jeudi 19 octobre 2017

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« Mutations logistiques » du terrorisme au Maghreb

Fayçal Oukaci, Lexpressiondz.com

lundi 26 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Si cette découverte est avérée et si les analyses ajoutent foi à l’hypothèse, ce serait alors la première fois que la menace à l’arme biologique ferait partie de l’arsenal d’Al Qaîda au Maghreb.

S’appuyant sur des investigations de la DST, des quotidiens marocains affirment que nombre de candidats au djihad, affiliés ou non à Al Qaîda, s’entraînent dans les régions du Sud, à la lisière du Sahara occidental, et même de la région nord de la Mauritanie, ainsi que dans quelques no man’s land au Niger et au Mali, sous les ordres de Mokhtar Ben Mokhtar, le chef du Gspc pour le Sahara. Selon les mêmes sources, dans ces zones désertiques et tribales du Sahara et du Sahel, qui s’étendent sur plusieurs milliers de kilomètres, et vont pratiquement de la Mauritanie au Tchad, le commerce d’armes prolifère, mais aussi le développement d’armes non conventionnelles.

Selon le quotidien Al Bayane du 22 mars, « un véritable trafic d’armes est organisé dans cette bande en plus du trafic de drogue et l’immigration clandestine. On estime à 80.000 le nombre de kalachnikovs qui circulent dans la région », estime Al Bayane. Chiffre ébouriffant s’il en est, mais qui renseigne sur ce que tous les spécialistes savaient déjà, à savoir que le Gspc s’est doté d’un armement suffisant. Les nouvelles menaces sont, toutefois d’un tout autre genre : l’arme biologique. Les agents de la DST affirment que dans le local loué par Abdelfattah Raydi à Hay Moulay Rachid, les enquêteurs ont fait une découverte inquiétante. En plus des matières explosives qui sont généralement acquises facilement dans le commerce, pour la première fois, un produit tétanogène a été identifié. Il s’agit d’une bouillie de culture du virus du tétanos, préparée à base de liquides souillés, des clous d’acide, qui peut être inoculée à des blessés et provoquer la mort, à moins d’être soigné dans les 24 heures, à l’aide du sérum antitétanique. Qui est derrière cette « invention » macabre qui requiert un minimum de connaissances ? Les services marocains sont sur la question depuis plusieurs jours...Si cette information est fondée, si cette découverte est avérée et si les analyses ajoutent foi à l’hypothèse, car il faut bien convenir qu’avec le dossier du terrorisme on glisse souvent, délibérément ou non, vers des exégèses irréalistes, ce serait alors la première fois que la menace à l’arme biologique ferait partie de l’arsenal d’Al Qaîda au Maghreb.

De toutes les façons, cette arme, qu’elle s’appelle bactériologique, chimique ou biologique, n’a pas été utilisée en Algérie. Al Qaîda vient de s’approprier les groupes salafistes djihadistes dans la région. Comment vont évoluer les nouvelles mutations de l’organisation au plan militaire, bien que pour le moment, l’attentat à l’explosif reste l’arme la plus recherchée, car mettant dans l’action très peu d’hommes, donc offrant le plus de garantie et de sécurité pour l’organisation, et occasionnant un maximum de dégâts aux cibles.

Comment et de quelle façon le Gspc peut-il hériter de la logistique militaire d’Al Qaîda pour devenir plus opérant dans le Maghreb ? Cette question avait été posée il y a quelques semaines à Anne Giudicelli, responsable du cabinet-conseil en matière de risques et de sécurité, et à laquelle elle avait répondu : Cette nouvelle alliance signifie une mise en réseaux des moyens et des hommes, et une harmonisation des objectifs. La capacité militaire actuelle du Gspc ne semble pas encore avoir bénéficié de cette dynamique : les attentats récents revendiqués par le Gspc n’ont pas été réalisés avec l’aide d’armes plus élaborées que précédemment. Seuls les modes opératoires et les cibles témoignent de cette nouvelle donne.

Sa capacité de renseignement a clairement gagné en sophistication, ce qui lui a notamment, permis d’opérer dans des zones considérées comme sécurisées. La capacité en ressources humaines est, également, en hausse, comme l’atteste l’expansion de ses réseaux au Maroc et en Tunisie. Il est probable que les nouveaux moyens logistiques, dont le Gspc pourra bénéficier, proviendront des ouvertures de « marchés » créés par l’entrée de nouveaux relais, extérieurs à ses réseaux traditionnels, dans son capital militaire.

Autrement dit, de la mise en commun de systèmes d’approvisionnement en armes et en technologie déjà existants dans la mouvance extrémiste internationale, que son nouveau statut de branche d’Al Qaîda lui ouvre désormais. En perspective, de quoi mettre les responsables de la sécurité intérieure des pays de la région sur le qui-vive.


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