mardi 24 octobre 2017

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La justice italienne prépare le procès des vols de la CIA

Jean-Jacques Bozonnet, le Monde

samedi 17 février 2007, sélectionné par Spyworld

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L’affaire sera jugée à partir du 8 juin à Milan. Ce sera le premier procès concernant les "vols secrets de la CIA" en Europe, c’est-à-dire les transferts illégaux de détenus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international, une pratique dénoncée avec force par le Parlement européen. Le juge des audiences préliminaires de Milan, Caterina Interland, a décidé, vendredi 16 février, de renvoyer devant le tribunal 35 personnes, dont 26 agents de l’Agence centrale de renseignement (CIA) américaine, pour leur participation à l’enlèvement sur le territoire italien d’un citoyen égyptien soupçonné de terrorisme.

L’ex-imam Hassan Moustafa Ossama Nasr, alias Abou Omar, a été kidnappé le 17 février 2003 alors qu’il se rendait à la mosquée, dans le centre de Milan, par un commando de la CIA, épaulé par des agents des services secrets italiens. Via la base aérienne d’Aviano, dans le nord-est de l’Italie, il a été conduit au Caire où il dit avoir été torturé. Remis en liberté, dimanche 11 février, Abou Omar a annoncé son intention de porter plainte contre l’ancien chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, pour "avoir permis à la CIA de (le) capturer".

L’implication des autorités politiques italiennes est l’une des clés du procès. Outre les responsables de la CIA en Italie à l’époque, Jeff Castelli et Robert Lady, le tribunal aura à juger l’ancien chef des services secrets italiens (Sismi), le général Nicolo Pollari, et son adjoint, Marco Mancini. Démis de ses fonctions en novembre 2006 à cause de cette affaire, l’ancien patron du contre-espionnage militaire a toujours opposé le secret d’Etat aux questions des magistrats. Plusieurs témoignages attestent cependant que la CIA avait sondé Rome dès le lendemain du 11 septembre 2001 sur l’éventualité de rapts de suspects.

Les prévenus américains, actuellement aux Etats-Unis ou en poste dans le réseau diplomatique, seront jugés par contumace. Pas plus que son prédécesseur, le ministre de la justice de Romano Prodi n’a donné suite à la demande d’extradition présentée par le parquet de Milan. "Il est évident que si le garde des sceaux ne bouge pas, c’est parce que la décision vient de plus haut", a regretté le ministre des infrastructures, Antonio Di Pietro, ancien magistrat de l’enquête "Mains propres" dans les années 1990.

ECOUTES TÉLÉPHONIQUES ?

Rome ne souhaite pas envenimer les relations avec Washington. Elles sont déjà tendues par le renvoi en justice d’un GI accusé de la mort d’un agent secret italien, en mars 2005 à Bagdad, lors de la libération d’une otage, la journaliste Giuliana Sgrena. Au contraire, le gouvernement a déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle contre le parquet de Milan. Au cours de leur enquête, les magistrats auraient violé le secret d’Etat en exploitant des écoutes téléphoniques des agents du Sismi.

Si ce recours était jugé recevable, le procès pourrait être suspendu, le temps d’un examen sur le fond. Et en cas de décision favorable au gouvernement, l’accusation se trouverait privée de ses meilleures preuves à charge.


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