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Après les ratés de Galileo, l’Europe spatiale veut se relancer

Jérôme Fenoglio et Philippe Ricard, le Monde

vendredi 27 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Pour s’imposer dans une compétition mondiale relancée, l’Europe spatiale dispose désormais d’une marche à suivre et d’un exemple à éviter. Ce qu’il faut faire est consigné noir sur blanc dans le tout premier document définissant une politique spatiale commune, rédigé conjointement par la Commission et l’Agence spatiale européennes (ESA).

Ce texte a été présenté, jeudi 26 avril à Bruxelles, alors que le siège de l’exécutif européen résonnait des déboires du programme Galileo, qui souffre de retards multiples en raison d’une mauvaise organisation, de luttes intestines entre industriels et de blocages dus à des réflexes nationalistes. De fait, la mise en place du système de navigation par satellite rival du GPS américain, copilotée par l’Union et l’ESA, est aujourd’hui considérée comme une suite d’erreurs à ne pas répéter. La coïncidence tombe d’autant moins bien que la déclaration présentée jeudi vise avant tout à convaincre les Etats membres de l’"importance stratégique" du secteur, et leurs contribuables, que des dépenses supplémentaires valent la peine d’être consenties pour des activités qui touchent désormais tous les domaines de l’existence.

Afin de mieux rentabiliser les investissements, le document entrouvre la porte du domaine réservé de la défense. La séparation entre programmes civils et militaires, jusque-là inflexible, pourrait être assouplie, le "partage et la mise en commun des ressources" permettant "des solutions plus rentables". Au passage, la Commission et l’ESA reconnaissent, mettant fin au non-dit qui prévalait jusque-là pour s’assurer de la participation des Britanniques, que des programmes tels que Galileo "pourraient avoir des utilisateurs militaires".

Cette recherche d’efficacité passe aussi par un renforcement de la coordination entre les acteurs du secteur. Mais sans aller jusqu’à retenir la solution, longtemps envisagée, de transformer l’ESA en une agence de l’Union. Pourtant, une telle intégration aurait pour avantage d’unifier des règles de fonctionnement très différentes. Mais plusieurs Etats, attachés à la logique du retour sur investissement, n’en veulent pas. La politique spatiale européenne se contente donc d’envisager des "améliorations" de l’accord-cadre de 2004 entre l’ESA et la Commission.

Des projets communs, tels que le programme GMES d’observation de la terre par satellite, serviront de laboratoires à des procédures unifiées. Pour ce programme, Günter Verheugen, vice-président de la Commission, chargé des entreprises et de l’industrie, n’est pas inquiet. "Nous ne connaîtrons pas les mêmes difficultés que Galileo, a-t-il déclaré jeudi en présentant la communication, parce que nous nous reposerons sur un financement public et non un sur un partenariat public-privé."

M. Verheugen a néanmoins assuré que l’Europe "ne pouvait pas renoncer" à Galileo. Son collègue Jacques Barrot, commissaire aux transports, doit présenter, le 10 mai, des propositions pour sortir le projet de l’impasse dans laquelle il se trouve. "Un reprofilage du partenariat public-privé est à l’étude", selon un proche du dossier. D’après nos informations, trois scénarios sont envisagés, les fonds publics prenant en charge ou 12, ou 18, ou la totalité des 30 satellites de la constellation - contre 4 à ce jour.

Au total, l’investissement à la charge des contribuables pourrait, dans l’hypothèse haute, représenter environ 3,5 milliards d’euros (contre 1 milliard aujourd’hui). La Commission pourrait suggérer de procéder à de nouveaux appels d’offres pour construire et lancer les satellites. "Cette approche permettrait de gagner du temps pour négocier un contrat de concession concentré sur l’exploitation du système", dit un expert.

Manifestement, à ce stade, les autorités européennes ne sont pas convaincues par les indications qu’a fournies cette semaine le consortium pressenti pour lancer et exploiter Galileo. Afin de répondre à un ultimatum fixé par la Commission et les Etats membres à la date butoir du 10 mai, les huit industriels - EADS, les Français Alcatel et Thales, l’Italien Finmeccanica, les Espagnols Aena et Hispasat, le Britannique Inmarsat et l’Allemand Tele Op, filiale de Deutsche Telekom - ont bel et bien mis en place une structure commune susceptible d’encadrer leur coopération. La recherche d’un directeur général serait très avancée.

Mais, sans renoncer chacun à son droit de veto, les huit partenaires posent encore de multiples conditions pour limiter leur prise de risque dans le cadre du contrat de concession en cours de négociation. A l’origine, ce dernier aurait dû être signé en décembre 2005. "Profondément préoccupés", les députés européens se sont inquiétés, jeudi 26 avril à Strasbourg, "des conséquences notables (de ces retards) sur le coût global du projet".


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