lundi 16 octobre 2017

Accueil du site > Défense > France > Quel avenir pour une défense nationale adossée à l’OTAN (...)

Quel avenir pour une défense nationale adossée à l’OTAN ?

Grégory Marin, l’Humanité

mercredi 14 mars 2007, sélectionné par Spyworld

logo

Dans leur conception de la défense, la plupart des candidats à l’élection présidentielle refusent de prendre en compte un contexte international marqué par la fin de la guerre froide.

Rappel des faits De la « bourde » de Ségolène Royal sur le nombre de sous-marins nucléaires de la flotte à celle de Nicolas Sarkozy sur le même sujet, la défense nationale n’est plus absente de la campagne présidentielle, même si elle est loin d’être au premier plan des préoccupations des candidats.L’avenir de cette industrie, qui compte deux millions de salariés en France, comme son rôle dans les relations internationales sont déclinés selon des appréciations différentes par la droite et la gauche. Avec un point d’achoppement : la soumission des moyens militaires et stratégiques de la nation à une OTAN largement dominée par les États-Unis.

La dissuasion nucléaire est-elle toujours d’actualité ?

Le contexte international a changé. Exit la guerre froide et le rôle de la France de première ligne de l’Occident face au bloc soviétique. La question de l’application de la doctrine gaulliste de dissuasion nucléaire, rappelée et remise en route par Jacques Chirac lors de son discours à la base militaire de l’Île-Longue, le 19 janvier 2006, se pose. Ségolène Royal entend y consacrer 2 % du PIB et l’adapter au contexte. Nicolas Sarkozy, virilement, y voit un « impératif absolu », « la garantie qu’un autre État réfléchira à deux fois avant de s’en prendre directement ou indirectement à nos intérêts vitaux ». Comme sa rivale socialiste, il invoque le principe de « stricte suffisance » des moyens déployés, sans expliquer plus avant jusqu’où peut aller cette « suffisance ».

Pour être cohérent avec le changement de contexte, il faut d’une part exiger l’application du traité de non-prolifération nucléaire, signé par la France, et d’autre part relancer un processus de désarmement nucléaire, « concerté, multilatéral, vérifié ». Une seule candidate, Marie-George Buffet, propose un « désarmement nucléaire généralisé ». Selon elle, « la dissuasion nucléaire ne constitue pas une réponse adéquate aux nouvelles menaces » comme celle du terrorisme, plus diffuse, qui remplace l’éventualité d’une attaque d’armées constituées. La doctrine qui faisait hier de l’Europe de l’Ouest un poste avancé, pour le compte des États-Unis, de contrôle du bloc de l’Est, est dépassée.

L’affiliation à l’OTAN

est-elle irrémédiable ?

Nicolas Sarkozy est seul à soutenir l’idée d’une OTAN avec un rôle renforcé. Il a même fait mine dernièrement d’infléchir ses positions, arguant que l’organisation « n’a pas vocation à se transformer en une organisation concurrente de l’ONU », et s’alignant ainsi sur la position de Ségolène Royal qui refuse l’OTAN « gendarme du monde ». Pourtant, il est hors de question selon lui, de remettre en question la pertinence de l’OTAN, une « organisation militaire efficace ». Son seul défaut tiendrait à ce quest « orpheline d’un projet », qu’il se propose de faire incarner par l’Europe, « entité politique en devenir qui reste dépourvue d’une organisation et de moyens militaires aussi probants ».

La solution ? Adosser l’une à l’autre. Fidèle partisan de cette option minimaliste, en espérant une fusion pure et simple, Pierre Lellouche, député proche du candidat UMP et secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, a déjà tenté de rallier la France aux États-Unis lors de la crise irakienne entre Paris et Washington en 2003. Nul doute qu’il se chargera d’appliquer les véritables vues de Nicolas Sarkozy si ce dernier, élu, lui réservait la place de conseiller au sein du « conseil de sécurité nationale auprès du président de la République » qu’il veut créer, sur le modèle de celui de... la Maison-Blanche.

Même si « l’armée française reste l’armée européenne la moins dépendante des Américains », la candidate de la gauche populaire, Marie-George Buffet, note que « dans certains domaines stratégiques essentiels, les moyens de la plupart des armées européennes dépendent du bon vouloir des États-Unis ou de l’OTAN ». Comment contrecarrer cette « tutelle » ? Remplacement dans les armées de l’UE du GPS américain par le système européen Galiléo, démantèlement des bases US du système de surveillance Échelon, prohibition des activités de la CIA dans les pays membres de l’Union, allocation de crédits à la recherche européenne, blocage du projet de la Commission européenne de marchandisation des armes via l’OMC. La candidate envisage un autre axe de développement ddéfense européenne, la création d’un « partenariat approfondi avec la Russie, l’Ukraine et tous les acteurs du bassin méditerranéen pour une véritable politique de paix durable ». Une proposition qui enterrerait définitivement les relents de guerre froide qui prédominent dans toutes les solutions militaires avancées jusqu’ici.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :