lundi 23 octobre 2017

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Trop de faiblesses en innovation technologique

Antoine Reverchon, le Monde

mercredi 9 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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La cause est entendue, et même martelée à plus soif : le faible coût de la main-d’oeuvre dans les pays émergents condamnerait les pays développés comme la France à chercher leur salut dans la construction d’une "économie de la connaissance", dont le tissu industriel s’orienterait résolument vers la production de technologies à haute valeur ajoutée. Ce qui exige de forts investissements dans la "matière grise" - chercheurs, ingénieurs, techniciens - capables de concevoir, mettre au point et produire ces technologies, mais aussi d’anticiper sur les prochaines "ruptures technologiques" (nano, bio et écotechnologies) qui permettront aux entreprises de toujours garder une longueur d’avance sur les marchés mondiaux, en particulier face à l’émergence de nouvelles puissances scientifiques comme la Chine et l’Inde.

Mais la France a, dans ce domaine, un fort retard à rattraper vis-à-vis de ses principaux concurrents, tant en matière d’intensité des dépenses de recherche et développement (R & D) ou de formation supérieure qu’en matière de valorisation de la recherche : le nombre de dépôts effectués par des entreprises françaises à l’Office européen des brevets était en 2003 plus de quatre fois moindre que celui des dépôts américains, et trois fois moindre que celui des dépôts allemands et japonais.

En France, la plus grande part des investissements de R & D sont assurés soit par l’Etat, soit par des groupes industriels, liés le plus souvent à l’administration par la commande publique (armement, aérospatiale, transport) et la participation à des "grands programmes", à l’instar des modèles américain ou japonais. Une stratégie relancée par la création en janvier 2006 de l’Agence de l’innovation industrielle. La communauté des chercheurs a vivement protesté contre ce qu’elle estime être un détournement des financements publics vers des projets industriels au détriment de la recherche fondamentale qui demeure, selon elle, le socle des innovations futures.

En revanche, les PME et les nouvelles entreprises restent à l’écart des moyens mis au service de l’innovation, au risque d’accroître le fossé entre un secteur compétitif sur les marchés mondiaux de haute technologie - mais peu flexible et adaptable, comme le montrent les difficultés actuelles d’Airbus -, et un tissu industriel traditionnel confronté à la compétition internationale.

Des espoirs d’une meilleure diffusion de l’innovation sont nés de la création en juillet 2005 sur l’ensemble du territoire français de 66 "pôles de compétitivité", censés associer universités, PME et grandes entreprises sur des thèmes spécifiques. Mais comme toute politique de "clusters" créés par arbitrage politique plutôt que par le regroupement d’acteurs volontaires, ces pôles souffrent de leur faible taille, insuffisamment attractive pour les chercheurs comme pour les entreprises, des rivalités entre acteurs locaux et de leur dépendance à l’égard de financements octroyés depuis Paris.


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