dimanche 22 octobre 2017

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Al-Qaida démontre son implantation dans les pays du Maghreb

Piotr Smolar, le Monde

samedi 28 avril 2007, sélectionné par Spyworld

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Le regain d’activité des groupes islamistes dans le Maghreb a été tragiquement confirmé en Algérie, mercredi 11 avril. Deux attentats simultanés à la voiture piégée, conduits par trois kamikazes, ont frappé Alger, faisant au moins 24 morts et 222 blessés selon le bilan officiel. Les cibles choisies - le Palais du gouvernement et des bâtiments de la police à Bab Ezzouar, visés deux fois - représentent un véritable défi au régime du président Abdelaziz Bouteflika. Celui-ci a lancé, fin mars, une vaste opération militaire dans la région de Bejaïa, en Kabylie, pour traquer des militants du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Le GSPC a officiellement changé de nom en janvier, devenant Al-Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI). L’organisation a ainsi confirmé sa volonté de s’inscrire dans un djihad global, tout en continuant à déstabiliser par tous les moyens le pouvoir algérien.

Dans un communiqué diffusé sur un site Internet islamiste, AQMI a revendiqué les attentats d’Alger, en diffusant l’identité et les photos de trois kamikazes, ainsi que la quantité de charges explosives (entre 500 et 700 kg). Il a présenté un bilan différent de celui des autorités algériennes, en parlant d’au moins 53 morts. "On a eu tendance, ces dernières années, à sous-estimer la capacité organisationnelle de la direction d’Al-Qaida, souligne le chercheur Olivier Roy. Aujourd’hui, on assiste à une standardisation de leurs méthodes, avec les attentats-kamikazes."

A dix jours du premier tour de l’élection présidentielle française, les attentats d’Alger ont sonné comme un avertissement pour les services antiterroristes. Selon eux, la France figure parmi les cibles potentielles d’AQMI, même s’il faut se garder de toute conclusion hâtive sur l’aggravation de la menace.

"Il s’agit d’une affaire algéro-algérienne, observe Louis Caprioli, ancien chef de la sous-direction de la Direction de la surveillance du territoire (DST). Cela fait des années que les islamistes tentaient de mener des opérations dans Alger. Visiblement, ils ont réussi à infiltrer des gens prêts à se sacrifier. On voit là une logique d’allégeance totale à Al-Qaida. Du coup, on ne peut pas écarter l’hypothèse d’éventuelles projections sur la France, mais cela ne s’improvise pas."

Le numéro deux d’Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, a désigné la France parmi les ennemis de l’organisation dans une vidéo du 31 décembre 2006. Le 3 janvier, le chef du GSPC, Abdelmalek Droukdal, a dénoncé le "pacte du mal" liant les Etats-Unis et la France. Circonstance aggravante aux yeux des islamistes : la France est perçue comme le principal soutien du régime d’Alger. Le sort de ses ressortissants en Algérie préoccupe Paris, qui leur a recommandé la prudence. Sur le territoire national, le ministère de l’intérieur a adressé une instruction début mars aux préfets.

Le ministère a demandé aux préfets de renforcer la vigilance sur les sites sensibles, tels les centrales nucléaires, les châteaux d’eau, les transports en commun. Les policiers français surveillent plusieurs groupes dits "à risque" : des individus partis en Irak en 2003, ou des hommes d’origine africaine, revenus en France après des séjours dans des écoles coraniques au Pakistan. Le profil de ces activistes est de plus en plus anodin et leur radicalisation brutale.

Les services ont assisté à l’apparition de cellules d’un genre nouveau, dépourvues d’une coloration nationale unique, regroupant des Marocains, des Tunisiens et des Algériens. Autre nouveauté : il n’existe plus de distinction franche entre groupes chargés de la logistique et de l’opérationnel.

La crainte des policiers est la propagation des méthodes kamikazes, déjà employées à Madrid en 2004 et à Londres en 2005. Elles ne réclament pas une préparation méticuleuse, ce qui contraint les services à une grande réactivité, au moindre indice. Exemple : la "menace d’automne", examinée jusqu’à ces dernières semaines. Des renseignements américains flous, transmis en juin 2006, faisaient état d’un projet d’attentat contre un pays européen encore jamais frappé. Planifié au Moyen-Orient, le projet devait impliquer des activistes du Maghreb. La République tchèque a été évoquée pendant un temps ; puis une hypothèse totalement différente a surgi : celle d’une opération à Goa, en Inde. Sans autre suite.


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