lundi 11 décembre 2017

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Le ministère de la Défense dévoile ses preuves - Londres hausse le ton contre Téhéran

Ledevoir.com

jeudi 29 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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Margaret Beckett a annoncé le gel des liens avec l’Iran

Le gouvernement britannique hausse le ton et brandit ses preuves. Pour contrer l’accusation d’espionnage avancée contre ses hommes, le ministère de la Défense a rendu publiques hier des données satellites prouvant que les 15 marins britanniques capturés vendredi par Téhéran se trouvaient à 3,15 kilomètres de la limite des eaux territoriales iraniennes. Réponse de l’ambassade d’Iran à Londres : les hommes naviguaient à 500 mètres à l’intérieur des eaux concernées.

Mais pour Westminster, la fin des querelles de mots a sonné. Hier, la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett a annoncé le gel des liens avec l’Iran. Concrètement, ce gel va entraîner notamment un arrêt des visites officielles et de l’attribution de visas aux responsables iraniens. Il est temps « d’augmenter la pression internationale et diplomatique » sur l’Iran pour démontrer « l’isolement total » de Téhéran dans cette affaire, a précisé Tony Blair

La presse britannique accuse cependant le premier ministre de montrer les gros bras sans intention de monter sur le ring. Pendant ce temps, les images de la seule femme capturée parmi les 15, filmées quelques jours avant l’événement, sont diffusées en boucle. Selon des sources iraniennes, cette maman d’une petite fille de trois ans devrait être relâchée « d’ici un jour ou deux ».

En attendant, le tabloïd The Sun, connu pour ses prises de position musclées, n’hésite pas à agiter la menace de l’intervention armée. « Téhéran doit se souvenir que les militaires britanniques [...] sont superbement entraînés et prêts à employer une force mortelle en cas de nécessité. » De son côté, le quotidien The Times condamne « la timidité pusillanime des officiels et des politiciens britanniques » et réclame un ultimatum. Une mesure illusoire, selon la BBC, qui rappelle que l’Iran ignore déjà ouvertement une injonction de l’ONU exigeant la suspension de son programme d’enrichissement d’uranium.

Selon la chaîne britannique, les options du gouvernement sont peu nombreuses. Pas question d’imaginer un conflit armé à quelques encablures de l’Irak, où la coalition s’embourbe jour après jour. Reste une solution : renvoyer les diplomates iraniens présents sur le sol britannique et rompre toute relation avec Téhéran. À moins que les marins prisonniers décident d’« avouer » leur erreur et de s’excuser. En juillet 2004, la méthode avait été favorable à huit agents britanniques arrêtés dans les mêmes conditions : après trois jours de captivité, ils avaient été relâchés.

Mais la présence au pouvoir du très inflexible Mahmoud Ahmadinejad rend aujourd’hui le jeu plus serré. Depuis quelques mois, en effet, les relations entre l’Iran et le Royaume Uni se sont détériorées, Londres accusant le régime de fournir des armes aux insurgés chiites sur le sol irakien. Dans ce contexte, l’arrestation des marins aurait pour objectif de faire pression sur les Nations unies à l’heure où l’institution vient de renforcer les sanctions contre le pays.

Dans l’opinion britannique, l’affaire n’est que l’apogée d’une hostilité traditionnelle. Car la haine de l’Iran contre le « petit Satan » — cousin du « grand Satan » américain — ne date pas d’hier. Tout commence en 1953, à l’heure où Londres finance, aux côtés des États-Unis, un coup d’État contre Mohammad Mossadegh, qui militait pour la nationalisation des ressources pétrolières. Bien des années plus tard, la rue qui longe l’ambassade britannique à Téhéran est renommée Bobby Sands Avenue, du nom d’un militant de l’IRA mort d’une grève de la faim. Pendant la guerre contre l’Irak, la Grande-Bretagne, qui refuse de fournir des armes à l’Iran, est crucifiée dans l’opinion iranienne. Enfin, l’affaire Salman Rushdie achève d’aiguiser les tensions. Objet d’une fatwa, l’auteur des Versets sataniques se réfugie au Royaume-Uni, où il reçoit la protection de l’État. Aujourd’hui, l’Iran d’Ahmadinejad fait de la résistance à l’Occident un point d’honneur. Le Royaume-Uni s’efforce à son tour de hausser le ton. Mais fera-t-il trembler l’Iran ? Beaucoup en doutent...


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