lundi 23 octobre 2017

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Alain Marsaud : Les coulisses du terrorisme

Jean-Gabriel Fredet, le Nouvel Observateur

mardi 24 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Pouvait-on éviter le 11-Septembre ? Pourquoi la France reste-t-elle la cible des islamistes algériens ? Quelles menaces réelles visent notre pays ? Député et magistrat, l’ancien patron de la section antiterroriste du parquet de Paris explique, dans « Face à la terreur » (Fayard), pourquoi il faut nous habituer à vivre autrement.

Le Nouvel Observateur.- A vous lire, la CIA et la Maison-Blanche avaient été prévenues par des services secrets étrangers des projets d’attentat du 11-Septembre ?

Alain Marsaud.-Bien avant cette date, Al-Qaida avait été infiltré par des services alliés des Etats-Unis. A deux reprises, la seconde fois au mois d’août, George Bush a eu sur son bureau des notes d’alerte l’avisant de projets de détournement. Mais ces projets ne concernaient pas l’opération telle qu’elle a été menée le 11-Septembre. On évoquait un détournement de type classique pour obtenir la libération d’islamistes détenus dans une prison américaine après l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. A aucun moment il n’a été question d’une opération suicide sur le sol américain ou contre les tours jumelles. Des mesures de sécurité ont été prises puis finalement levées.

N. O.- Nos « services » ont donc été efficaces...

A. Marsaud. -Même s’ils ont probablement été informés par les services alliés présents dans la région ou par les services ouzbeks.

N. O. - Comment expliquez-vous la relative inefficacité des services américains ?

A. Marsaud.- Bien avant le 11-Septembre, ils ont compris que Ben Laden, leur allié en Afghanistan contre l’armée soviétique, avait changé de camp et ils ont essayé plusieurs fois de le supprimer. Mais outre une énorme bureaucratie et la pression permanente des médias, qui ne pardonnent pas l’échec, ils sont handicapés au sein du FBI par ce que j’appelle le fire wall, ce mur entre l’information et son exploitation judiciaire préventive. L’information issue du renseignement, exploitée de façon abusive, risquant d’être attentatoire aux libertés publiques, chez eux James Bond ne doit pas collaborer avec Maigret. Les alertes éventuelles n’ont donc jamais été exploitées judiciairement, dans le cadre d’une enquête. Pour les Américains, l’acte terroriste est une forme de guerre : pour la combattre, ils privilégient les opérations militaires, des forces spéciales aux engins balistiques. En France, depuis 1985-86, nous avons au contraire judiciarisé notre service de contre-espionage ; la DST est à la fois un service de renseignement et un outil d’enquête judiciaire. L’acte terroriste étant considéré comme un crime ou un délit, on met en place des équipes d’enquête et de prévention-répression judiciaire souvent plus efficaces. La loi de 1986 instituant le crime d’association de malfaiteurs avec circonstances de terrorisme est un très bon outil de prévention quand on dispose d’éléments permettant de conclure à la préparation d’une opération.

N. O. - Avec Al-Qaida ciblant désormais le Maghreb, quelles menaces visent notre pays ?

A. Marsaud.- Nous vivons la fin d’une époque. La France figure désormais parmi les cibles, tout comme les Etats-Unis et avant la Grande-Bretagne. Pourquoi ? Il y a bien sûr l’affaire du voile, mais surtout notre présence en Afghanistan, avec des troupes sous commandement Otan, et en mer d’Oman, avec le porte-avions « Charles-de-Gaulle ». Nous sommes donc directement engagés dans la lutte contre Al-Qaida, qui risque de nous présenter l’addition - indirectement - en passant par le Maghreb, d’où pourraient partir des commandos terroristes.


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