lundi 18 décembre 2017

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Le patriotisme économique chinois inquiète les industriels étrangers

Bruno Philip, le Monde

mardi 27 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Raidissement idéologique ou simple ajustement des réglementations à un moment où la Chine exprime sa volonté de garantir une plus grande indépendance de son développement économique ? Les industriels étrangers se posent tous la question après une série de signaux laissant penser que Pékin semble décidé à les accueillir moins volontiers qu’avant.

Certains d’entre eux ont récemment connu en Chine des déboires. Le groupe financier américain Carlyle n’a pas pu racheter la majorité des parts de la société de matériel de construction Xugong après que le "deal" eut été bloqué par Pékin. Arcelor-Mittal a été forcé de différer une prise de participation dans le sidérurgiste Laiwu. L’américain Goldman Sachs attend encore une approbation pour racheter le groupe agroalimentaire Shineway.

Même chose pour le français Alstom qui pensait pouvoir prendre une participation de 51 % chez son partenaire Wuhan Boiler, un fabricant de chaudières. Enfin, le français SEB n’a toujours pas réussi à prendre le contrôle du leader chinois de l’autocuiseur Supor, et a fait face au déclenchement d’une campagne de presse hostile orchestrée par ses concurrents.

Un amendement de la loi de 2003 sur les fusions et acquisitions permet désormais de rejeter l’une ou l’autre si elle menace la "sécurité économique nationale".

"Il s’agit plus d’une inflexion que d’un changement de cap", tempère un observateur étranger des questions économiques, basé à Pékin. "Mais, ajoute-t-il, il est vrai que les procédures se sont alourdies et que davantage d’incertitudes pèsent sur l’issue de projets jugés sensibles."

"Certains entrepreneurs étrangers ont le sentiment d’être traités de manière différente que leurs concurrents chinois et d’être soumis à des contrôles plus sévères et plus fréquents. Ils ont parfois l’impression que la loi est la même pour tout le monde, mais que certains doivent la respecter plus que d’autres...", analyse Miguel Ceballos, conseiller commercial de la délégation de la Commission européenne.

FIN DES AVANTAGES FISCAUX

Mais dans les rangs des cercles dits de la "nouvelle gauche", un mouvement qui, de l’intérieur, pousse le gouvernement vers plus de social et de "patriotisme économique", certains n’hésitent pas à avancer des arguments de type nationaliste. "Trop de présence étrangère dans les entreprises publiques peut mettre en danger la sécurité économique et nuire à son développement", s’est ainsi insurgé en 2006 Ji Baocheng, président de l’Université du peuple de Pékin.

Le professeur Yang Fan, de l’université du droit et des sciences politiques, explique de son côté, depuis son appartement ultramoderne de la banlieue de Pékin : "Si on compare l’économie à un corps, les Chinois doivent avoir non seulement du muscle, mais aussi du cerveau et du coeur. Et il ne faut pas que ces derniers partent aux Etats-Unis. Il n’y a pas de raison que la Chine devienne un simple atelier fabriquant des pièces détachées à des étrangers ne nous fournissant pas leur "know how" !"

Et d’ajouter : "Il est tout à fait possible d’imposer un certain niveau de protectionnisme dans les secteurs du nucléaire, de l’aéronautique, de la recherche et du développement. A l’avenir, je pense que c’est au Parti communiste de reprendre le contrôle du rythme de l’évolution de l’économie..."

S’agit-il là d’un combat d’arrière-garde de factions du Parti en perte de vitesse, mais qui bénéficient d’une certaine popularité chez tous ceux estimant par ailleurs que le "miracle économique" a jeté les bases d’un système de plus en plus inégalitaire et socialement injuste ?

Certains, chez les étrangers de Pékin, le pensent et refusent de s’alarmer. Comme ce responsable d’une entreprise française qui explique : "La Chine vient de décider que tout le monde sera taxé de manière équitable ; auparavant, les entreprises étrangères ne payaient que 15 % d’impôts sur les bénéfices, les Chinois étaient imposés à 33 %. Désormais, tout le monde est logé à la même enseigne : 25 %. Mais ça ne signifie pas que les étrangers vont cesser d’investir ! Il faut simplement regarder les choses en face : la Chine change et a moins besoin qu’avant des investisseurs étrangers..."

Même son de cloche chez Frank Desevedavy, associé au cabinet Adamas : "La tendance est ici à la poursuite de l’ouverture, pas à la fermeture. Et si les étrangers ne bénéficient plus d’avantages fiscaux, je trouve ça positif car ça va créer des conditions plus saines de concurrences. Et cela permettra aux Chinois de collecter l’impôt de manière plus sérieuse et systématique chez leurs compatriotes !..."

En attendant, les étrangers commencent à se mobiliser pour vanter le fait que, eux aussi, contribuent à la réussite économique de l’Empire : l’ambassade d’Allemagne, en parrainage avec la délégation de la Commission européenne, vient d’inventer un slogan, sous la bannière duquel des investisseurs vont pratiquer des opérations portes ouvertes de leurs entreprises afin de mieux se faire connaître. Son nom : "Nous aussi, nous sommes chinois !"


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