mercredi 13 décembre 2017

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Nancy : le djihadiste avait décidé de passer à l’action

Jean Chichizola, le Figaro

vendredi 11 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Le suspect franco-algérien récemment interpellé préparait des attentats contre des soldats français et un consulat américain.

INTERPELLÉ le 2 mai à Nancy, le Franco-Algérien Kamel Bouchentouf, 34 ans, préparait bien des attentats dans le chef-lieu de Meurthe-et-Moselle (nos éditions du 4 mai). C’est l’une des rares certitudes d’un dossier qualifié « d’assez confus » par l’un de ses avocats, Me Frédéric Berna.

Né à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle), et installé à Nancy depuis 1999, Kamel Bouchentouf a tout avoué. Il a affirmé qu’il avait pour objectif l’annexe du consulat américain au Luxembourg, le 13e régiment de dragons parachutistes de Dieuze (l’un des régiments d’élite de l’armée française) mais aussi la préfecture de Meurthe-et-Moselle et un restaurant McDonald’s. Plus encore, le suspect, marié et père de trois enfants, a apporté des précisions sur ses intentions criminelles. Il aurait ainsi procédé en 2006 à des tests d’explosif dans la forêt de Haye, domaine forestier d’environ 10 000 hectares. Il souhaitait également se filmer se promenant dans des lieux publics avec un sac à dos lesté d’un engin explosif pour prouver sa détermination et sa capacité de nuisance.

Kamel Bouchentouf était en effet en contact depuis des mois via Internet avec des militants de l’ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) devenu al-Qaida au Maghreb islamique. Des contacts plutôt inquiétants si l’on considère les éléments retrouvés au cours de la perquisition de son domicile : des bonbonnes de gaz, un extincteur vide et de la documentation sur les armes et la fabrication d’explosifs. Ces dernières années, le Franco-Algérien s’était également rendu à Londres, en Algérie (Alger et sa région familiale de Kabylie) et au Liban.

Complot isolé d’un solitaire

Autant de pistes que les enquêteurs vont s’efforcer d’ex­plorer. Pour l’heure, Kamel Bouchentouf apparaît comme un homme seul fomentant un complot isolé. Un détail plutôt inquiétant, à examiner à l’aune d’autres dossiers terroristes, comme celui des jeunes djihadistes de Tours partis vers l’Irak, qui démontrent que le passage à l’acte n’est plus obligatoirement lié à l’appartenance à des réseaux terroristes structurés.

Reste une question essentielle : celle de la motivation de ce solitaire doté d’un passé psychiatrique (ses avocats ont d’ailleurs demandé une expertise en la matière). L’homme tient visiblement un discours très hostile à la France, aux États-Unis et à l’Occident accusés d’exploiter les peuples du monde arabe.

Un drame personnel l’a encore aigri. En 2004, sa première femme le quitte, emmenant avec elle sa fille aînée qu’il n’a pas vue depuis des années. Elle le dénonce comme islamiste radical. Selon la version de Kamel Bouchentouf, la DST l’aurait alors approché. Pendant deux ans, il aurait été en contact avec le bureau lorrain de la DST tout en étant placé sous surveillance.

Une démarche classique dans le monde du renseignement. De source proche du ministère de l’Intérieur, on indique que l’homme n’a jamais été un informateur. Ce chauffeur livreur a en tout cas décidé de laisser libre cours à sa haine des autorités françaises. Ces derniers temps, l’homme voulait faire ses preuves et obtenir des fonds de ses correspondants extrémistes.

La décision de l’interpeller a été prise. Kamel Bouchentouf a été mis en examen et écroué le 5 mai pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « confection d’un engin explosif ».


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