Hans Walder, posait des micros lors du congrès de la LMR à Epalinges.


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