vendredi 15 décembre 2017

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Espionnage et cachotteries

Patricia Jolly, le Monde

lundi 16 avril 2007, sélectionné par Spyworld

Mais que font donc les voisins ? La curiosité humaine prend une forme aiguë dans la pratique d’un sport mécanique comme la voile, disputé sous le format très tactique du match-racing (duels de voiliers). Dans la Coupe de l’America, il n’y a pas de second ; seul le vainqueur compte. L’idée de voir échapper le trophée est donc suffisamment insupportable pour rendre cette épreuve indissociable de la tentation d’espionner ses rivaux. Même si cette très ancienne et prestigieuse compétition se voulait, à l’origine, une affaire de gentlemen : "Un challenge perpétuel pour une compétition amicale entre les yacht-clubs de différentes nations", disait l’acte de donation au Yacht-Club de New York.

SECRETS DE FABRICATION

Espionnage et cachotteries pimentent l’histoire de la plus ancienne épreuve sportive du monde depuis ses débuts. S’il n’y eut pas d’espionnage à proprement parler lors de la 1re édition, en 1851, une rumeur persistante s’installa. Selon elle, la goélette America, grande lauréate, était dotée d’une hélice.

Le doute enfla encore lorsque son capitaine convia à bord des adversaires anglais en leur interdisant l’accès à certaines parties du voilier. Un navigateur de Sa Majesté pu finalement constater que tout cela relevait du fantasme. Les plans de l’America furent ensuite copiés par des Anglais appréciant ses qualités de glisse et de vitesse.

Les choses prirent un tour bien plus sérieux au fil du temps. L’édition 1991, à San Diego (Etats-Unis), marqua l’apogée d’une guerre d’espionnage à laquelle aucun défi n’échappa. Rien ne manqua : tentatives d’effraction sur les bases, survols intempestifs d’hélicoptères, bateaux suiveurs indiscrets, bouées dérivantes dotées de mouchards, interventions des hommes-grenouilles...

En 2003, à Auckland, de nombreux secrets de fabrication de défis précédents, emportés par des transfuges de Prada, America True ou encore de Team New Zealand, ont profité au syndicat américain OneWorld Challenge. Celui-ci s’en est tiré avec quelques points de pénalité, mais le principal responsable a dû s’expliquer ensuite devant des tribunaux civils et acquitter des amendes.

De nos jours, la technologie moderne et des moyens financiers et humains permettent de surveiller ses rivaux sans avoir l’air d’être intrusifs. Ainsi, le Defender Alinghi, qui n’entrera en lice que le 23 juin, dépêche-t-il, depuis des mois, des hommes qui font un compte rendu détaillé de leurs observations par courriels et photos numériques.

Mais la plus grande prudence s’impose. Des circonstances fortuites ont, par exemple, récemment placé Areva Challenge dans une position délicate. Le défi italien Luna Rossa l’a accusé de détenir des photos de son bateau prises de trop près. Cette infraction au protocole de la Coupe a valu à Areva Challenge - dont certains membres ont eu accès à ces photos sans les avoir commanditées - une amende de 20 000 euros, correspondant aux frais de procédure, et une diminution de 45 à 43 voiles autorisées lors de la Coupe Louis-Vuitton.


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