mardi 12 décembre 2017

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Anti-terrorisme au Maroc : Une nouvelle stratégie et de nouveaux policiers

Mohamed El Hamraoui, Lereporter.ma

samedi 5 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Le ministre de l’intérieur a dévoilé une nouvelle stratégie de lutte anti-terroriste. Les détails de cette nouvelle approche et le point de la situation.

DEVANT les parlementaires, le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a dressé le bilan des dernières opérations de lutte contre le terrorisme. Ce bilan fait ressortir que les investigations ont porté, depuis le 11 mars, aussi bien sur des organisations terroristes relevant de la Salafiya Jihadia que sur les groupes : « Unicité et Jihad au Maroc », « Ansar Al-Mahdi » et « Assirat Al Moustaqim ». Ce sont les mêmes milieux auxquels appartenaient les kamikazes du 16 mai 2003. Les investigations, toujours en cours, ont permis aux enquêteurs de constater que Abdelfattah Raïdi était imprégné de « takfirisme ». Cette doctrine lui a été transmise par des « takfiristes » qu’il a côtoyés lors de son séjour en prison.

Selon le ministre de l’Intérieur, depuis les évènements du 16 mai 2003, les pouvoirs publics ont adopté des plans de sécurité préventifs contre le danger du terrorisme.

Ceci a permis de démanteler nombre de cellules terroristes et de déjouer leurs plans. C’est ainsi que la cellule de Beni Mellal a été démantelée en juin 2004. Il en est allé de même pour les groupes « Unicité et Jihad » et « Ansar Al Mahdi » ainsi que pour la cellule de Tétouan, spécialisée dans l’embrigadement de kamikazes pour l’Irak. Encore au début de cette année, les services de sécurité marocains ont reçu des informations faisant état de projets d’opérations suicides que préparaient des éléments en relation avec le GICM et le GSPC qui s’est transformé en « Organisation Al-Qaida au Maghreb islamique ». Les opérations suicides du 11 mars au quartier Sidi Moumen, celles du 10 et du 14 avril au quartier Al Farah et sur l’Avenue Moulay Youssef, ont confirmé l’alerte.

Ces évènements remontent au 11 mars dernier, lorsque Abdelfattah Raydi s’était fait exploser au Cybercafé du quartier Sidi Moumen. Juste après cette explosion, la police n’a pas tardé à mettre la main sur le complice de A. Raydi. Il s’agit de Youssef Khoudri. L’enquête qui a suivi a permis aux services de sécurité de localiser et d’encercler, dans la nuit du 9 avril au quartier Al-Farah, une habitation où se réfugiaient certains terroristes.

Suite explosive des événements

Le 10 avril, alors qu’ils étaient pris au piège dans leur cachette de Hay El Farah, les terroristes ont essayé de prendre la fuite. En vain. Leur tentative a été déjouée. C’est ce qui a poussé l’un d’eux à se faire exploser. C’était Mohamed Rachidi.

Auparavant, un autre terroriste, Mohamed Mantala, a été abattu par la police au moment où il tentait d’attaquer les agents de sécurité à l’arme blanche et de se faire exploser. Un troisième terroriste, Younes Rafiki, a réussi à prendre la fuite et s’est caché pendant trois jours dans un appartement du quartier. Mais, il a fini, par tomber entre les mains des policiers. L’enquête a révélé que c’est ce dernier qui est le responsable de la cellule.

Dans la même journée et au même endroit, deux autres terroristes, Ayoub Raydi et Said Blouad, sont sortis de leur cachette au quartier Annassi pour venir à Hay El Farah se faire exploser. De la sorte, ils comptaient créer diversion pour permettre à leur chef de prendre la fuite. Ils n’y sont pas parvenus et ont fini, eux aussi, en lambeaux. Quatre jours après ces événements, Mohamed Maha et son frère Omar se sont fait exploser sur l’avenue Moulay Youssef, blessant légèrement une personne.

Le ministre de l’intérieur vient de révéler que l’un des deux frères, Mohamed Maha, a menacé, l’an dernier, d’attaquer la chaîne de télévision 2M et le quotidien Al Ahdath al Maghribia.

Bilan

Au total, ce sont 49 personnes qui ont été arrêtées depuis le 11 mars. Parmi eux, 18 sont encore aux mains de la BNPJ, qui continue de les interroger. Les 31 autres, sont entendus par Abdelkader Chentouf, le juge d’instruction chargé de l’affaire.

Selon Chakib Benmoussa, deux suspects sont toujours en fuite. Ils sont recherchés par la police. D’après les officiels, il n’existait pas de liens sur le plan organisationnel entre la cellule de Raydi et des groupes étrangers comme Al Qaïda ou sa filiale algérienne. Mais, la vigilance face au danger terroriste reste de mise.

Mesures préventives et plan d’action sécuritaire

Selon le ministre de l’Intérieur, une batterie de mesures a été adoptée au Maroc pour contrer toute velléité de porter atteinte à la sécurité de l’Etat. Ces mesures consistent en le relèvement du niveau d’alerte à travers l’élaboration d’un plan d’action en coordination avec les différents services de sécurité : DGSN, DST, Gendarmerie Royale, Forces Auxillaires, Douanes, DGED et Forces Armées Royales. Elles consistent également en la sensibilisation des citoyens.

En outre, il a été procédé au renforcement du contrôle des frontières et de certaines zones, notamment dans les province de Ouarzazate, Errachidia et Figuig. Ces zones prêtent à la méfiance, étant proches de certaines voies suspectées d’être des lieux d’infiltration de terroristes. Par ailleurs, dans les aéroports et les ports, le contrôle a été renforcé.

Autre mesure prise et non des moindres : le renforcement des capacités des ressources humaines de la DGSN à travers la formation de 2700 agents de police. Ces agents seront opérationnels dès la fin du mois de juin prochain.

Particulièrement à Casablanca, il est prévu le déploiement de près de 2000 policiers supplémentaires pour renforcer l’action des services de police dans cette ville. Partout où elles vont travailler, les unités de vigilance attendues seront dotées des moyens logistiques et matériels nécessaires pour remplir efficacement leur mission, si délicate.

Les produits chimiques, sous haute surveillance

Depuis l’explosion du 11 mars dernier, les produits chimiques comme l’ammoniac, le nitrate, l’acétone et le souffre ; qui entrent dans la fabrication d’explosifs, sont soumis à des mesures de surveillance et de sécurité draconiennes. Le but est de veiller à ce que ces produits ne tombent pas entre les mains d’éléments terroristes.

Désormais, le transport de ce genre de chargements se fait, depuis le port de Casablanca, sous haute escorte de motards relevant de la police et de voitures de la gendarmerie royale. Tous les camions qui transportent ces produits vers les unités industrielles de Casablanca et de Mohammedia, sont escortés jusqu’à la livraison. Les vendeurs et détaillants concernés ont été appelés à consigner toute entrée et sortie des produits pouvant devenir dangereux s’ils tombent dans les mains des terroristes.

La police de Casablanca se forme

Plus de 500 éléments des CMI (corps mobile d’intervention) de la caserne de Beau-séjour et de Polo à Casablanca, ont reçu dernièrement des entraînements dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

Les entraînements ont porté sur l’utilisation de nouveaux armements légers comme les mitrailleuses et les fusils à pompe. Ces armes ont été brandies pour la première fois le samedi 14 avril lors de l’attentat du boulevard Moulay Youssef.

Les entraînements visent à élever le niveau de compétence lors d’opération d’intervention rapide, comme l’encerclement de zone suspect, l’assaut contre un groupe terroriste ou la dispersion de la foule. Des gilets par balle plus performants ont été aussi remis aux groupes d’intervention rapide. Dans le même cadre, des unités spéciales ont été formées, en l’occurrence le GIR (groupe d’intervention rapide). Ces éléments cagoulés sont formés d’officier triés sur le volet. Ils sont dotés d’équipements nouveaux, comme les lunettes infrarouge et les viseurs laser.

Trois suspects du groupe Raydi écoutés

Le juge d’instruction, près de l’annexe à Salé de la Cour d’appel de Rabat, Adelkader Chentouf, a entendu, jeudi 26 avril, trois suspects appartenant au groupe d’Abdelfattah Raydi, dans le cadre de l’instruction préliminaire. Ces trois suspects, placés en détention préventive, sont poursuivis par le Parquet général pour « constitution de bande criminelle en vue de préparer et commettre des actes terroristes, fabrication d’explosifs, port d’un produit toxique, qui menace la santé humaine dans le cadre d’un projet collectif visant à porter atteinte à l’ordre public, et appartenance à un groupe non-autorisé ».

Le juge d’instruction, avait auparavant auditionné 31 accusés du même groupe, dans le cadre de l’instruction préliminaire, pour leur implication présumée dans des actes terroristes.

Mercredi 25 avril, dans le cadre de l’interrogatoire, Youssef Khoudri, 17 ans, le second kamikaze qui s’est enfui du cyber café, a été entendu en présence de son père. Selon l’enquête, le groupe Abdelfattah Raydi, formé d’éléments de la Salafia Jihadia, projetait de commettre des actes terroristes contre plusieurs établissements, institutions et lieux publics à Casablanca, Marrakech et Essaouira.


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