vendredi 20 octobre 2017

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Bernard Carayon : "Il faut protéger les secteurs stratégiques"

Propos recueillis par Flore de Bodman, Nouvelobs.com

mardi 6 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Les fonds KKR et Texas Pacific mettraient sur la table quelque 44 milliards de dollars pour racheter le numéro un texan de l’énergie TXU. Que vous inspire ce qui serait la plus grosse opération par LBO jamais réalisée par des fonds ?

La première chose à souligner à ce propos : nous n’avons pas, en France, de fonds privés importants. Et ce, pour des raisons relevant davantage de l’idéologie que purement économiques. En 1983, l’ouverture du capital des entreprises publiques, impulsée sous Bérégovoy, n’a pas été accompagnée par la création de fonds.

Ainsi, aujourd’hui, les grandes entreprises du CAC 40 sont pour l’essentiel entre les mains de fonds d’investissement ou de pension étrangers, et dont la gouvernance pèse sur nos choix nationaux.

La plupart de ces grands fonds sont américains et anglo-saxons, du fait d’une politique d’encouragement des services financiers de la part des pays en question.

Or, si la France a longtemps été présentée comme protectionniste en la matière, elle est pourtant l’une des plus ouvertes et des plus offertes.

C’est-à-dire ?

- Le taux d’ouverture du CAC avoisinait les 44,6% en 2004, contre 33,4% en 1997. Et même, sur 33 valeurs représentant 90% de la capitalisation boursière du CAC 40, 11 sont détenues à plus de 50% par des non-résidents.

La France est d’ailleurs la principale destination des investisseurs étrangers dans la zone euro. Avec quelque 500.000 milliards d’euros d’encours, elle est troisième après les Etats-Unis et le Royaume-Uni en termes d’investissements à l’étranger.

Comment éviter les dérives ?

- Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils pas engagé des discussions avec les grands groupes afin de lutter à armes égales avec la concurrence ? Et alors que les fonds obéissent à des besoins de rentabilité à court ou moyen terme, c’est-à-dire qu’ils risquent de se désengager dans les 5 ans, une logique opposée à celle industrielle.

Dans un rapport intitulé "Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale" et remis à Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, je suggérais de créer des fonds de pension et de développer des fonds d’investissement dédiés aux entreprises de petite taille et de haute technologie.

Par ailleurs, dans un monde dominé par l’opacité puisque certains fonds sont localisés aux Bermudes, à la Barbade ou encore aux îles Caïmans, il s’agit de faire valoir le principe de la transparence. Et celui de réciprocité.

Enfin, et surtout, il faut identifier les entreprises stratégiques européennes à protéger et à accompagner sur le marché grâce à un périmètre stratégique, lequel comprendrait les entreprises des secteurs de l’énergie, de la défense, de l’aéronautique et du spatial, ainsi que des technologies de l’information et de la communication et la pharmacie. Seules ces entreprises méritent la protection des Etats. Des entreprises comme Danone n’en ont, elles, pas besoin.

Le patriotisme économique ne doit être réservé qu’aux secteurs stratégiques.

Bernard Carayon, député UMP du Tarn, auteur d’un rapport sur l’intelligence économique


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