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Vers une réduction des engagements militaires extérieurs de l’armée française

Arnaud de la Grange, le Figaro

vendredi 16 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Les candidats à la présidentielle évoquent la nécessité de resserrer les missions à l’étranger.

NE PLUS « gaspiller du casque bleu ». Sous cette forme ou sous d’autres, un peu moins abruptes, l’idée s’est taillé son chemin dans les esprits, notamment ceux qui forgent les programmes des candidats à la présidentielle française. C’est pour désamorcer la controverse et essayer de retrouver des marges de manoeuvre que Dominique de Villepin est allé voir hier le nouveau patron de l’ONU Ban Ki-moon. À gauche comme à droite, l’air du temps semble à la consommation avec modération des opérations extérieures de l’armée française (« Opex », en langage militaire). Le ministre de la Coopération, Brigitte Girardin, a ainsi évoqué dernièrement une possible réduction de voilure en Côte d’Ivoire, après l’an­nonce d’un énième accord de paix dans ce pays. Dans sa rapidité de réaction, certains ont vu le souci du gouvernement de ne pas être accusé d’avoir laissé nos soldats s’engluer dans des opérations incertaines.

Nicolas Sarkozy a appelé à réfléchir « sur l’étendue, dans l’espace et dans le temps, des missions confiées à nos militaires en opérations extérieures ». Dans la revue Défense, il a invité à mettre un terme aux missions où l’on « s’enlise », dans une allusion apparente à la Côte d’Ivoire. Ségolène Royal, elle, a déclaré que « la défense nationale ne signifie pas la multiplication sans discernement d’opérations extérieures qui peuvent être fort éloignées de nos intérêts directs ».

Les deux candidats se sont par ailleurs prononcés pour un droit de regard accru du Parlement sur ces Opex. A la fin de l’année 2006, on a atteint un sommet avec 14 500 hommes déployés sur des théâtres extérieurs. Les armées commencent à tirer la langue. Plus que le nombre d’hommes, c’est le nombre d’opérations qui pose problème, par la multiplication des systèmes de commandement et de communications qu’elles supposent.

Plusieurs raisons motivent la volonté de remise à plat des opérations extérieures, à laquelle souscrivent largement les militaires. Le coût, bien sûr, qui avoisine les 600 millions d’euros par an, dont 250 pour la Côte d’Ivoire.

Trouver un point d’équilibre

Mais ce sont surtout les objectifs et les conditions de ces engagements qui sont en question. « Avant de se lancer dans une opération, il faut être sûr qu’il y a une perspective politique et qu’il n’y aura pas de décalage entre le discours et les actes, explique un officier, on engage une force militaire que si l’on est déterminé à l’utiliser ou à menacer de l’utiliser ». Le Liban, par exemple, malgré les règles d’engagement « robustes » affichées, n’a qu’à moitié satisfait les militaires français. Ils auraient préféré une force « ad hoc », alors que chausser les pantoufles de la Finul les a obligés à composer avec la machine onusienne.

Des progrès ont été obtenus, comme la création d’une cellule militaire de suivi à New York. Mais aucune zone d’exclusion aérienne n’a été négociée. Et les Casques bleus français n’ont pas été autorisés à sortir leurs drones d’observation. En Afghanistan, le fait de par­ticiper sans s’engager là où les combats sont durs était difficilement tenable. Depuis le dernier sommet de l’Otan en 2006, Paris a renforcé ses moyens - en hélicoptères notamment - et s’est déclaré prêt à donner un coup de main aux alliés dans le Sud afghan.

Autre préoccupation des états-majors, trouver un point d’équilibre entre l’engagement à l’extérieur et la préparation de l’avenir. Les Opex, souvent mélange de missions de police et d’assistance, apportent l’expérience du terrain mais n’ai­dent pas à acquérir des savoir-faire militaires nouveaux et modernes. En Côte d’Ivoire, par exemple, un « cuirassier » va partir sans son char Leclerc, mais sur du matériel léger. L’heure est à la « remilitarisation » des engagements, pour préparer des guerres qui, demain, seront peut-être plus dures.


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