jeudi 19 octobre 2017

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Les métamorphoses « informatiques » d’Al Qaîda

Fayçal Oukaci, Lexpressiondz.com

dimanche 25 février 2007, sélectionné par Spyworld

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Les sites islamistes djihadistes ont annoncé, sur plusieurs forums, « la sortie imminente du premier logiciel de chiffrement islamique », pour sécuriser les échanges en ligne.

Les progrès faits au plan de lutte antiterroriste n’ont d’égal que ceux accomplis depuis les deux dernières années par les tenants du djihad mondial. Bientôt, la mise en circulation du premier logiciel de chiffrement islamiste, pour sécuriser les échanges en ligne des groupes radicaux, sera opérationnelle. Depuis que les gouvernements, arabes et occidentaux, confrontés au phénomène du terrorisme, ont appris à bloquer et faire désintégrer les sites islamistes émetteurs, ainsi que les sites « hébergeurs », les référents du djihad ont développé des méthodes de transmission et de communication toujours plus complexes et plus inattaquables. Tout le monde a constaté par exemple que le Gspc, depuis le « blocage » de son dernier site, vers la fin de l’été 2006, n’a plus cherché à en constituer un autre. Et pourtant sa propagande marche et sa communication fonctionne normalement.

Les communiqués, les opuscules et les vidéos sont mis en ligne, les échanges épistolaires avec les autres groupes armés d’obédience salafiste ne se sont pas arrêtés pour autant et on peut même constater un flux sans précédent de la littérature interne sur le Web. Résultat : le Gspc, devenu Al Qaîda au Maghreb, ne dispose pas de site propre, mais peut à loisir, suivant des règles précises, disposer d’une dizaine de forums libres où il peut à satiété passer messages et enregistrements vidéo. Les forums de discussions libres laissent passer pareils messages pour deux raisons : pour prendre en charge la communication d’un groupe qui leur est proche, ou pour profiter de l’audience que peut avoir un groupe défini comme faisant l’actualité du moment, et bénéficier de la sorte d’un plus dans le marché encombré de sites et forums islamistes.

En fait, ce n’est pas tant la menace d’Al Qaîda au Maghreb qui fait peur aux services de renseignements européens, et plus particulièrement français, mais les probables métamorphoses de l’organisation. Car si la menace est aujourd’hui évidente, le passage à l’acte immédiat l’est beaucoup moins, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, car tout le monde sait que les cellules opérationnelles ne frappent que lorsqu’on s’y attend le moins. Prenez par exemple la France, l’approche de l’élection présidentielle fait planer sur tout le pays les épais nuages de la crainte, de la peur, voire de la panique. Cela peut être extrêmement rentable au plan de l’investissement électoral pour le candidat ayant montré une rigueur dans la lutte antiterroriste menée à ses extrêmes limites, c’est-à-dire jusqu’à écorner les libertés et les droits de l’homme.

Chiffrement, l’évolution du chiffre

Toutefois, ce sont bel et bien les mutations que l’organisation d’OBL a inscrites sur le long terme qui sont les plus dangereuses, et qui mettent les spécialistes de la traque sur Internet sur le qui-vive. Selon Le Monde du 6 février, deux évolutions sont redoutées, compliquant la surveillance policière : la transformation de structures consacrées au soutien logistique en vrais groupes opérationnels et le passage à l’acte d’individus isolés ou de groupes très hétéroclites, influencés par la propagande du Gspc, notamment via Internet. Ainsi, le groupe islamiste démantelé en Tunisie, en janvier, « disposait de vues des ambassades britannique et américaine à Tunis et des images de l’ambassade de France à Rabat », mises en ligne par Google Earth. Les principaux organes proches d’Al Qaîda, tout comme d’autres sites islamistes connus, ont annoncé, sur plusieurs forums, « la sortie imminente du premier logiciel de chiffrement islamique », pour sécuriser les échanges en ligne. Evidemment, ne seront cryptées que les seules communications qui l’exigent.

Les messages de propagande ou d’information ne le seront pas, bien entendu. Le chiffrement est défini par les manuels spécialisés comme une méthode de codage consistant à rendre des données indéchiffrables pour tout autre utilisateur que le destinataire du message, permettant de garantir la totale confidentialité de l’information véhiculée.

Le second système de chiffrement dit à clés publiques ou asymétriques, comprend une paire de deux clés, l’une publique servant à crypter les données, l’autre privée pour les décrypter.

On peut aujourd’hui travailler en système de chiffrement à clé secrète, dit aussi symétrique, et qui repose sur le partage entre deux personnes en communication, d’une même clé secrète utilisée à la fois pour le chiffrement des données et pour son déchiffrement.

Par exemple, pour transmettre un message, on réalise, au préalable, le chiffrement du message avec un algorithme avec deux paramètres, le message et la clé, ce qui va donner un fichier incompréhensible pour quelqu’un qui l’intercepte. Dans un second temps, le récepteur du message, qui lui a l’algorithme et la clé correspondant au fichier, va obtenir les données en clair.

Opération « Fomec »

Bien sûr, tout cela rappelle le fameux « chiffre » très en usage durant la Seconde Guerre mondiale, mais il existe un univers entre les deux, comme existe un univers de progrès entre les premiers téléphones du début du XXe siècle et les cellulaires de 2007. Voici un autre aperçu de ces progrès : un responsable d’Al Qaîda a été arrêté récemment en Turquie.

Dans ses bagages un CD-Rom et des modes d’emploi pour fabriquer des bombes. Jusque-là, rien d’anormal. Ces arrestations font désormais partie du fait divers. Mais le scoop va suivre : le CD pouvait s’autodétruire...en explosant.

Cette découverte, qui a laissé les policiers pantois, a fait suite à une enquête qui aura durée une année, après quoi la section antiterroriste d’Izmir a arrêté le responsable, un « commandant », membre d’Al Qaîda, responsable des opérations en Turquie. chargée de la sécurité du pape Benoît 16, la police avait intercepté des indices de fabrication de bombes pouvant être utilisées lors d’un attentat contre le représentant des catholiques. Les forces de sécurité ont trouvé un CD-Rom contenant des informations sur le mouvement terroriste en Turquie. Intrigué par l’aspect inhabituel de la surface du CD-Rom, il est apparu qu’il était recouvert d’un revêtement spécial. Un explosif qui aurait dû détruire le contenu du CD-Rom et le PC qui l’hébergeait via le rayon laser du lecteur de CD de l’ordinateur. L’invasion de l’Irak donne une nouvelle impulsion à Al Qaîda. Sur le plan idéologique, elle trouve dans la guerre contre l’Irak tous les arguments de son djihad. Coran et hadiths à l’appui, elle multiplie les messages, les prêches, les communiqués et les enregistrements vidéo. Les sites internet djihadistes affiliés ou proches d’Al Qaîda prolifèrent sur la Toile.

On en compte près de deux cents, accessibles à tous, et rédigés dans les principales langues du monde. L’idéologie millénariste du groupe trouve le ton juste, l’argument concret et la détresse des musulmans à portée de la main, pour passer d’un stade théologique à un autre politique, réel et convaincant.

En matière de communication, Al Qaîda commence à mettre en application des courriers humains et des messages e-mails codés, utilisant des logiciels de brouillage en usage dans les milieux d’affaires et disponibles dans le commerce. Selon l’universitaire srilankais, Rohan Kumar Gunaratna, considéré à juste titre comme un des meilleurs spécialistes d’Al Qaîda, « les services de renseignements britanniques ou la National Security Agency (NSA) aux Etats-Unis sont incapables de casser les codes et de lire ces e-mails ». En Grande-Bretagne, moins de 5% des communications d’Al Qaîda sont interceptées. Le réseau de communication du groupe reste intact et opérationnel. Dans le monde, les changements s’opèrent vite. Souvent, beaucoup plus vite que la riposte.


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