lundi 11 décembre 2017

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Comment faire de l’Europe le leader mondial de l’espace

Sénat.fr

jeudi 8 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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L’espace constitue la quatrième dimension de la défense nationale, avec la défense terrestre, aérienne et maritime.

En tant que multiplicateur de force, le spatial garantit l’efficacité de la dissuasion nucléaire, enrichit la vision stratégique et accroît l’efficacité et la protection des combattants sur le champ de bataille.

À ce titre, il appartient aux Armées d’instruire et d’appliquer une politique systématique de développement de l’outil spatial définie par le Gouvernement et le Parlement.

D. UN PLAN RÉALISTE DE DÉVELOPPEMENT DU SPATIAL MILITAIRE EUROPÉEN

Le comblement de l’écart européen vis-à-vis des États-Unis ne peut pas s’effectuer rapidement. On peut d’ailleurs se demander s’il est souhaitable, compte tenu des différences d’engagement mondial des armées des États membres de l’Union européenne et de celles des États-Unis.

Toutefois, l’effet d’entraînement des investissements spatiaux militaires est majeur à la fois sur les technologies elles-mêmes, sur les industries spécialisées et sur l’industrie en général.

Il convient donc d’engager une montée en puissance des investissements spatiaux militaires européens, qui soit à la fois réaliste et déterminée.

Réduire rapidement l’écart entre l’Europe et les États-Unis

En Europe, la somme des investissements annuels dans le spatial militaire est de l’ordre de 950 M€ par an.

Les investissements dans le spatial militaire en France se sont élevés, en 2005 à 416 M€, au Royaume Uni à 285 M€, en Allemagne à 129 M€, en Italie à 87 M€ et en Espagne à 22 M€202.

Au total, les investissements spatiaux européens de défense sont dans un rapport de 1 à 20 avec le budget spatial militaire américain officiel de 20 à 25 Md $ par an.

Le doublement de l’effort européen est indispensable. Il permettrait de couvrir une gamme importante de segments spatiaux, grâce à l’efficacité de l’industrie européenne, moins coutumière des dépassements budgétaires que l’industrie d’outre-Atlantique.

L’industrie européenne a réalisé un exercice de cadrage et de chiffrage qui présente l’intérêt de proposer des objectifs à portée de main.

Il s’agit d’abord de muscler les programmes traditionnels d’observation et de télécommunications.

Mais il s’agit aussi d’investir désormais dans la navigation, l’écoute SIGINT (SIGnals INTelligence) et l’alerte avancée.

Préparer la nouvelle génération de satellites d’observation

Dans le domaine de l’observation à usage militaire, l’Europe est dans une situation relativement optimisée. En raison de la spécialisation de fait existant en Europe, la France, qui est le leader européen pour l’observation optique avec Spot, Hélios et bientôt Pléiades, ne souhaite pas recréer une compétence radar en France, alors que l’Allemagne et l’Italie ont clairement fait le choix d’investir dans ce domaine.

L’Europe maîtrise les technologies de l’extrêmement haute résolution post-HÉLIOS, avec des performances proches de celles des États-Unis, le pas ultérieur étant du ressort des drones et de la reconnaissance aérienne.

La spécialisation par pays est une bonne solution sur le plan stratégique. Pour équilibrer la spécialisation de la France dans l’optique pour les 15-20 prochaines années, une approche commune est indispensable sur l’architecture, sur la définition des prochaines missions spatiales, ainsi que sur la fusion des segments sols et les procédures d’utilisation de l’ensemble des données.

Il convient aujourd’hui d’étudier l’architecture, les missions et les systèmes post-HÉLIOS, post-SARLUPE et même post-TERRASAR-X203.

Le défi de l’interopérabilité et de la mobilité pour les télécommunications militaires

Le seul programme européen de télécommunications militaires est celui fourni à l’OTAN.

Pourtant, le moyen le plus efficace serait de mettre en pool des capacités de télécommunications à travers un seul opérateur. Ainsi, la mise en commun des flottes de satellites, qui permet leur optimisation, et la nécessité d’une interface commune aux différents opérateurs prépareraient la convergence des besoins des différents pays et la fusion ultérieure des différents programmes en un seul.

Les ressources économisées grâce à la non-duplication des satellites classiques pourront être utilisées pour les applications mobiles fortement protégées pour des récepteurs de petite taille à haut débit.

On pourrait ainsi imaginer un projet européen analogue au projet MUOS (Mobile User Objective User) de LOCKHEED MARTIN, de communication à haut débit pour des forces mobiles sur un théâtre d’opération étendu.

Des progrès sont ainsi nécessaires à la fois sur des programmes communs et sur les mobiles.

L’écoute ELINT et COMINT, un nouveau champ à développer

Les systèmes ELINT (ELectromagnetic signals INTelligence) ont pour objet la détection, la caractérisation et la localisation des radars de tir ou de veille, à des fins de surveillance, de préparation d’actions et de cartographie radar.

Un démonstrateur ESSAIM est un démonstrateur d’écoute, qui a pour but de répondre à la demande des armées, qui font d’un système ELINT leur priorité numéro 2 après le post-HÉLIOS qui souffrira, comme on l’a vu précédemment d’une rupture capacitaire. Le programme ELISA de démonstration d’un système d’écoute ELINT est par ailleurs cofinancé par la DGA et le CNES.

L’écoute des télécommunications en orbite basse et en orbite haute, selon un système COMINT (COMmunication Intelligence) est un volet complémentaire.

Le PRS

La deuxième priorité en termes de nouvelles applications de sécurité sera l’utilisation effective du signal PRS de GALILEO.

L’alerte avancée

L’alerte avancée est la première brique technologique d’une défense antimissile. Un tel système est utile, d’une part, pour la surveillance des accords de non-prolifération au niveau des tirs d’essai de missiles, et, d’autre part pour le renforcement de la dissuasion.

Pendant la guerre froide, l’agresseur potentiel était connu. Avec la prolifération des armes de destruction massive et des capacités en missiles balistiques, l’agresseur potentiel n’est plus aujourd’hui connu. Or la dissuasion ne fonctionne que si l’agresseur potentiel sait qu’il sera identifié.

Mettant la sécurité au premier plan de ses priorités, l’Europe doit s’engager dans les technologies spatiales d’alerte avancée.

La vulnérabilité du spatial

La vulnérabilité du spatial militaire est inférieure à celle des autres forces mais n’est pas nulle. Le spatial n’est en effet vulnérable que par rapport aux autres puissances spatiales, qui elles-mêmes ont leur propre vulnérabilité.

La protection contre les menaces comprend plusieurs niveaux.

Le premier niveau est diplomatique, avec notamment la ratification des traités interdisant les armes dans l’espace. Le deuxième niveau est celui de la détection des agresseurs. Le troisième est celui de l’identification des agresseurs. Le quatrième est la robustesse par rapport aux menaces. Le cinquième est celui de la capacité de rétorsion.

Une fois les priorités de développement couvertes, il sera alors nécessaire d’investir dans la protection des moyens spatiaux anciens et nouveaux.

Passer de 1 milliard € à 2 milliards € pour commencer à réduire l’écart avec le spatial militaire américain

Si l’on fait la somme des besoins européens en spatial militaire, alors l’investissement nécessaire pour les satisfaire représente un montant de 2 milliards d’euros par an.

Rappelons que les investissements actuels, légèrement inférieurs à 1 milliard d’euros, en couvrent moins de la moitié et que les États-Unis investissent plus de 20 milliards de dollars par an dans le spatial militaire.

Un investissement de 2 milliards d’euros par an assurerait à l’Europe le socle minimum lui assurant une autonomie stratégique et renforçant son efficacité opérationnelle.

Tenant compte des contraintes budgétaires actuelles, ce montant, validé par l’industrie, permettrait de maintenir les technologies spatiales à un bon niveau. Le choix de la robustesse et de la simplicité, de la réduction de la masse des instruments et des satellites générerait des économies permettant de réaliser les démonstrateurs technologiques et d’atteindre un bon niveau de performances pour chaque programme opérationnel.

Un tel programme est en réalité indispensable pour assurer le plan de charges d’équipes en voie de dispersion dans d’autres secteurs, comme l’aéronautique, tant les perspectives actuelles sont insuffisantes.


B.- Le spatial de défense

35. Les budgets spatiaux de défense européens sont doublés tous les cinq ans jusqu’en 2020, dans un cadre multilatéral restreint.

36. Les systèmes spatiaux de télécommunications militaires des pays européens membres de l’OTAN sont rendus interopérables dans les deux ans.

37. L’investissement dans les satellites SYRACUSE-3C et HÉLIOS-3 est engagé dès 2007.

38. Un système protégé d’Internet à haut débit par satellite pour unités militaires mobiles est mis en chantier dès 2007.

39. Un système européen de télécommunications militaires intégrées est fourni à l’OTAN par les États membres de l’Union européenne.

40. Un système européen d’écoutes électromagnétiques est mis en place dans le cadre d’une coopération multilatérale restreinte.

41. Les études pour un système européen d’alerte avancée contre les missiles balistiques sont lancées dès 2007, avec pour objectif sa mise en service dans les dix ans.


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