vendredi 15 décembre 2017

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Espionnage à Canal+ : Pierre Martinet affirme avoir préparé un projet d’agression contre Bruno Gaccio

Franck Johannès et Piotr Smolar, le Monde

samedi 14 mai 2005, sélectionné par Spyworld

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L’agression aurait été prévue un dimanche d’août 2002, dans la nuit. Ou un mardi parce que le mardi, c’est "soirée pâtes" et qu’il y a du monde au restaurant. Ces soirs-là, Bruno Gaccio, tee-shirt noir et tablier de cuisine bleu marine, donne un coup de main au service et fait la fermeture. L’auteur des "Guignols" , l’émission phare de la chaîne cryptée, diffusée chaque soir en clair, a en effet un plaisant établissement à Eygalières (Bouches-du-Rhône), à une quarantaine de kilomètres au sud d’Avignon. C’est là qu’un "binôme" d’hommes de main aurait dû l’attendre dans un chemin creux pour lui casser la figure.

Tous les détails figurent dans un "dossier action" de 37 pages, rédigé façon services secrets par Pierre Martinet, ancien membre de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et auteur d’un livre, Un agent sort de l’ombre (éditions Privé). Dans cet ouvrage, il accuse, sans le nommer, Gilles Kaehlin, directeur des moyens généraux du groupe Canal+ ­ dont la démission a été annoncée le 3 mai ­, de lui avoir demandé d’espionner une dizaine de salariés de la chaîne cryptée (Le Monde du 2 mai). Dont Bruno Gaccio, forte tête qui menait la contestation contre la nouvelle direction.

Le dossier de l’agression n’a finalement pas été remis à son supposé commanditaire et le livre n’en souffle mot. Guy Birenbaum, l’éditeur de Pierre Martinet, l’a en revanche transmis à Bruno Gaccio, qui l’a joint à la plainte qu’il a déposée le 3 mai. "Notre choix, c’est de communiquer tous les documents, a indiqué Me Jean-David Zerdoun, l’un des avocats de l’animateur. Nous restons prudents, ce sera au juge d’instruction de décider ce qu’il adviendra de ce document. Mais nous avons voulu nous donner les moyens d’aller jusqu’au bout de ce dossier."

L’affaire est, il est vrai, rocambolesque. Pierre Martinet accuse Gilles Kaehlin de lui avoir demandé de préparer un dossier "pour monter une embuscade" et écarter "physiquement" Bruno Gaccio de la chaîne. "J’ai vu Gilles Kaehlin, lundi 15 juillet -2002- au matin, raconte ainsi l’ancien agent secret. Il m’a dit : "On n’a rien contre lui ?" Je lui ai répondu que Gaccio ne faisait rien de spécial. Kaehlin trouvait que ça n’allait pas assez vite." Les deux hommes, selon Pierre Martinet, étaient seuls dans le bureau.

"Kaehlin m’a dit : "On veut que Gaccio ne soit plus là physiquement à la rentrée. S’il avait un accident... Si on pouvait lui casser la gueule, un truc comme ça, mais il faut pas que ça remonte à nous"" , raconte encore Pierre Martinet. Gilles Kaehlin lui aurait demandé ce qu’il pouvait faire. Pierre Martinet aurait proposé de monter un "dossier action" : "Je lui ai dit : "Il me faut du temps, de la préparation."" Gilles Kaehlin lui aurait répondu qu’il allait réfléchir, avant de le rappeler le 26 juillet pour lui donner le feu vert.

"Je me suis dit : "Je vais faire le dossier, pour les mettre au pied du mur", reprend l’ancien agent. Mais je n’aurais pas été plus loin. On sait comment ça commence, ces histoires-là, jamais comment ça finit."

Pierre Martinet dit en tout cas être descendu au Mercure Avignon-sud les 29, 30 et 31 juillet et il a préparé très proprement son dossier. La première partie détaille minutieusement les lieux et les habitudes de Bruno Gaccio, la seconde, les possibilités de guet-apens.

""Golf" -nom de code attribué à Bruno Gaccio- arrive au restaurant entre 19 et 20 heures" , indique le rapport annexé à la plainte de Bruno Gaccio. Celui-ci précise qu’il est "avec sa compagne (brune, cheveux mi-longs, 1,60 m), une adolescente, un enfant de 7 ans, un enfant de 2 ans" , puis qu’"il gare son véhicule devant le restaurant, le long du mur, à l’angle du la rue côté droit." Suit la photo de la rue et de la R25 blanche. Pierre Martinet a noté que "Golf" quittait le restaurant vers 23 heures pour raccompagner sa famille, laissait le moteur tourner le temps de décharger la voiture, et repartait seul "environ cinq minutes après, par le même itinéraire jusqu’au restaurant. Il roule à une allure modérée (30 à 40 km/h). Le restaurant ferme aux environs de 1 h 30. Après la fermeture, "Golf" rejoint seul son domicile."

L’annexe I est consacrée aux habitudes de la cible, l’annexe II à la localisation du village, du restaurant, du domicile avec force cartes et photos, la III à "l’environnement" . De ce côté, c’est paisible. La brigade de gendarmerie loge à 8 km, il y a une police municipale en ville, mais "aucune patrouille n’a été vue sur les pistes aux alentours du domicile" , perdu dans la pinède.

Suit le "dossier action" . "Une équipe de trois personnes s’implantera à Avignon dans trois hôtels différents quarante-huit heures avant le soir de l’action (le dimanche soir). Le chef d’équipe louera un véhicule jusqu’au mercredi. Les équipiers loueront un véhicule uniquement pour effectuer des reconnaissances. Il n’y aura aucune collusion entre les trois membres de l’équipe avant la récupération à la gare d’Avignon-centre le mardi soir."

Le soir en question, le chef aurait donné le feu vert en voyant "Golf" quitter le restaurant. La deuxième équipe, dans la pinède, aurait vu passer la voiture de Bruno Gaccio avec sa famille. Et au retour, cinq minutes plus tard, il aurait fallu "l’obliger à s’arrêter en renversant une grosse poubelle municipale se trouvant à demeure à un croisement précis sur le chemin en terre menant au domicile" (photos jointes). La nature de la promenade ne souffre pas d’ambiguïtés : "Prévoir matériel pour traiter "Golf", note le rapport, bombe lacrymogène pour le neutraliser, manche de pioche (possibilité achat zone commerciale Avignon-sud sur la route de Cavaillon). Prévoir cagoules et gants pour binôme."

Juste avant le 15 août, Pierre Martinet assure avoir rencontré Gilbert Borelli, son chef direct, sur une bretelle d’autoroute entre Marseille et Toulon, pour lui remettre le rapport. "Il était emmerdé, il trouvait que ça allait trop loin, assure aujourd’hui l’ancien agent. Il m’a dit : "Je ne veux pas toucher ce truc."" Contrairement à M. Kaehlin, Gilbert Borelli n’a pas souhaité s’exprimer sur ces nouvelles accusations.

L’ancien agent serait reparti avec son rapport. On lui a demandé, le 8 octobre 2002, d’enquêter sur le patrimoine immobilier de Bruno Gaccio ; il a rendu, sur ce point, un rapport de synthèse le 3 décembre, sans avoir remis le "dossier action" à qui que ce soit. Gilles Kaehlin ne l’a jamais eu entre les mains.

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(AFP/JOEL SAGET) Pierre Martinet, ancien employé des services de sécurité de Canal+ et ex-agent de la DGSE, est l’auteur du livre "Un agent sort de l’ombre" (éditions Privé).


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2 Messages de forum

  • Y a t’il pas dans le monde des évènements plus important que d’espionner la vie privée de Bruno GACCIO ? Si Pierre MARTINET a participé à ce complot, il doit être condamné au même titre que les commanditaires. S’abaisser à espionner les gens et à tendre un guétapens ! Bravo la sécurité et bravo à l’ancien de la DGSE ! Bel exemple ! Pourquoi y a t’il participer puis écrit tout ça dans un livre ? Il savait bien qu’il agissait dans l’illégalité. Ca cache quoi ? Ca sent l’embrouille ce livre. Sans compter la première partie du livre, "violation secret défense". Alors si la guerre éclate, il nous livre à l’ennemi. Lol, mdr...

    • es-tu au courant des agissements des services de renseignements français ? as-tu au moins pris la peine de lire l’ouvrage de Pierre Martinet, ou de te renseigner sur le travail des agents de la république avant de clamer "bravo à l’ancien de la DGSE" ? pour ce qui est du secret défense, si une fois de plus tu prends la peine de te renseigner, il n’y a rien dans les propos de Pierre qui ressemble à de la violation de secret. visiblement tu ne prends pas la peine de réfléchir à ce que tu écris, je te souhaite tout de même bonne route sur le chemin de l’inculture et de la ringardise.