lundi 23 octobre 2017

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Le rôle trouble des forces spéciales iraniennes en Irak

Delphine Minoui, le Figaro

vendredi 4 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Washington accuse la force Qods d’armer les milices chiites irakiennes.

DANS LE CHAOS irakien, Washington pointe régulièrement du doigt Téhéran, et plus particulièrement la force Qods. Si les spécialistes s’accordent à dire qu’il s’agit d’une des meilleures unités de forces spéciales au monde, son rôle direct dans le soutien armé aux milices chiites irakiennes n’a toujours pas été prouvé.

Accusée d’armer les milices chiites irakiennes, la force Qods reste pour beaucoup d’experts un mystère difficile à élucider. À ce jour, il leur est impossible de prouver son implication directe dans les attentats contre les troupes de la coalition en Irak. En revanche, ils sont tous d’accord sur un point : parmi la myriade d’agences paramilitaires et de services secrets de la République islamique, Qods représente la force la plus expérimentée et la plus redoutable, capable d’activer d’importants réseaux à l’étranger. « C’est une organisation incroyablement efficace, disciplinée, et spécialisée dans le renseignement et l’entraînement militaire », analyse Mahan Abedin, chercheur au Centre d’étude du terrorisme, à Londres.

Créée après la révolution islamique de 1979, la force Qods constitue, en fait, une unité d’élite des pasdarans (gardiens de la révolution), la fameuse armée idéologique du régime, placée sous les ordres directs du guide suprême, et dont la formation visait à protéger le pays contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Au début des années 1980, la République islamique de l’ayatollah Khomeini se sent menacée par les opposants iraniens et par l’Irak (qui vient d’entrer en guerre contre Téhéran). Elle vise un double objectif : défendre les intérêts de la jeune théocratie chiite et exporter discrètement ses idées à l’étranger.

La force Qods - quelque 1 000 membres aujourd’hui - se met alors à recruter parmi les combattants les plus performants des pasdarans. Selon de nombreux experts, les commandos des forces spéciales de Qods sont connus pour avoir été activement impliqués au Liban dans la formation, l’encadrement, et l’entraînement du Hezbollah pour combattre les troupes israéliennes au Liban-Sud. Ils auraient également participé à des opérations au Soudan, en Afghanistan et en Bosnie. En Irak, Qods aurait mené, dans les années 1980 et 1990, des opérations conjointes avec les Kurdes, au Nord, et les chiites, au Sud, pour tenter de renverser le régime de Saddam. Ses hommes connaissent donc parfaitement le « terrain » irakien. Ils disposent d’ailleurs d’antennes semi-officielles, au Nord de l’Irak, depuis 1991, date à laquelle les Kurdes irakiens obtinrent leur semi-autonomie.

Soutien armé et logistique

Pour Washington, il ne fait aucun doute que la force Qods est actuellement impliquée dans le soutien armé et logistique à certaines milices chiites irakiennes. Des diplomates iraniens arrêtés en janvier à Erbil, sont également accusés d’appartenir à cette force de l’ombre. Mais les diplomates et experts militaires européens sont plus réservés sur la question et craignent que certains faucons américains ne cherchent des prétextes pour justifier une éventuelle future intervention militaire en Iran. « On a tendance à surestimer l’influence militaire iranienne en Irak », confie un expert militaire familier de l’Iran. Selon lui, les fameuses photos d’explosifs retrouvés en Irak, et présentés en février à la presse à Bagdad, ne prouvent rien. « Rien ne montre que ces munitions aient été fabriquées en Iran », confie-t-il. En ajoutant : « Rien ne prouve qu’elles soient arrivées en Irak sur ordre du leadership iranien. » De nombreux spécialistes se demandent en effet si certaines forces iraniennes n’agiraient pas en « freelance » sans attendre les consignes du guide suprême. « Difficile, pourtant, dans ce domaine, d’être affirmatif », concède l’expert.

D’après les familiers du dossier iranien, les Américains se trompent en se focalisant sur Qods. « Ces commandos sont suffisamment intelligents pour ne pas s’attaquer directement aux forces de la coalition. Ce n’est pas dans l’intérêt de l’Iran d’attaquer directement les Américains », remarque Mahan Abedin. « En revanche, dit-il, c’est l’influence politique, religieuse et économique de l’Iran qui est plus importante. Les Iraniens ont beaucoup d’alliés en Irak. » Téhéran a tissé, depuis des années, d’excellents liens avec les groupes politiques chiites et kurdes, qui constituent aujourd’hui les principales forces du pouvoir en place à Bagdad. La République islamique s’est aussi donné les moyens de développer un réseau à capacité d’influence, avec l’idée de l’activer en cas d’attaque de son territoire et de son régime. « Aujourd’hui, l’objectif de l’Iran, c’est d’apporter son soutien à ses alliés naturels en Irak afin d’asseoir son pouvoir sur le long terme, une fois les troupes de la coalition retirées. Et si Qods joue un rôle, c’est plus celui de former au renseignement certaines milices, pour leur donner les moyens de combattre les factions sunnites, qui constituent le principal adversaire de Téhéran », note Mahan Abedin.


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