jeudi 14 décembre 2017

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L’ingénieur nucléaire espionnait pour Israël

Pierre Prier, le Figaro

mercredi 25 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Mohammed Saber passe en procès au moment où l’Égypte reprend son programme nucléaire civil.

EN DÉBARQUANT à l’aéroport du Caire, Mohammed Sayed Saber a compris tout de suite qu’il avait de gros ennuis. Des officiers de la sécurité égyptienne l’attendaient à son retour de Hongkong. C’était le 18 février. Dans quelques jours, cet ingénieur nucléaire de 36 ans sera jugé pour espionnage du programme atomique égyptien au profit d’Israël. Il risque de trois à quinze ans de prison. « Il a tout avoué », affirme l’avocat général Hicham Badawi...

L’affaire de l’ingénieur fait partie des six cas d’espionnage au profit d’Israël découverts par les services égyptiens depuis 2000, rappelle le magistrat. Le procès de Saber suivra de peu celui de Mohammed al-Attar, un Égypto-Canadien condamné le 21 avril à quinze ans de détention pour avoir surveillé les étudiants égyptiens et arabes au profit de l’État hébreu. Mais l’affaire Saber est d’une autre ampleur. La tension autour de la question nucléaire est à son comble dans la région. L’Égypte a annoncé en novembre 2006 la reprise de son programme civil, à l’imitation de la plupart des pays arabes, alarmés par les ambitions iraniennes. Il n’en faut pas plus pour créer la menace d’une « bombe sunnite » qui pourrait être construite avec l’aide du Pakistan.

L’appât du gain

Le procès d’espionnage vient à point nommé pour l’Égypte, qui peut ainsi rappeler que l’arme atomique a déjà été introduite au Proche-Orient par l’État hébreu, absent du traité de non-prolifération, contrairement à ses voisins. L’inculpation de Saber ne repose pas sur ses seuls aveux, plaide le substitut égyptien. « Il nous a montré comment il échangeait des e-mails codés. Des sommes d’argents importantes ont effectivement été déposées sur son compte en banque. » Selon l’acte d’accusation, Saber aurait agi par appât du gain et par frustration professionnelle, deux motifs habituels de trahison. Le jeune ingénieur, engagé en 1997 par l’Agence nationale de l’énergie atomique, avait une première fois quitté son travail en 2000, citant un « différend avec ses supérieurs ». Il attire une première fois l’attention en 1999, en postulant pour un visa en Israël et une bourse d’études à Tel-Aviv. Mohammed Saber veut obtenir des diplômes supplémentaires. Le visa est refusé, et l’ingénieur est mis en garde par les autorités égyptiennes. Il décide alors de s’exiler en Arabie saoudite, où il travaille dans l’informatique. C’est là, selon ses aveux, qu’il prend contact par l’Internet avec une « société multinationale » qui lui fait miroiter une bourse d’études au Japon.

Les choses traînent. En 2004, Saber revient en Égypte, où il est de nouveau engagé par l’Agence nationale, pour travailler au petit réacteur expérimental d’Inshas. « À ce moment-là, on n’avait aucun doute sur lui », affirme l’avocat général. En 2006, la « société multinationale » reprend contact. Le Japon refusant un visa, les rendez-vous auront lieu à Hongkong avec deux cadres, un Irlandais et un Japonais. La firme a l’intention d’ouvrir un bureau au Caire, dont Saber serait le chef. On lui demande dans la foulée des renseignements sur le réacteur d’Inshas : nombre d’heures de fonctionnement, nature des expériences, fréquence des visites de l’AEIA, l’agence onusienne de l’énergie atomique.

Détecteur de mensonge

Saber « comprend assez vite », selon ses aveux, qu’il travaille pour Israël. D’autant plus que les deux hommes lui versent de l’argent - 17 000 dollars en tout, une somme considérable en Égypte - et lui fournissent un système d’e-mails cryptés et de codes pour correspondre. Pour tester sa loyauté, l’ingénieur doit se soumettre à un test au détecteur de mensonge, à Hongkong. C’est au retour de ce dernier voyage que l’ingénieur est cueilli par la Sécurité égyptienne. Il aura eu le temps, dit l’acte d’accusation, de transmettre à ses officiers traitants des documents confidentiels sur le réacteur d’Inshas.

Quelles que soient les zones d’ombre qui subsistent, la publicité donnée à la trahison de Mohammed Saber illustre le jeu complexe du régime égyptien. Effrayé par la bombe iranienne, Le Caire agite l’épouvantail nucléaire tout en remettant à l’ordre du jour l’éradication des armes atomiques au Proche-Orient, en commençant par celles qui existent. Les dirigeants égyptiens vont redemander l’adhésion d’Israël au traité de non-prolifération à l’occasion de sa révision quinquennale en 2010. Les officiels égyptiens ont laissé entendre qu’ils pourraient refuser, dans le cas contraire, de ratifier un autre traité, celui de l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques. De grandes manoeuvres qui dépassent de loin le cas de l’accusé Saber.


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