mercredi 13 décembre 2017

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Une réforme du ministère de la défense renforce les pouvoirs du chef d’état-major des armées

Laurent Zecchini, le Monde

jeudi 19 mai 2005, sélectionné par Spyworld

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L’intitulé du décret adopté mercredi 18 mai en conseil des ministres est à la fois trompeur et anodin : il modifie le décret du 10 juillet 1962 qui fixe les attributions du "ministre des armées" . En réalité, son objet n’a rien à voir avec l’exercice des pouvoirs de la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, mais avec celui d’un personnage dont le rôle n’a cessé de se renforcer ces dernières années, le chef d’état-major des armées (CEMA). Actuellement, le poste est occupé par le général Henri Bentegeat. Désormais, les trois armées devront soumettre leurs desiderata budgétaires au CEMA, qui tranchera avant de soumettre ses propositions au ministre.

Il s’agit, pour l’institution militaire, d’une véritable révolution de son organisation interne. Celle-ci est caractérisée par la très forte autonomie de chacune des trois armées (terre, air, marine) et de leurs chefs d’état-major respectifs. Bien que ces derniers aient été associés à la préparation de la réforme, il ne fait guère de doutes que sa mise en place va s’accompagner de quelques grincements, puisqu’ils vont perdre une partie de leurs pouvoirs au profit du CEMA.

Jusque-là, le chef d’état-major des armées avait l’autorité sur l’emploi des forces (notamment en opérations extérieures), et il incarnait l’armée française sur le plan international. Du point de vue de la doctrine, il était le seul représentant militaire à pouvoir se livrer à des exégèses de la pensée du président de la République. Mais son pouvoir était limité dans le domaine essentiel des grands programmes d’équipement.

Avant chaque loi de programmation militaire, mais aussi dans la phase précédant les arbitrages budgétaires, chaque armée se livrait à un travail de lobbying directement auprès du ministre de la défense et de son cabinet, pour obtenir davantage d’équipements et de matériels militaires. Cet effort était fortement soutenu par les industriels de la défense du secteur intéressé. Le CEMA était court-circuité. Il s’ensuivait des dépenses injustifiées, du gaspillage et des redondances. Le nouveau décret doit permettre d’obtenir plus de rationalité.

Au-delà, cette réforme est justifiée par l’évolution des crises. La réponse stratégique à leur apporter est désormais systématiquement interarmées, de plus en plus internationale et doit donner la priorité aux impératifs opérationnels. Le ministère de la défense doit s’organiser en termes de "capacités" militaires globales et non d’"équipements" , qui sont souvent le fruit des ambitions corporatistes de chaque armée.

La méthode suivie pour faire aboutir cette réforme est originale. Le ministère a loué les services d’un cabinet privé, la Compagnie européenne d’intelligence stratégique. "Notre neutralité a dépassionné les discussions et les rivalités ; nous n’étions pas suspects d’être les porte-parole de tel ou tel intérêt" , explique Pierre Conesa, son directeur général.

La prééminence du CEMA, qui avait été affirmée par le président Jacques Chirac dans ses voeux aux armées le 5 janvier, va s’accompagner d’un renforcement des moyens de l’état-major des armées, qui devra s’efforcer de ne pas se transformer en administration centrale, pour conserver son caractère opérationnel.


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