dimanche 17 décembre 2017

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Algérie : Lorsque « l’information remplace le fusil » dans la guerre économique

Yasmine Ferroukhi, la Tribune (Algiers), via Allafrica.com

mardi 13 février 2007, sélectionné par Spyworld

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Abordée pour la première fois en conseil de gouvernement, le 20 décembre dernier, en tant que l’un des volets constituant le dossier portant Stratégie et politiques de relance et de développement industriels, la notion d’intelligence économique fera dans quelques jours et pour la première fois en Algérie l’objet d’une post-graduation spécialisée (PGS) que seule l’Université de la formation continue (UFC) assure pour le moment.

Ceux en mesure d’appréhender la portée d’une telle spécialisation savent qu’il s’agit d’une grande première lorsqu’on sait par exemple qu’en France qui, elle, se considère déjà très en retard par rapport aux Anglo-Saxons, c’est toute une école qui lui est consacrée et dont le nom détermine à lui seul l’importance et les enjeux. Il s’agit de l’Ecole de guerre économique de Paris, une référence européenne, car les guerres sont aujourd’hui indéniablement économiques où, dit-on, « l’information remplace le fusil, et le concurrent, l’ennemi ».

Pour plus d’informations concernant cette nouveauté dans l’université algérienne, nous nous sommes rapprochés de M. Lemnouar Abdeldjebbar, recteur de l’UFC, qui revient avec plus de détails sur cette question.

Il nous fait d’abord savoir que le programme qui sera assuré par des enseignants et experts algériens et étrangers s’articule sur cinq modules qui sont d’abord l’environnement stratégique de l’entreprise, le management de l’information pour la décision, l’action par l’information, la contre-intelligence économique et la cellule d’intelligence économique.

Dans le détail de chaque chapitre, il est intéressant de relever des modules tels que la recherche d’opportunités, l’augmentation des parts du marché et la conquête de nouveaux marchés, la sécurité informationnelle, les aspects juridiques de l’intelligence économique ou encore la négociation et le lobbying, pour ne citer que ceux-là. La formation en dix-huit mois est bien sûr sanctionnée par un stage et un mémoire à présenter en fin d’études. Pourquoi l’UFC ? Le recteur de cette université nous explique qu’il est « tout à fait normal que l’université se soucie d’offrir des compétences aux entreprises et aux institutions algériennes à même de les protéger », avant de déplorer cependant le retard accusé en la matière. « Même si on s’y prend un peu tardivement par rapport à ce qui se fait dans le monde, il n’est jamais trop tard pour bien faire et je pense que nous sommes pionniers parmi les pays émergents. » Il relève toutefois l’absence [criante] au niveau de nos universités de notions de base aussi importantes. « J’aurais voulu qu’il y ait, au niveau de nos facultés des sciences économiques, une introduction à ce type de réflexion. » Cela, sans omettre de rappeler que l’UFC a déjà été auparavant la première à introduire de nouvelles disciplines telles que le « DEA [Diplôme d’études approfondies] en droit des affaires en 1995 et que certaines facultés n’ont introduit que dernièrement au niveau des magistères ».

M. Lemnouar explique, en outre, que le rôle de l’UFC est justement celui « d’être toujours à l’écoute de son environnement et de répondre très vite [ ] C’est dans ce sens que nous avons proposé ce programme qui a, bien sûr, reçu l’aval de la tutelle, à savoir le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Un programme qui s’adresse donc pour la première fois aux décideurs, qu’ils soient dans des entreprises privées, publiques ou dans différentes institutions qui en expriment le besoin ».

Abordant la nécessité absolue de préparer nos entreprises au nouvel environnement économique, notre hôte fait remarquer que « dans quelques années, l’Algérie va être un véritable Eldorado économique, un immense pays aux richesses et aux potentialités extraordinaires et tout doit reposer sur le capital humain et les ressources humaines du pays ».

Dès l’annonce du lancement officiel de cette formation, lors du forum d’El Moudjahid du 8 janvier dernier, plusieurs lecteurs ont manifesté un vif intérêt et se sont interrogés sur la procédure à suivre pour y accéder. Une préoccupation que nous avons portée au premier responsable de cette université qui nous a fait savoir qu’il s’agit d’une « formation ouverte pour tout le monde pour peu que le postulant dispose d’un diplôme universitaire de graduation dans n’importe quelle discipline [licence ou ingéniorat) puisqu’il ne s’agit pas moins d’une post-graduation spécialisée. Autre condition, il est préférable que ces étudiants aient déjà une certaine expérience dans le domaine de la gestion de l’entreprise, c’est-à-dire des cadres opérationnels et auxquels incombera par la suite la responsabilité d’installer au sein de leurs entreprises respectives ce qu’on appelle la cellule de veille. Celle-ci reçoit toutes les informations relatives à l’environnement de l’entreprise, les traite et les analyse en vue de la prise de la meilleure décision possible permettant l’épanouissement de l’entreprise ».

Enfin, dernière question que nous avons adressée au recteur : cette formation est-elle payante, quand on sait que celle dispensée à Paris fait dans près de 8 000 euros ? Notre interlocuteur, tout en omettant de nous préciser le montant exact, avance que « certes, comme pour toute autre formation qui demande des frais particuliers, cette PGS est payante mais ça sera des frais qui restent relativement dérisoires par rapport à ce qui se fait ailleurs ».

L’université dote ainsi, au bout de dix-huit mois, les cadres de cette première promotion d’un outil des plus indispensables pour la protection de l’entreprise algérienne, et donc de l’économie nationale, dans un environnement de plus en plus impitoyable et implacable, pour peu que les autres secteurs suivent.


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