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Le projet américain de bouclier anti-missile dérange l’Europe

Mark John, avec Noah Barkin et Adam Jasser, Reuters

mercredi 21 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Le vieux rêve américain d’un bouclier antimissile a toujours eu le don d’échauffer les esprits en Europe. Mais peu s’attendaient à ce que le dernier projet en date, conçu par l’administration Bush, suscite une telle controverse, certains dirigeants européens évoquant jusqu’au risque d’une nouvelle Guerre froide.

"On se croirait en 1983", a déclaré le général Norman Ray, ancien secrétaire général adjoint de l’Otan, cette semaine. Il faisait référence à la vive querelle qui a éclaté au QG de l’Alliance le jour où l’administration Reagan a dévoilé son programme antimissile "Star Wars" (La guerre des étoiles).

L’Europe craignait alors, face à une Union soviétique hostile, que des Etats-Unis dotés de leur propre système de défense ne se soucient plus de la sécurité du continent.

Dans un entretien accordé au quotidien polonais Gazeta Wyborcza, le secrétaire d’Etat américain adjoint Daniel Fried, qui se trouvait mercredi à Varsovie pour des discussions sur l’installation de certaines pièces du dispositif en territoire polonais, a tenu à dissiper toute crainte sur ce point.

Il a assuré que Washington en discutait avec tous les membres européens de l’Otan. "Il y a eu des malentendus là-dessus, notamment l’idée selon laquelle le bouclier antimissile ne protégerait que les Etats-Unis", a-t-il dit au journal. "Nous voulons que ce système protège aussi l’Europe. Pour nous, la sécurité est indivisible."

LA RUSSIE SE SENT VISÉE

Reste que le projet de bouclier antimissile de Bush soulève des questions plus complexes que son précurseur : à l’époque, l’Occident était à peu près d’accord sur la nature de la menace.

La polémique a éclaté le mois dernier à Munich, lors de la conférence annuelle sur la sécurité, où le président russe Vladimir Poutine a qualifié le projet d’agression contre son pays.

Washington assure que la partie du bouclier antimissile devant être installée en Europe de l’Est vise à déjouer des attaques provenant de l’Iran ou de la Corée du Nord, et qu’il serait techniquement impossible pour ses dix missiles intercepteurs de contrer une attaque russe.

Cela n’a pas empêché le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, d’accuser Washington de ne pas tenir Moscou informé de ses projets. D’autres alliés de moindre poids, tels que le Luxembourg, ont pour leur part reproché à Varsovie et Prague leur manque de solidarité européenne.

L’impact politique du projet est particulièrement fort à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel craignant, notamment, que cette polémique ne gêne ses efforts en faveur du lancement d’un nouveau partenariat stratégique entre l’Union européenne et la Russie.

Ces critiques ne relèvent toutefois pas d’un phénomène isolé. Ainsi, la France a dit cette semaine qu’elle ne voulait rien savoir de ce bouclier et qu’elle préférait compter sur son propre arsenal de dissuasion nucléaire et sur la diplomatie pour contrer les menaces.

Dans le reste de l’Europe, en revanche, silence radio. En République tchèque, le gouvernement aura apparemment du mal à convaincre l’opinion du bien-fondé du bouclier antimissile : les sondages indiquent qu’une majorité de Tchèques y sont opposés.

DES MILLIARDS D’EUROS D’INVESTISSEMENTS

Washington a fait savoir qu’il maintiendrait son projet quoi qu’il en soit, la seule question étant de savoir si l’Europe veut s’y rallier ou non.

Les Etats-Unis promettent que le bouclier sera compatible avec les systèmes de défense que les membres de l’Otan pourraient développer dans les prochaines années. Reste à voir si des alliés qui n’atteignent pas les objectifs de l’Otan en matière de dépenses militaires pourront consentir les investissements nécessaires, ces derniers se chiffrant en milliards d’euros, selon des experts.

D’autres affirment qu’il serait relativement bon marché pour l’Otan de renforcer le système de défense américain de manière à garantir une protection à toute l’Europe. L’une des estimations chiffre le coût de cette mesure à un milliard d’euros, réparti parmi les alliés sur 20 ans.

Une question cruciale se poserait alors : qui aurait le dernier mot en matière d’utilisation du système ? "Utiliserons-nous des missiles pour protéger Paris, Bruxelles ou Londres ? Ou les réserverons-nous à la protection de Washington ?", s’interroge ainsi Robert Ranquart, directeur adjoint des Affaires stratégiques au ministère français de la Défense.

Soulignant que le bouclier américain, tel qu’envisagé actuellement, ne couvrira pas une portion du sud-est de l’Europe comprenant la Grèce et la Turquie, le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a jugé qu’il mettrait en place une défense à deux vitesses laissant certains alliés plus exposés que d’autres.

D’autres experts se demandent même si l’Otan ne perdrait pas sa raison d’être si, pour la majeure partie de l’Europe, un système contrôlé par Washington constituait sa première ligne de défense contre des tirs de missiles.


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