lundi 23 octobre 2017

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Ariane en impose aux Américains et aux Russes

V.GD et Y.L.G., le Figaro

vendredi 9 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Premier tir de l’année, demain, pour la fusée européenne. Elle doit placer en orbite les satellites Skynet 5A pour les armées britanniques et Insat 4B pour l’Agence spatiale indienne.

L’ESPACE fait à nouveau rêver. En moins de cinq ans, la situation s’est totalement retournée. 2006 a été un excellent cru. Pourtant, en 2002, le secteur est au bord du gouffre. Le transport spatial sort meurtri de l’éclatement de la bulle Internet et décrédibilisé par des projets tous plus délirants les uns que les autres, tel le projet Skybridge avec sa constellation de 288 satellites. Pour Arianespace, l’atterrissage est rude. Contrairement aux lanceurs américains, la fusée européenne ne dispose pas d’un vaste marché militaire qui lui permettrait d’encaisser le retournement du marché civil alors que de nouveaux entrants tels la Chine, l’Inde, le Brésil, Israël ou encore la Corée du Nord et l’Iran affichent leurs ambitions. Conséquence, une guerre des prix féroce fait des ravages.

C’est dans ce contexte tendu qu’Arianespace connaît un gros échec lors du premier lancement de la nouvelle version d’Ariane 5, dite ECA, capable d’emporter et de placer en orbite deux satellites représentant jusqu’à 10 tonnes de charge utile, un record inégalé. Le 11 décembre 2002, la fusée européenne est détruite en vol à la suite de la défaillance d’une tuyère du moteur.

Dans ce domaine de souveraineté par excellence, les fonds publics se mobilisent. En 2003, les dix pays membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) trouvent un accord industriel et financier. Le modèle Ariane est modifié et débouche sur un partage du travail entre EADS Astrium, le fabricant de la fusée, Safran, celui du moteur Vulcain, et Arianespace, la société de marketing et de commercialisation.

Astrium devient le maître d’oeuvre et est le seul habilité à passer les contrats auprès des 86 sous-traitants du lanceur. « Auparavant, chaque pays membre de l’ESA passait des contrats à plusieurs fournisseurs. Désormais, Astrium est le patron d’une fusée complète », insiste Alain Charmeau, directeur général d’Astrium Space Transportation chez EADS Astrium. De son côté, Arianespace achète les fusées, négocie avec les opérateurs de satellites qui lui achètent un tir et une orbite et achève la pose finale du satellite sur la fusée à Kourou. La fusée européenne repart de l’avant. Aujourd’hui, elle fait la course en tête. Ariane a regagné son image de fiabilité. Contrairement à un avion, une fusée ne réalise pas de vol d’essai, elle doit être fiable dès le premier et unique tir. D’où l’idée de ne plus « customiser Ariane » comme ce fut le cas avec la version 4.

Des pays tentent d’émerger

« Cela revenait à gérer quatre à cinq versions du lanceur. Désormais, nous travaillons avec la même version d’Ariane 5 Eca. Il nous fallait donner un sens industriel à Ariane. Il ne faut donc pas changer de lanceur à chaque fois. Ce qui n’empêche pas de faire évoluer la fusée comme un constructeur automobile fait évoluer un modèle. Ainsi Renault avec sa Clio », observe Alain Charmeau. Ariane est désormais mieux armée pour faire face à la concurrence mondiale. Ses rivales américaines Delta 4 et Atlas 5 sont pour le moment très concentrées sur le marché public américain avec notamment les contrats de la Nasa. ILS et Sea Launch, ses deux autres concurrents russo-américains, connaissent des déboires. Ils sont lâchés par leur actionnaire américain : Lockheed est sorti en septembre dernier de ILS, la société de commercialisation de la fusée Proton, tandis que Boeing veut se retirer de Sea Launch, qui gère les tirs de la fusée Zenit. Ils ont entaché leur crédibilité. Le 1er février dernier, avant même la fin du compte à rebours, la fusée russo-ukrainienne Zenit-3SL, qui devait placer sur orbite un satellite de télécommunications, s’enfonce sur son pas de tir, puis explose. De son côté, Proton a perdu dans une explosion un satellite d’Arabsat.

D’autres pays tentent d’émerger. La Chine, l’Inde et le Brésil font de gros efforts mais ne devraient pas gêner les acteurs actuels avant une quinzaine d’années. Les Brésiliens ont dû revoir tout leur programme après l’explosion de leur fusée lors de l’assemblage final sur le pas de tir. À court terme, EADS estime que son rival le plus sérieux reste russe. Moscou met au point un nouveau lanceur baptisé Angara qui devrait casser les prix. Comme d’autres secteurs aéronautiques, Ariane évolue sur un marché où la référence monétaire est le dollar alors qu’elle fabrique à 100 % en euro. Mais contrairement à Airbus, elle ne peut diversifier ses sources d’approvisionnement en Chine ou ailleurs car les pays qui investissent dans la filière Ariane exigent que les usines et les emplois restent chez eux.


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