vendredi 20 octobre 2017

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Comme un roman de John Le Carré

Pierre Bocev, le Figaro

mardi 13 mars 2007, sélectionné par Spyworld

La défection du militaire iranien rappelle les grandes histoires d’espionnage de l’époque de la guerre froide.

LE MONDE GLAUQUE de l’espionnage a de tout temps été marqué par les trahisons, les changements de camp et les défections. Mais rarement autant que pendant la longue période de la guerre froide. De part et d’autre du rideau de fer, chaque camp essaie alors d’infiltrer l’autre tout en se demandant si le précieux espion enfin recruté n’est pas, in fine, un agent double, voire triple.

Le « groupe de Cambridge » est à ce titre emblématique. Cinq Britanniques qui se sont rencontrés pendant leurs études dans les années 1930 et qui ont sympathisé avec la cause communiste. Kim Philby est sans doute le plus connu du quintette, espion au service de Sa Très Gracieuse Majesté et de Staline à la fois. Correspondant de presse à Beyrouth d’où il s’enfuit pour Moscou en 1963 pour un exil d’un quart de siècle ponctué par un vague rôle de conseiller du KGB, la lecture du Times et la consommation d’alcool. Ses informations étaient de première valeur, mais Staline s’en est toujours méfié.

Chercher la taupe

A contrario, de nombreux Soviétiques ont servi l’Occident, par conviction ou appât du gain, et ont souvent eu les mêmes problèmes à prouver, si l’on peut dire, leur bonne foi. Oleg Penkovsky, un colonel du GRU, les services de l’Armée rouge, a été arrêté et exécuté en 1962. Il avait livré aux États-Unis des informations essentielles sur l’impréparation de l’arsenal nucléaire de l’URSS. De quoi aider Kennedy dans la crise des fusées à Cuba. Plus récemment, Oleg Gordievsky, « résident » du KGB à Londres, a fait défection en 1985 après onze ans à la solde du MI 6 britannique. Une mine de renseignements pour l’Occident.

Aux États-Unis, Edward Lee Howard, employé de la CIA, est recruté par le KGB en 1985. Il faudra un transfuge soviétique pour découvrir la taupe. Idem pour Aldrich Ames, dont la trahison a été découverte en 1994 : ses informations avaient permis à Moscou de débusquer et d’exécuter une dizaine au moins d’espions américains infiltrés en Russie. La France a profité de « Farewell », nom de code du colonel Vladimir Vetrov, qui a révélé les méthodes de l’espionnage scientifique du KGB et fourni une liste de 250 agents de par le monde. De quoi expulser 47 Soviétiques de France en 1983.

Pays divisé en première ligne, l’Allemagne a été un théâtre de prédilection pour les frasques des espions. Des stars du BND de RFA ont pris le chemin de la Stasi à l’Est, tout comme les agents de RDA sont passés à l’Ouest, pour de bon ou en faisant semblant. John Le Carré n’a rien inventé ou presque.


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