dimanche 22 octobre 2017

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Antiterrorisme : Schäuble en veut toujours plus

Pierre Bocev, le Figaro

vendredi 20 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Le ministre CDU de l’Intérieur multiplie les déclarations chocs pour élargir l’arsenal des polices, mais suscite les réticences de ses partenaires SPD au sein de la coalition.

« BONJOUR ORWELL » : le titre choisi par le magazine Stern pour son interview du ministre de l’Intérieur en dit long. Wolfgang Schäuble, un vieux de la vieille de la CDU, y donne l’impression de remettre en question la présomption d’innocence et de ne pas s’opposer à l’usage de la torture dans les interrogatoires de terroristes. Il le fait en des termes qui, s’ils lui assurent la une des journaux, ne peuvent lui valoir d’être épinglé comme un adepte de méthodes illégales. Son pavé dans la mare sécuritaire a suscité une noria de critiques, y compris dans les rangs du SPD qui cherche toujours à se démarquer des conservateurs sans pour autant faire imploser la coalition.

« La présomption d’innocence, explique Wolfgang Schäuble, signifie que nous préférons ne pas punir dix coupables plutôt que de punir un innocent. » Le principe existe « en droit pénal », mais ne doit pas s’appliquer quand il s’agit de protéger le pays contre le terrorisme : « Serait-il juste, fait-il mine de se demander, de laisser perpétrer dix attentats plutôt que d’essayer d’empêcher quelqu’un d’en commettre un, même s’il n’en a peut-être pas l’intention ? À mon sens, ce ne le serait pas. »

Même procédé à propos de la torture, que Schäuble « rejette totalement ». Mais que faire si les services allemands de renseignement reçoivent d’organisations amies « des informations peut-être de nature à nous aider à parer un très grave danger » ? Il serait « absurde » de ne pas les prendre en compte sous prétexte qu’elles n’ont pas été obtenues « dans les conditions d’un État de droit ».

Briser des tabous

Les réactions ont été d’autant plus vives que le ministre préconise depuis des mois un resserrement du dispositif antiterroriste et n’hésite pas à briser quelques tabous au passage. Il a déjà réussi à créer un fichier antiterroriste central alors que le croisement des informations de la police et des services secrets était honni après les nazis (nos éditions du 2 avril). Il veut aussi, pêle-mêle, un accès aux ordinateurs privés, le stockage et la mise à disposition des données biométriques contenues dans les nouveaux passeports, le recours à la Bundeswehr à l’intérieur de l’Allemagne, alors que la Constitution l’interdit, ou encore l’exploitation des données informatiques générées par le péage autoroutier. Quitte « au besoin », comme il le confirme à Stern, à modifier la loi fondamentale.


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