lundi 11 décembre 2017

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Tokyo veut créer un service de renseignements digne de ce nom

Régis Arnaud, le Figaro

dimanche 4 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Les services japonais souffrent d’un excès de bureaucratie, d’un manque d’expérience et du peu de collaboration avec leurs homologues étrangers.

YURIKO KOIKE, conseillère du premier ministre nippon pour la Sécurité nationale, donnait hier à Tokyo une conférence devant une salle remplie des plus puissants investisseurs d’Asie-Pacifique. La naïveté de ses propos en a étonné plus d’un. Sur l’Irak par exemple : « J’ai des amis au Kurdistan irakien ; leur réfrigérateur ne marche plus. Ils doivent donc se rendre au marché pour acheter des produits frais et là, des bombes éclatent. Cela explique leur sentiment d’instabilité », dit-elle. Cette ex-speakerine, devenue l’un des plus hauts personnages de l’État, parle du réchauffement climatique comme d’une « forme de terrorisme » et mêle dans ses sujets de préoccupation le problème nord-coréen, l’Irak et les bases américaines au Japon.

« Là, je ne suis plus », lâche un jeune gérant de fonds avant d’agripper sa sacoche en crocodile. La candeur de l’exposé de Yuriko Koike illustre l’état brouillon du Japon en matière de renseignement. Le premier ministre Shinzo Abe a fait de la mise en place d’une authentique autorité centralisée en la matière l’un de ses chantiers prioritaires, depuis son accession au pouvoir l’an dernier.

Attentats au gaz sarin

Il n’existe aucune réelle autorité en la matière au Japon, aucun corps qui recoupe les diverses informations glanées par les ministères et les agences. La communauté du renseignement fonctionne sur des bases informelles. « En fait, tout le monde fait du renseignement ici, des maisons de négoce implantées dans le monde entier aux fonctionnaires des Affaires étrangères ou de la Défense. Il n’y a aucune hiérarchie entre les services », explique le représentant d’un groupe d’armement européen.

Sur le plan international, en dépit de son engagement dans l’organisation internationale Interpol, le Japon peine à échanger ses renseignements avec le reste du monde, même avec la CIA américaine. Si besoin était, les attentats au gaz sarin perpétrés par la secte Aum en 1995, derniers actes de terrorisme subis par le pays, ont montré à quel point la police japonaise pouvait être mise en échec, malgré un recrutement de haut niveau.

Prenant conscience de l’isolement du Japon, Shinzo Abe fait plancher son administration sur le sujet. Mardi, il a reçu des mains du président de la « commission pour le renforcement du rôle du Kantei (le Matignon japonais) sur la sécurité nationale », Nobuo Ishihara, un rapport sur la création d’un Conseil national de sécurité nippon.

Ce futur Conseil, calqué sur le modèle américain du National Security Council (NSC), serait présidé par le premier ministre et composé de trois membres permanents : le directeur du cabinet du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Défense. Un projet de loi sera présenté à la fin du mois, en vue de la création du NSC en avril 2008.

Les contours de la nouvelle architecture restent flous : comment les hauts fonctionnaires chargés de la sécurité seront-ils nommés ? Comment empêcher les luttes intestines entre ministères, particulièrement vives au Japon ? Quels pouvoirs réels aura le NSC ? La route sera longue, pour Yuriko Koike. « Jusqu’à présent, je ne pouvais même pas employer le mot stratégie pour le sujet ; c’est un mot tabou au Japon car il évoque trop facilement la guerre », explique-t-elle.


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