mardi 12 décembre 2017

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La spirale infernale des "listes noires" américaines

Jean Marc Manach, le Monde

jeudi 29 mars 2007, sélectionné par Spyworld

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"Je ne suis pas le fils de Saddam Hussein, je n’ai aucun lien avec lui !" Tom Kubbany, qui est né et a grandi dans le Michigan, aux Etats-Unis, a un seul tort : son deuxième prénom, Hassan, est l’un des alias connu d’Ali Saddam Hussein, le troisième fils supposé de Saddam Hussein (son existence reste sujette à caution). Kubbany est né en 1949, la naissance d’Hassan remontant, elle, à 1980 ou 1983 (selon les sources), il ne s’en est pas moins vu refuser un prêt bancaire, rapporte CBS5, l’antenne californienne du réseau CBS.

Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a considérablement étendu le recours aux "listes noires" de personnes soupçonnées d’être, directement ou indirectement, liées à divers mouvements terroristes ou cartels de narco-trafiquants.

L’identité des personnes qui, aux Etats-Unis, veulent acheter ou louer une voiture, une maison, ou encore obtenir un prêt bancaire, est ainsi systématiquement comparée à la liste noire de l’Office of Foreign Asset Control (OFAC), qui court sur 266 pages, et recense 6 000 groupes et individus. Les entreprises qui s’y refuseraient encourent une peine de 30 ans de prison et une amende de 10 millions de dollars.

Les erreurs et problèmes du type de ceux rencontrés par Tom Kubbany sont légion, d’autant que le nombre de bases de données et listes noires de personnes "suspectées" de lien avec le terrorisme international ne fait qu’augmenter. La base de données TIDE (pour "Terrorist Identities Datamart Environment") recensait 100 000 "terroristes potentiels" en 2003. Aujourd’hui, ils sont 435 000, dont 5 % d’Américains, rapporte le Washington Post.

Un des responsables du TIDE reconnaît qu’une bonne partie des informations sont "fragmentaires", voire tout simplement "fausses", parce qu’il est impossible d’avoir des informations fiables sur les 6 milliards d’habitants de la planète : "si quelqu’un a une meilleure idée, je suis tout ouïe".

LES OPPOSANTS À BUSH ESPIONNÉS ET INFILTRÉS

En 2004 et 2005, la moitié des dizaines de milliers de personnes qui ont été interdites d’avion aux Etats-Unis étaient fichées, à tort, dans la liste noire de la Transportation Security Administration, qui répertorie 30 000 personnes interdites d’entrée sur le territoire américain. Or il est quasiment impossible d’être retiré de ce type de bases de données.

Bien que le sénateur de l’Etat d’Alaska, Ted Stevens, et sa femme aient ainsi régulièrement été bloqués dans les nombreux aéroports qu’ils ont fréquenté l’an passé : ils portent le même nom que le célèbre chanteur Cat Stevens (dont le nom est devenu Yusuf Islam depuis sa conversion à la religion musulmane), qui est dans la liste noire.

Ce type d’atteintes aux libertés n’est pas l’apanage des seules techniques de renseignement électroniques. Le New York Times vient ainsi de révéler que la police de New York a, pendant au moins un an, espionné et infiltré les opposants à la politique de George Bush, aux Etats-Unis, au Canada et même en Europe, en prévision de la convention républicaine de 2004. 1 806 personnes y avaient été arrêtées.

S’appuyant sur le quatrième amendement de la Constitution américaine, qui proscrit l’espionnage des Américains par le gouvernement, les défenseurs des droits de l’homme dénoncent l’illégalité de ce genre d’activité. La police rétorque pour sa part que la jurisprudence, issue de la lutte contre les mouvements des droits civiques dans les années 60, l’y autorise.

La liste noire de l’OFAC recense 3300 groupes et individus avec qui il est interdit de faire des affaires aux Etats-Unis. - DR


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