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Querelle antimissile

Le Monde

vendredi 23 février 2007, sélectionné par Spyworld

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La polémique déclenchée par l’installation d’un système américain de défense antimissile en Pologne et en République tchèque rappelle les années de la guerre froide quand l’Europe était un enjeu de la rivalité Est-Ouest. Le président russe Vladimir Poutine a violemment dénoncé la décision " unilatérale" de Washington tandis qu’un de ses généraux menace de pointer ses fusées sur les sites " ennemis" dans les deux pays coupables. Les Etats-Unis ont protesté de leur bonne foi. Ils affirment que la Russie avait été informée de leurs intentions. Ils soutiennent aussi que ce système sophistiqué composé de missiles intercepteurs et de radars n’est pas dirigé contre les Russes, mais contre une menace venant " d’Iran ou d’ailleurs".

Ces déclarations ne suffiront pas à apaiser la colère de Moscou, qui tient à des considérations essentiellement politiques. Depuis l’effondrement du bloc communiste, la Russie s’inquiète de l’expansion de l’OTAN jusqu’à ses frontières. Le Kremlin revendique un droit de regard, voire un droit de veto, sur toutes les décisions engageant l’organisation du continent européen. Que d’anciens pays satellites puissent accueillir des armements américains sans son autorisation est considéré à Moscou comme une atteinte à la sécurité du pays. Le ministre tchèque des affaires étrangères, le prince Karl von Schwarzenberg, a rétorqué que son pays n’appartenait pas à la zone d’influence russe et qu’il était libre de ses décisions. Mais ce langage a peu de chances d’être entendu.

Le système de défense antimissile américain pose une autre question aux Européens. Ce bouclier a pour objet de placer les Etats-Unis à l’abri d’une attaque lancée par un pays doté d’armes de destruction massive et insensible à la rationalité de la dissuasion. Il ne sera pas totalement étanche, comme le pensaient ses premiers concepteurs, mais il pourra rapidement parer la menace d’une puissance moyenne, l’Iran ou autre. C’est une réalité dont les Européens, longtemps sceptiques, doivent tenir compte.

Les Américains affirment, en outre, que ce système antimissile pourra également servir, en cas de besoin, à la défense de l’Europe. C’est rassurant. Mais, si ce bouclier reste purement américain, les Européens se trouveront plus que jamais tributaires des Etats-Unis pour leur défense. Sans doute les Vingt-Sept peuvent-ils être tentés de convaincre Washington de participer à un programme élargi dont le coût est si énorme qu’il dépasse de loin les possibilités financières de l’Union européenne. Mais, là aussi, les obstacles ne manquent pas. En l’absence d’une forte volonté politique, l’Europe de la défense qui s’esquisse fait totalement l’impasse sur la dimension nucléaire de la sécurité. Laissant une fois encore le champ libre aux Américains.


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