mercredi 18 octobre 2017

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Vers un Conseil de sécurité nationale à la française

Arnaud de la Grange, le Figaro

mardi 15 mai 2007, sélectionné par Spyworld

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Une structure de pilotage des questions de sécurité devrait être créée à l’Élysée.

UNE VRAIE structure pour con­seiller le président de la République sur les questions diplomatiques et de sécurité, un peu comme à la Mai­son-Blanche, avec le National Security Council (NSC). Cela fait des années que l’idée de créer à l’Élysée un Conseil national de sécurité se promène dans les cerveaux, à droite comme à gauche d’ail­leurs. Mais cette fois-ci, l’affaire semble sérieuse. Nicolas Sarkozy l’a annoncé comme candidat. Et il semble que le nouveau chef de l’État soit décidé à créer ce « NSC à la française », outil collant bien avec sa philosophie de l’exercice du pouvoir présidentiel.

Dans les milieux diplomatiques et de la Défense, cette perspective suscite une certaine agitation. Par réflexe conservateur et parce qu’une telle innovation changerait les rapports entre acteurs du « domaine réservé ». Mais une majorité d’observateurs s’accordent pour penser qu’une telle structure de pilotage est nécessaire. Reste à savoir quel sera son champ d’action.

Aujourd’hui, le président de la République est essentiellement conseillé par deux personnes, aux équipes réduites : le conseiller diplomatique, pour le lien avec le Quai d’Orsay, et le chef d’état-major particulier pour la relation avec les armées. On peut y rajouter la cellule Afrique. Pour le reste, la situation ne correspond guère aux réalités : alors que la prééminence de l’Élysée sur les questions de sécurité est évidente, le SGDN (Secrétariat général de la Défense nationale) - qui prépare les conseils de Défense - est rattaché à Matignon.

« Les dossiers chauds »

« Il faut sortir d’un certain amateurisme, certes sympathique, explique un observateur, cela donne parfois des intuitions brillantes, mais aussi des dérives de diplomatie personnalisée ou de décisions concoctées à deux ou trois dans un boudoir. » Le futur conseiller à la sécurité nationale chapeauterait ces différentes fonctions. Et récupérerait les fonctions sensibles du SGDN, cantonné à des tâches plus administratives et d’animation de la défense civile. À moins que ne soit créée une « Agence de la défense civile » évoquée aussi par le président élu.

« Il ne s’agit pas de faire une copie conforme du système américain mais l’idée est bien que le président ait auprès de lui un proche, qui concentre tous les dossiers de sécurité entendus au sens large, explique un spécialiste, quelqu’un qui puisse le briefer quotidiennement sur les dossiers chauds, lui faire la synthèse des informations des services de renseignement, lui servir de conseiller stratégique. » Le CNS aurait en effet une fonction de coordination du renseignement, responsabilité exercée de manière très embryonnaire par le SGDN. Il pourrait être éclairé par des experts civils.

Côté Défense, la création d’un CNS devrait faire bouger les lignes. Le ministre de la Défense, d’abord, auquel le renforcement des prérogatives du CEMA (chef d’état-major des armées) depuis 2005, a ôté un certain poids, pourrait voir son domaine rogné un peu plus. Mais c’est surtout du côté de l’état-major des armées que l’on s’inquiète. « Le CEMA voit d’un mauvais oeil une nouvelle couche civile et politique (le CSN) s’intercaler entre le président et les armées, explique un observateur, c’est pourquoi il veut s’assurer que ce lien direct, via le chef d’état-major particulier de l’Élysée, soit maintenu. » Pour les opérations, cette transmission devrait être conservée. Un ancien chef d’état-major des armées, l’amiral Jacques Lanxade, s’est récemment exprimé en faveur de la création d’un tel « conseil national de l’action extérieure » (Le Figaro du 26 avril).

Comme toujours, les hommes auront leur importance. On cite celui de Jean-David Levitte, sans qu’il soit clair s’il s’agirait d’un « super-conseiller diplo » ou d’un vrai « CSN ». Aux États-Unis, la fonction est prestigieuse. Henri Kissinger, Zbignew Brzezinski, Colin Powell ou Condoleezza Rice l’ont occupée.


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