mercredi 13 décembre 2017

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Bouclier antimissile américain : les menaces de Moscou

Marie Jégo et Célia Chauffour, le Monde

mardi 20 février 2007, sélectionné par Spyworld

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La République tchèque et la Pologne accueilleront "probablement" sur leur territoire le système de défense antimissile américain : le premier ministre polonais, Jaroslaw Kaczynski, et son homologue tchèque, Mirek Topolanek, l’ont annoncé, lundi 19 février à Varsovie, à l’occasion d’une visite du chef du gouvernement tchèque.

Washington a officiellement demandé, le 20 janvier, à la République tchèque et à la Pologne d’accueillir respectivement une station radar et dix intercepteurs de missiles pour parer à d’éventuelles attaques en provenance de l’Iran ou de la Corée du Nord. "Nos deux pays vont probablement donner une réponse positive à l’offre américaine", a déclaré M. Topolanek. Le premier ministre polonais a de son côté adressé un message clair à Moscou : "Nous allons nous efforcer de convaincre les Russes d’une chose évidente (...), ces missiles ne sont pas dirigés contre eux."

La tâche promet d’être difficile, l’élite politico-militaire au pouvoir en Russie étant persuadée du contraire. Le commandant en chef des forces stratégiques russes, Nikolaï Solovtsov, a d’ailleurs prévenu que "si les gouvernements polonais et tchèque prennent une telle décision, nos forces stratégiques seront en mesure de pointer (des missiles) sur ces installations". Une fois dénoncé le traité russo-américain FNI de 1987 sur l’élimination des missiles de portée intermédiaire (500 à 5 500 km), il faudra à la Russie "cinq ou six ans, peut-être même moins", pour en relancer la production, a tonné le général lors d’un point de presse donné, lundi, à Moscou.

Quelques jours plus tôt, le chef de l’état-major des forces armées russes, Iouri Balouïevski, avait menacé de sortir du FNI si Washington menait son projet à bien. Les déclarations du général Solovtsov, les plus belliqueuses faites par un militaire russe depuis longtemps, s’inscrivent dans la suite du discours prononcé par le président Vladimir Poutine à Munich, parti en croisade contre "l’unilatéralisme" américain.

Les assurances venues de Varsovie et de Washington selon lesquelles le bouclier n’est pas dirigé contre la Russie sont sans effet. "Dans la conscience du Russe ordinaire, le mot OTAN sonne presque comme une injure tandis que l’Amérique reste perçue comme l’ennemi", expliquait, mardi, Anton Orekh, chroniqueur de la radio Echo de Moscou.

Fermement opposée à un nouvel élargissement de l’Alliance atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine, la Russie n’a jamais supporté l’arrimage, en 1999, de la Hongrie, la Pologne et la République tchèque à l’OTAN.

Les protestations russes ont trouvé un écho favorable auprès du ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Dans une interview publiée, lundi, dans le quotidien Handelsblatt, le chef de la diplomatie allemande, proche de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, critique Washington pour ne pas avoir informé Moscou du projet de bouclier. "Parce que les sites de stationnement sont très proches de la Russie, on aurait dû d’abord lui en parler", explique-t-il.

A Varsovie, les déclarations virulentes de Moscou ne font qu’entretenir la crainte, déjà répandue en Pologne, de voir sa sécurité nationale mise à mal par le grand voisin de l’Est. Le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski voudrait d’ailleurs négocier des garanties supplémentaires de sécurité avec Washington, notamment l’installation d’un système de défense antiaérienne PAC-3 (missiles Patriot).

Contrairement au premier ministre libéral tchèque, qui a très vite apporté son soutien au bouclier, le conservateur polonais a précisé que l’accord de la Pologne ne se fera pas "dans n’importe quelles conditions".

Cette prudence s’explique sans doute par l’état de l’opinion publique. Selon un sondage publié, lundi, par l’institut CBOS, 55 % des Polonais sont opposés au déploiement du bouclier dans leur pays, 28 % sont pour. La question du jour posée sur le portail Internet Onet.pl illustre l’inquiétude de la population : "Croyez-vous que la Russie mettra ses menaces d’attaque du bouclier antimissile américain à exécution ?"

LEXIQUE

- DÉFENSE ANTIMISSILE AMÉRICAINE

Les Etats-Unis développent trois versions de leur défense antimissile : à courte, moyenne et longue portée. Il s’agit d’intercepteurs devant entrer en collision, par énergie cinétique, avec les missiles adverses, selon la technique du "hit to kill". Les sites envisagés en République tchéque et en Pologne répondent notamment au souci de protéger les troupes américaines déployées en Europe d’une éventuelle menace balistique iranienne.

- DÉFENSE ANTIMISSILE "DE ZONE"

Deux pays seulement - la Russie et Israël - ont investi dans ce type de défense qui vise à protéger des villes. La première a mis en place dans les années 60 un réseau d’une centaine d’intercepteurs autour de Moscou, et Israël protège trois sites, dont Tel-Aviv, avec son système de missiles Arrow (Hetz).

- DÉFENSE ANTIMISSILE DE THÉÂTRE

Ce type de défense est à la portée d’un plus grand nombre de pays. L’OTAN envisage de s’en doter pour protéger ses troupes déployées en opération. La France dispose de son propre programme avec les missiles Aster.


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