samedi 21 octobre 2017

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Ces écoles coraniques surveillées par la DGSE

Jean Chichizola, le Figaro

lundi 2 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Le 25 mars, un Français était tué dans une école salafiste au Yémen. Trois jours plus tôt, une note de la DGSE désignait l’endroit comme un « foyer d’islamisme radical » et s’inquiétait d’un basculement vers le djihad de certains jeunes.

L’ÉPISODE illustre l’attention que les services français prêtent aux écoles salafistes à travers le monde. Trois jours avant la mort au Yémen du Français Patrick Francoeur- Ravoavy (lire encadré), l’école coranique dans laquelle il étudiait faisait l’objet d’une note confidentielle de la DGSE sous le titre intitulée « Dar el-Hadith, institution coranique de radicalisation islamiste ».

Ce document de neuf pages précise que le Yémen est « une destination de choix pour les jeunes recrues venues d’Europe, et principalement de France. Coupés de toute influence extérieure, ces jeunes salafistes vivent dans un environnement traditionaliste régi par les règles religieuses les plus strictes. » Particulièrement visés : les treize centres d’une institution, Dar el-Hadith, qui « constituent des foyers d’islamisme radical pouvant faciliter le basculement vers des réseaux djihadistes de jeunes Occidentaux en rupture avec leurs pays d’origine ». La note évoque « la mort en Irak de deux ressortissants français » sortis de la même école que Patrick Francoeur-Ravoavy. Après vérification, ces décès, qui restent à confirmer, remonteraient aux années 2004-2005.

Le centre de Damaj, où étudiait Patrick Francoeur-Ravoavy, est « l’institut phare de Dar el-Hadith ». Situé au nord-ouest du pays, dans un village isolé auquel on accède par une piste sablonneuse, il « accueillerait jusqu’à 5 000 étudiants l’été, dont 1 000 étrangers ».

Plus de 150 francophones

Les non-Yéménites y vivent en communauté selon leur origine nationale ou linguistique. « Parmi les trois communautés étrangères les plus représentées figurent les communautés britannique, indonésienne et francophone. » La communauté francophone compterait plus de 150 étudiants, dont plusieurs dizaines de Français.

À Damaj, la journée « commence à l’aube et s’organise entièrement autour des cinq prières obligatoires et des trois prêches du cheikh, retransmis par haut-parleur dans tout le village. Entre ces temps de prière, les étudiants suivent des cours d’arabe ou de rédaction du Coran de manière collective ou individuelle. » Le tout baignant dans une « surenchère religieuse, accompagnée de prêches quotidiens virulents ». Un facteur « dangereux pouvant conduire les étudiants les plus zélés à intégrer des réseaux djihadistes ».

La DGSE constate que des étudiants français, « de plus en plus nombreux », rejoignent le Yémen, évitant des pays comme l’Arabie saoudite ou l’Égypte où se succèdent les opérations de police.

« Extrême intransigeance »

La communauté salafiste française use d’autres arguments pour motiver le départ des « frères » : « La qualité de l’enseignement coranique, réputé parmi les plus purs du Moyen-Orient, le coût de la vie très peu élevé et la possibilité d’épouser une femme yéménite. »

Au Yémen, les Français constituent « la communauté étrangère la plus vindicative à l’égard de leur pays d’origine ». Formulant « des critiques acerbes contre la France et notamment contre la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux à l’école », ils témoignent « une extrême intransigeance vis-à-vis de leurs concitoyens et des musulmans n’adoptant pas un comportement en accord avec les rites salafistes les plus stricts ». Forts de leur autorité morale, « ils deviennent des prosélytes virulents encourageant les »frères* [restés en France] à fuir la »tentation et l’hérésie de l’Occident* pour venir vivre dans »la dignité de la Sunna* ».

La DGSE précise que, « pour la plupart » des Français, le Yémen n’est « qu’une étape dans leur apprentissage du salafisme ». « Il est néanmoins à craindre que pour une minorité, ces séjours au sein de centres islamiques ne constituent qu’un relais vers le djihad armé, en Irak, voire en Afghanistan. » « Les étudiants de Dar el-Hadith , conclut la note, représentent un danger potentiel, tant dans l’éventualité d’un retour en France que dans celle d’un départ pour des théâtres de guerre au nom du djihad ».


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