mercredi 18 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > La DGSE très secrète sur les raisons d’une exclusion

La DGSE très secrète sur les raisons d’une exclusion

Christophe Boltanski, Libération

samedi 24 février 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Un employé des services secrets français pense avoir été mis en disponibilité à cause de sa conversion à l’islam.

De prime abord, Laurent Velé se présente comme « fonctionnaire ». Puis, il ajoute à voix basse travailler à la « DGSE ». « Depuis vingt ans », précise-t-il. « Avant », il ne divulguait à personne sa véritable activité. « Même mon épouse ne savait pas ce que je faisais. » Aïcha opine : « Je l’ai su il n’y a même pas trois mois. » Aujourd’hui, il se sent libre de parler. Il n’est plus qu’un espion suspendu, un « demi-solde indiciaire, sans prime », qui touche à peine 500 euros par mois.

Le 2 octobre 2003, il a été mis en disponibilité d’office de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services de renseignements français, pour une durée de cinq ans. « Dans l’intérêt du service », dit la lettre signée par le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Il a été renvoyé chez lui douze jours plus tard. Aucune raison précise ne lui a été fournie. « Je ne sais pas de quoi on m’accuse, mais j’en ai une idée », avance-t-il. Lors de son passage devant le conseil de direction, avant que le couperet tombe, ses supérieurs lui ont fait un seul reproche : de ne pas les avoir informés immédiatement de sa rencontre avec celle qui allait devenir sa femme, une enseignante marocaine qui a repris des études à la Sorbonne.

Sur écoute. Ils se sont connus sur affection.org en 2000. En 2002, quand leur relation « est passée au stade amoureux », Laurent Velé en a fait part à l’administration centrale par un courrier. « J’ai dit qu’on s’est rencontré fortuitement. Les liaisons par l’Internet, c’était pas encore dans l’air du temps. »

Au siège de l’espionnage français, boulevard Mortier, à Paris, Laurent n’est qu’un simple rouage. Entré à la DGSE en 1985 « par hasard, après le bac, après avoir répondu à une petite annonce », il s’occupe depuis dix ans de maintenance informatique et fait des présentations du matériel à des cadres de la maison. Il ne travaille pas au chiffre. Il n’a pas accès à des données sensibles. Il ne peut même pas consulter les serveurs centraux. Mais la DGSE possède des statuts draconiens hérités de la guerre froide. « Même pour s’inscrire à un club de gym, on doit demander l’autorisation. » Dans les semaines qui suivent l’envoi de sa lettre, il est interrogé par un enquêteur, puis quelques mois plus tard, par deux colonels du service de sécurité interne. « Un vrai interrogatoire. On m’a posé un certain nombre de questions très intimes. » Laurent Velé comprend que son téléphone est sur écoute, que son ordinateur a été piraté. Ses interlocuteurs font état de conversations privées avec Aïcha. Ils veulent savoir s’il a toujours un problème avec l’alcool, quelle est sa vie sexuelle et, surtout, pourquoi il s’est converti à l’islam.

« Imams ». Cet ancien élève d’écoles catholiques explique avoir toujours été croyant. Pour lui, l’islam, c’est une hygiène, un style de vie. « C’était aussi un moyen judicieux de sortir de l’alcool. » Il venait de perdre son père, mort d’un cancer, et sortait d’une cure de désaccoutumance. « Mais tu n’es pas vraiment pratiquant, intervient Aïcha. Moi non plus, mais je ne pouvais pas te présenter à la famille si tu n’étais pas converti. » Ils se sont mariés le 24 décembre 2003. Elle attend un second enfant. « J’ai toujours adoré ce pays, dit-elle. Si j’avais été une terroriste, j’accepterais d’être guillotinée. Mon père a toujours travaillé en France. Mes frères vivent ici. » Laurent Velé s’exclame : « Nulle part il est écrit que l’on m’accuse d’intelligence avec une ressortissante étrangère. En vingt ans de carrière, je n’ai jamais reçu de blâme, ni d’avertissement. » Pour lui, la raison de son renvoi tient à sa foi nouvelle : « Ils considèrent que je suis vulnérable et que je peux être atteint, via des imams. »

« Diversité ». Il est aujourd’hui surendetté. Sa demi-solde sert à payer la pension de son ex-femme. Il a saisi le tribunal administratif de Paris qui l’a débouté et vient de déposer un recours devant le Conseil d’Etat. Il ne sait pas ce qu’il va devenir après ses cinq ans de mise en disponibilité, s’il sera radié, ou réintégré. Aucune autre affectation ne lui a été offerte. « La loi dit qu’on doit me proposer trois postes », proteste-t-il. « Cette décision n’a rien à voir avec une quelconque forme de discrimination , explique-t-on à la caserne du boulevard Mortier. Avec les missions qui sont les nôtres, on recherche la plus grande diversité parmi nos agents. » Sous-entendu : par temps de terrorisme, la maison recrute aussi des musulmans. Quelle faute a commis Laurent Velé ? Mystère. « M. Velé a été mis en disponibilité pour avoir contrevenu aux obligations de sécurité qui s’imposent à la DGSE. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :

2 Messages de forum

  • La DGSE très secrète sur les raisons d’une exclusion 26 février 2007 12:02, par soleil noir

    Je ne connais rien au dossier, mais il semble que l’on applique lourdement une trés lourde sanction à un lampiste.
    C’est pour se passer les nerfs............ ???
    Il aurait mieux valut bloquer la diffusion du livre sur un ancien du service action (l’auteur a travaillé pour canal+) les détails opérationnels sont d’une telle netteté, d’une telle précision, que s’en est scandaleux.
    Un bon comportementaliste y verra des contre-mesures à prendre qui seront beaucoup plus préjudiciables en termes de vies humaines, que la vie sentimentale de ce gars.
    A force de lacher : les informateurs que l’on fait arréter par un service concurent, de donner les noms des FS ou des agents dans la presse (amende de 15 000 euros !!, laissez moi rire), de donner des détails opérationnels tel que le meilleur endroit pour poser un certain type d’avion........ ne venez pas vous étonné de la réactivité ou de l’adaptation des terroristes, nous creusons notre tombe non pas avec une pioche mais avec une pelle mécanique nommée "CONNERIE" !!!!!!!!!!!

    • DGSE 19 octobre 2008 16:54

      M Velé Laurent

      Référence : La DGSE très secrète sur les raisons d’une exclusion

      Christophe Boltanski, Libération

      samedi 24 février 2007,

      Aujourd’hui, c’est mon anniversaire le 18/10/08).

      J’ai 43 ans. Je viens de recevoir un merveilleux cadeau de la part de

      Monsieur Hervé Morin Ministre de la Défense.

      Je suis radié des cadres le la fonction publique. Je suis donc obligé à 43 ans,

      de préparer ma mise à la retraite après avoir purger cinq années de mise en disponibilité d’office à demi-solde.

      Depuis le cas du Capitaine Dreyfus, jamais un cadre du Ministère de la défense n’a subi une sanction aussi lourde

      sans que le motif ne soit pas justifié.

      Pour rappel, j’avais émis le souhait auprès de mon administration, le simple souhait d’épouser une ressortissante étrangère.

      J’ai épousé ma future femme APRES avoir été mis en disponibilité d’office. Elle est française aujourd’hui, comme vous et moi.

      Enfin c’est ce que nous croyions, car cela ne semble pas suffire. Il semble que nous soyons une menace réelle pour notre pays.

      Malgré les belles phrases, en dépit de tous les beaux discours de circonstance, les musulmans n’ont pas le droit de cité en France ou en Navarre.

      Je ne reviendrai pas sur mes convictions religieuses. Cela m’appartiens. J’ai été amusé, surpris par les réactions doctes, les réactions absurdes, les commentaires creux, les articles pompeux de tels ou tels concernant mon histoire. Je suis un homme libre et honnête. Père et mari de trois garçons. Je n’ai rien à justifier. Pourquoi ? Mon pays n’est-il pas le berceau de la LIBERTE ? Le phare des grands idéaux d’hier et d’aujourd’hui. Je suis traité comme un paria, un quidam potentiellement dangereux, un futur terroriste, un éventuel salafiste, un possible trouble fête. Quid les humiliations que j’ai enduré depuis ces dernières années, quid la tristesse d’avoir été mis à l’index de mon travail, quid la détresse de se retrouver dans une situation financière noire. Pourtant j’aime mon pays. Je n’ai jamais fait l’objet d’aucune sanction : administrative, pénale, civile. Pourquoi ne m’a t-on pas proposer un autre poste au Ministère de la Défense ? Comme chauffeur, jardinier, secrétaire, estafette ?

      J’aimerai que la DST ou les RG puisse indiquer à mon Ministre si je suis "fiché" ou si je représentante une menace quelconque.

      Pourquoi n’ai je pu être affecté dans une autre administration ? Car je suis titulaire, et non contractuel.

      La sanction dont je fais l’objet aujourd’hui est presque la plus lourde de l’arsenal disciplinaire de l’Administration.

      Je suis affecté par cette injustice, considérant que mon Ministère aurait pu me trouver un poste en son sein,

      ou me proposer une affectation dans un autre Ministère.

      Je reste à votre disposition pour vous fournir toute information susceptible de vous intéresser.

      Laurent Velé.