vendredi 20 octobre 2017

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L’affaire Gaccio secoue la sécurité privée

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

lundi 16 mai 2005, sélectionné par Spyworld

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Le ton monte entre le ministère de l’Intérieur et le monde de la sécurité privée. En cause : les propos de Dominique de Villepin après les révélations sur l’affaire d’espionnage visant des salariés de Canal +, dont Bruno Gaccio, le créateur des « Guignols de l’info ». Pour le ministre de l’Intérieur, la leçon de ce scandale est claire : « Il vaut mieux réglementer le marché de la sécurité privée. » Une déclaration qui fait bondir les représentants de ce secteur fort de 140 000 salariés, soit autant que de policiers.

« Halte à l’amalgame !, proteste Claude Tarlet, le président de l’Union pour la sécurité privée (USP), un syndicat professionnel. Les entreprises que nous représentons, principalement chargées de la surveillance des établissements publics et commerciaux, n’ont rien à voir avec les officines dont il est ici question. »

Le président de l’USP l’affirme : « L’Etat ferait mieux de balayer devant sa porte. » Car, selon lui, l’« affaire Gaccio » témoigne surtout de défaillances du ministère de l’Intérieur dans le contrôle de ses propres troupes. Elle met en scène, il est vrai, outre un ex-agent de la DGSE, un policier encore en activité au Service central de coopération technique internationale de police (STCIP), mais aussi un fonctionnaire des renseignements généraux en disponibilité.

« La réglementation que le ministre appelle de ses voeux existe déjà, rappelle Claude Tarlet. C’est notamment la loi Sarkozy du 18 juin 2003 à laquelle nous souscrivons. Or, curieusement, l’Intérieur manifeste aujourd’hui bien peu d’empressement à la mettre en application comme il faudrait. »

Des exemples ? Le décret qui doit préciser les obligations d’aptitude professionnelle pour intégrer la sécurité privée est toujours en discussion... depuis deux ans. Quant à l’agrément préfectoral indispensable pour travailler dans ce milieu, il ferait l’objet, selon un représentant de l’Union fédérale des industries et services de la sécurité (Ufiss), d’une « gestion chaotique ».

Débordées par les demandes d’un secteur en pleine expansion depuis les attentats du 11 septembre 2001, les préfectures rendent ainsi leurs réponses dans des délais de plus en plus longs. Chacune a sa lecture de la loi. Pour un travail de vigile ou de responsable de la sécurité, une préfecture donnera son accord quand une autre la refusera à la même personne. D’où la multiplication des contentieux engagés par des recalés qui ne comprennent pas ces divergences d’appréciation. « L’Etat, qui voulait mieux encadrer notre profession, nous a finalement plongés dans l’insécurité juridique », conclut Claude Tarlet.

Face à cette avalanche de critiques, le ministère reste de marbre. « Une simple circulaire devrait permettre d’harmoniser les positions des différentes préfectures sur la question des agréments », répond un haut fonctionnaire. « Quant à la moralisation de la profession, elle va se poursuivre », assure-t-on Place Beauvau.

Au cabinet du ministre, un plan serait même en préparation. Au programme : encore plus de contrôle des préfets sur le secteur privé et des sanctions accrues contre les membres des forces de l’ordre qui, usant de leur qualité, travailleraient en sous-main pour d’autres acteurs que la puissance publique. Une dérive au coeur de l’affaire Canal +.

Un conseiller d’Etat ou un magistrat devrait également se voir confier prochainement la rédaction d’un « code de déontologie » de la sécurité privée. Histoire de rappeler les bonnes pratiques aux policiers, gendarmes ou agents du renseignement qui viennent y faire fructifier leur précieux carnet d’adresses.


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