dimanche 22 octobre 2017

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L’affaire Clearstream revisitée

Gérard Davet, le Monde

jeudi 3 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Deux livres, deux manières de voir un sujet. Par le petit bout de la lorgnette, avec Imad Lahoud, suspecté d’avoir trafiqué les listings sulfureux de l’affaire Clearstream. Ou en prenant de la hauteur, façon grand stratège international, avec Jean-Louis Gergorin, l’ex-vice-président d’EADS, et "corbeau" référencé auprès du juge Van Ruymbeke. Tous deux ont payé cher leur implication dans la manipulation : ils sont mis en examen et ont perdu leur travail chez EADS.

Imad Lahoud revendique aujourd’hui son statut de "coupable idéal" et tente de décrypter les ressorts de l’affaire. Il y a bien une révélation, au tout début du livre. M. Lahoud aurait fourni pour le compte de M. Gergorin des terminaux Blackberry, une sorte de messagerie interne pour happy few. Parmi les clients, un avocat, Thibault de Montbrial, des industriels, le général Philippe Rondot et sa nièce, et, surprise, un juge d’instruction, Renaud Van Ruymbeke. Tout ceci n’a pas été vérifié par les juges.

Pour le reste, il faut que les choses soient claires : Imad Lahoud n’a "pas trafiqué les fichiers", s’il s’est tu, c’est "par devoir", et si les juges lui en veulent, c’est parce qu’il est "étranger et affairiste". Il était en mission pour la DGSE et la France, et c’est dans ce cadre qu’il s’est procuré les listings auprès de Denis Robert, décrit comme un écrivain "confit" dans son combat contre Clearstream. Bref, il n’a fait qu’obéir aux ordres. A ceux du général Rondot, un militaire obtus qui n’avait, selon lui, qu’un seul objectif : "se couvrir en chargeant les autres". Mais aussi aux oukases de Jean-Louis Gergorin, "polytechnicien rationnel sur une face, mythomane fantasque et paranoïaque sur l’autre".

Son ancien mentor chez EADS n’a pas exactement les mêmes souvenirs. D’autant que M. Gergorin a désormais la certitude, après une expertise judiciaire remise récemment aux juges, que les listings Clearstream livrés par sa "source" puis transmis au juge Van Ruymbeke avaient été trafiqués. Il a donc lâché aux juges le nom de sa "source", jeudi 22 mars : Imad Lahoud. Ce que conteste, bien évidemment, l’intéressé, que tout accuse dans ce dossier. En fin diplomate qu’il fut, l’industriel ne s’aime pas en "corbeau". Il préfère expliquer qu’il a adressé une "lettre non signée" au juge Van Ruymbeke sur la base d’un "consensus" mutuel, avec pour seul but de l’aider dans ses investigations. Il ne s’exonère pas d’erreurs. Celle, par exemple, d’avoir remis le listing au général Rondot, aux "méthodes individualistes", puis d’avoir parlé de l’affaire à son ami Dominique de Villepin, qui allait par la suite être présenté "de façon totalement fantasmatique comme le point d’orgue d’une conspiration visant Nicolas Sarkozy". Il l’admet : "J’ai donc menti", même si c’était pour "la bonne cause". Il narre aussi son enquête sur le système Clearstream. Il y est question de "comptes morts vivants", de "cryptoriches" et d’"hyper-corruption", sur fond de mondialisation. Et M. Gergorin a au moins une certitude : "avoir découvert et contribué à désactiver un pan occulté de la finance internationale". Finalement, l’affaire Clearstream aura donc été utile, de son point de vue.


LE COUPABLE IDÉAL d’Imad Lahoud. Editions Privé, 238 pages, 18 €.

RAPACITÉS de Jean-Louis Gergorin avec Sophie Coignard. Fayard, 346 pages, 20 €.


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