dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Défense > International > Moscou se dote d’une nouvelle doctrine militaire

Moscou se dote d’une nouvelle doctrine militaire

Marie Jégo, le Monde

mardi 6 mars 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Face au "renforcement" des forces militaires des pays de l’OTAN, la Russie élabore une nouvelle doctrine militaire pour remplacer l’ancienne, adoptée il y a sept ans, a averti, lundi 5 mars, le Conseil russe de sécurité. La déclaration fait écho aux tensions survenues récemment dans les relations avec les Etats-Unis. Exprimées par le président russe, Vladimir Poutine, à Munich, auteur d’une harangue contre l’unilatéralisme de Washington, l’inquiétude de l’élite politico-militaire russe ne fait que croître depuis l’annonce du projet américain de déploiement d’un bouclier antimissile en Europe centrale (Pologne, République tchèque).

Les Etats-Unis ont eu beau souligner à plusieurs reprises que leur bouclier n’était pas dirigé contre la Russie, mais destiné à les protéger d’attaques de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord, Moscou n’en croit rien et menace de reprendre sa production de missiles de moyenne portée si les éléments du bouclier sont installés dans ce qu’elle continue de percevoir comme sa zone d’influence. "Voilà qui crée une troisième zone de positionnement pour le système antimissile américain et pas pour l’OTAN. Et visiblement l’Europe orientale ne semble pas avoir eu son mot à dire dans la décision d’utiliser cette zone à des fins militaires", commentait récemment Evgueni Primakov, l’ancien maître espion de l’époque de la guerre froide, dans l’édition du 2 mars du quotidien Les Nouvelles de Moscou.

La déclaration du Conseil russe de sécurité ne mentionne pas les Etats-Unis mais pointe le renforcement de l’OTAN comme le facteur qui a incité la Russie à changer de doctrine. Selon le communiqué officiel du Conseil de sécurité : "La politique militaire des principaux pays consacre de plus en plus d’énergie à la modernisation des forces militaires (...). Ils se dotent activement de moyens modernes de lutte, modulent le savoir-faire des armées, modifient la configuration de leur présence militaire et les alliances militaires, l’OTAN au premier chef, sont renforcées."

La nécessité d’une nouvelle doctrine militaire avait été soulignée, en février, par le chef d’état-major, le général Iouri Balouevski, qui l’avait justifiée en mettant en avant l’expansion économique, politique et militaire des Etats-Unis dans la zone traditionnelle d’influence de la Russie, qualifiée de "véritable menace nationale". Les déclarations récentes du général américain Henry Obering, selon lequel les Etats-Unis non seulement entendent poursuivre leur projet d’installation du bouclier antimissile en Europe mais projettent également de déployer un radar mobile dans le Caucase, n’ont fait que raviver le mécontentement.

Lundi 5 mars, le général-lieutenant Igor Khvorov, en charge de la défense stratégique aérienne, a déclaré qu’il serait aisé pour les bombardiers russes de détruire les éléments du bouclier antimissile américain. "Comme tous les éléments du système de défense antimissile sont des objets faiblement protégés, tous nos types d’avions sont capables de les brouiller et de les détruire", a-t-il déclaré, précisant que l’aviation russe allait se doter de deux bombardiers stratégiques modernisés Tu-160 dès 2007. Fin mars ou début avril, ces avions participeront à un exercice de largage de bombes, a-t-il souligné. Voyant plus loin, son supérieur, le général Vladimir Mikhaïlov, a déclaré de son côté que la Russie devait se préparer à de futures guerres dans l’espace.

Ambitionnant de redevenir un acteur de poids sur la scène internationale et de contrebalancer la puissance américaine, la Russie, forte de ses pétrodollars, cherche à moderniser ses équipements militaires. Il est prévu que 144 milliards d’euros soient consacrés d’ici à 2015 à un ambitieux programme de modernisation de ses armements.

Candidat présumé à l’élection présidentielle de mars 2008, le vice-premier ministre Sergueï Ivanov, un ancien collègue de Vladimir Poutine au KGB, a été récemment confirmé à la tête de ce secteur. Car c’est bien sûr le complexe militaro-industriel que le gouvernement russe "mise pour diversifier l’économie", a indiqué le premier ministre russe, Mikhaïl Fradkov. Présidant, le 27 février, la commission militaro-industrielle, Sergueï Ivanov a annoncé le lancement d’un programme d’armement "de cinquième génération" dans le domaine des antimissiles et de la défense spatiale pour 2007-2015. Son projet est-il réaliste ? L’analyste militaire Alexandre Golts en doute. Mettant en avant le retard pris par la Russie dans ce domaine, il rappelle que le missile S-400, présenté par Sergueï Ivanov comme un élément du nouveau système de défense antiaérienne bientôt mis en service, a été créé en 1980 et qu’il a fallu vingt-sept ans pour le mettre au point.

RÉFÉRENCES

BUDGET DE LA DÉFENSE.

Le budget de la défense russe est difficile à évaluer : officiellement, il a atteint 19 milliards de dollars (2,45 % du PIB) en 2005. Mais ce montant ne tient pas compte des forces paramilitaires, des pensions, etc. Toutes dépenses militaires confondues, le budget dépasse 30 milliards de dollars (3,4 % du PIB).

ARMES STRATÉGIQUES.

Les Russes ont annoncé en juin 2006 leur intention de déployer de nouvelles armes stratégiques capables de pénétrer le bouclier américain. Il s’agit des missiles mobiles Topol-M et Bulava (pour la marine) dont la portée dépasse 10 000 km.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :