mardi 12 décembre 2017

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Une délégation américaine plaide pour le bouclier antimissile auprès des Européens

Natalie Nougayrède, le Monde

samedi 17 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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"La plus grande partie de l’Europe" sera exposée "dans une période de temps courte" au danger de missiles iraniens, et il y a donc "urgence" à mettre en place le bouclier antimissile américain, dont des éléments de radars et d’intercepteurs ont été proposés en janvier à la Pologne et à la République tchèque. C’est ce qu’ont souligné, vendredi 16 mars, à Paris, lors d’une rencontre avec des journalistes, le général Henry Obering, directeur de l’agence américaine de défense antimissile, et le numéro trois du Pentagone, Eric Edelman.

Le projet de bouclier antimissile américain suscite les réticences de plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et la France, qui s’inquiètent de la réaction hostile de la Russie. Pour mieux expliquer les choses, le Pentagone a dépêché une délégation dans trois capitales européennes : après Kiev mercredi, et Berlin jeudi, le général Obering et M. Edelman étaient vendredi à Paris, où ils ont eu des entretiens au ministère de la défense et des affaires étrangères.

Le général affirme que l’Iran sera doté de missiles de longue portée vers 2015 et que, dans un délai plus court - qu’il ne précise pas -, ce pays disposera d’engins pouvant menacer l’Europe. Si la Pologne et la République tchèque donnent leur accord cette année à l’installation des sites, le nouveau système sera opérationnel en 2012 au plus tôt, ajoute-t-il.

AMBIGUÏTÉS FRANÇAISES

La Turquie et la Grèce ne seraient pas couvertes par ces équipements de détection et de destruction d’éventuels missiles iraniens. Mais ces pays sont déjà à l’abri, grâce au déploiement de missiles Patriot dans le Golfe, précise le général. La Russie, insiste ce responsable, ne verrait en rien ses capacités balistiques affectées. "Nous parlons de 10 intercepteurs en Pologne, ce qui tout simplement ne représente aucune menace pour la Russie", souligne-t-il. Les Russes seraient invités à visiter les sites, ajoute-t-il, en insistant sur une volonté américaine d’être "aussi transparent que possible".

Alors que des responsables allemands ont demandé que la question du projet de bouclier antimissile soit débattue au sein de l’OTAN, le général Obering a indiqué que cela n’était pas à l’ordre du jour. "Il s’agit d’un projet américain, et non de l’OTAN. Mais nous informons nos partenaires", a-t-il dit.

La position française sur ce dossier est empreinte d’ambiguïtés. A l’inverse de l’Allemagne, elle n’a pas demandé que l’OTAN soit saisie de la question. Le 9 mars, Jacques Chirac a déclaré que le projet de bouclier soulevait "de nombreuses questions auxquelles il faudra réfléchir avant de répondre". Il a mis en garde contre "la création de nouvelles lignes de division en Europe", ayant à l’esprit les relations avec la Russie. Mais Paris n’a pas formellement dénoncé le projet.

On reconnaît, de source française, que, s’agissant de l’Iran, le risque de prolifération en matière de missiles est bien réel. Mais le sentiment est que le meilleur moyen d’y faire face, à l’échelle de l’Europe, reste la dissuasion. Les responsables français veulent éviter de faire de ce débat une source de tensions ouvertes avec Washington. Ils jugent toutefois nécessaire de ménager la Russie, notamment pour préserver l’unité du Conseil de sécurité de l’ONU à propos de du programme nucléaire de l’Iran.


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